Cancers de l’enfant : zoom sur l’unité d’onco-hématologie pédiatrique du CHRU de Tours

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Crédit Photo : CHRU de Tours
Dans le service d’hématologie et oncologie pédiatrique du CHRU, on prend en charge les enfants et adolescents atteints d’un cancer, ou d’une hémopathie maligne (leucémie, lymphome). Chaque année, cette unité prend en charge de 50 à 70 nouveaux patients. En parallèle, les équipes médicales sont impliquées dans des travaux de recherche dont l’objectif est de mieux comprendre le micro-environnement de la moelle osseuse dans les leucémies aiguës de l’enfant.

Un nouvel incubateur en hypoxie pour faire avancer la recherche ! Samedi 15 février, journée mondiale des cancers de l’enfant, l’hôpital Bretonneau a accueilli l’assemblée générale de la fédération Enfants Cancers Santé Coeur de France. A cette occasion, son président, Jacques-Yves Huez, accompagné du professeur Olivier Hérault, chef du service d’hématologie biologique au CHRU de Tours, ont inauguré un nouvel incubateur en hypoxie, enceinte hermétique permettant de reproduire un environnement aussi proche que possible de la réalité physiologique de la moelle osseuse (température, humidité relative, taux d’oxygène et de CO2) afin d’étudier des échantillons in vitro. Et si la recherche est essentielle, le soin l’est tout autant. Chaque année, ils sont plus d’une cinquantaine d’enfants à être accueillis au sein du service d’hématologie et oncologie pédiatrique du CHRU.

Le nouvel incubateur inauguré le 15 février dernier. Crédit Photo : CHRU de Tours

Diagnostiquer une hémopathie maligne ou une tumeur solide

Dans ce service, centre de référence pour la région Centre-Val de Loire, cinq médecins coordonnent la prise en charge des enfants et adolescents pour lesquels il existe une suspicion d’hémopathie maligne ou de tumeur solide. Ces derniers sont alors accueillis dans un des services de l’hôpital Clocheville, où la confirmation du diagnostic est faite ainsi que le bilan d’extension. 

Pour les tumeurs solides, l’étape diagnostique passe par une collaboration étroite avec les équipes de chirurgie pédiatrique (ORL, neurochirurgie, chirurgie viscérale et orthopédique), car une biopsie chirurgicale est nécessaire. Afin de caractériser la tumeur primitive et d’effectuer un point sur l’extension de la maladie, un bilan radiologique est fréquemment réalisé en radiologie à l’hôpital Clocheville ou en médecine nucléaire à l’hôpital Bretonneau (TEP scanner, scintigraphie MIBG). Dans le cadre d’hémopathies malignes, le diagnostic et la caractérisation précise de la maladie sont réalisés par le service d’hématologie du CHRU, dirigé par le Pr Olivier Hérault.

« Une fois le diagnostic confirmé, les médecins procèdent à une consultation d’annonce, en général avec les parents, sans l’enfant. Le diagnostic est annoncé ainsi que les grandes lignes de la prise en charge thérapeutique qui va suivre. Les soins de support, qui permettent une prise en charge globale de l’enfant et de sa famille sont également présentés. Ce n’est que dans un second temps que l’annonce du diagnostic à l’enfant lui est faite. Un soutien psychologique est systématiquement proposé à la famille (enfant, parents, fratrie) », explique le CHRU dans son communiqué. 

Les éléments de la prise en charge de l’enfant sont résumés dans le plan personnalisé de soins (PPS) qui est alors remis aux parents. Celui-ci explique et décrit le traitement, ses modalités et étapes. Dès le début de la prise en charge, les enfants et leur famille sont accompagnés par une infirmière coordinatrice. Son rôle est d’organiser le retour au domicile des enfants, coordonner le parcours de soins avec différents acteurs comme l’HAD, les CH périphériques et les professionnels libéraux.

Le traitement des enfants hospitalisés

Une fois le diagnostic posé, les enfants sont hospitalisés au sein de l’unité. Le traitement repose principalement sur les chimiothérapies, fabriquées quotidiennement à l’hôpital Bretonneau par l’unité de biopharmacie clinique oncologique (UBCO) :  » Chaque traitement est individualisé pour le patient auquel il est destiné. L’administration se fait via des cathéters centraux, de type chambres implantables (PAC) mises en place par l’équipe de chirurgie viscérale pédiatrique. Un certain nombre de thérapies ciblées (anticorps thérapeutiques, inhibiteurs de tyrosine kinase), initialement développées dans les cancers de l’adultes, sont maintenant utilisées en traitement de première ligne des cancers pédiatriques, le plus souvent en association avec de la chimiothérapie conventionnelle. »

Une exérèse chirurgicale complète le traitement de la majorité des tumeurs solides. La prise en charge chirurgicale de ces tumeurs nécessite une multidisciplinarité avec un grand nombre de spécialités pédiatriques (chirurgie, radiologie, réanimation, anesthésie). Dans quelques cas (tumeurs cérébrales notamment), le traitement est complété par de la radiothérapie qui sera effectuée à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) à Nantes.

De gauche à droite, Monsieur Huez et Le Pr Hérault. Crédit Photo : CHRU de Tours

La recherche en oncologie pédiatrique

De son côté, la recherche clinique en oncologie a plusieurs objectifs : « mieux connaître les cancers pédiatriques ; proposer de nouveaux traitements (en particuliers ciblés) ou des associations plus efficaces, permettant d’améliorer la survie ; diminuer la toxicité à long terme des chimiothérapies et améliorer la qualité de vie des patients. »

Actuellement, huit essais cliniques sont actuellement ouverts au sein de l’unité. Selon le CHU, ces essais permettent un accès à de nouvelles molécules innovantes ou une adaptation des schémas d’administration des chimiothérapies afin d’augmenter leur efficacité ou réduire leurs effets secondaires. Les enfants diagnostiqués d’un cancer dans l’unité sont systématiquement recensés dans le registre national des cancers de l’enfant.

Recherche biologique sur les leucémies pédiatriques : l’étude MILA 

Dans son communiqué de presse, le CHRU de Tours propose un focus sur l’étude MILA (MIcroenvironnement médullaire dans les Leucémies Aiguës de l’enfant).  L’objectif principal est d’étudier, au diagnostic et en cours de traitement, le métabolisme énergétique au sein du microenvironnement de la moelle osseuse dans les leucémies aiguës de l’enfant. Le microenvironnement correspond à l’ensemble des cellules que l’on retrouve en temps normal dans la moelle et qui vont apporter leur aide au développement des cellules normales du sang (globules rouges, plaquettes et globules blancs). Dans les leucémies aiguës de l’adulte, il a été clairement démontré que ces cellules du microenvironnement sont reprogrammées pour favoriser le développement de la leucémie et la résistance aux chimiothérapies, notamment en modulant leur capacité à produire de l’énergie (métabolisme énergétique).

« A ce jour, on ne dispose que de très peu d’études concernant le rôle du microenvironnement dans les leucémies aiguës de l’enfant et aucune à ce jour n’a étudié spécifiquement le métabolisme énergétique. » La coordination de l’étude MILA est assurée par le Pr Olivier Hérault et le Dr Julien Lejeune pour réaliser les analyses complexes du microenvironnement médullaire des enfants. 

Financées par la fédération Enfants Cancers Santé, par le Comité du Loir-et-Cher de la Ligue Contre le Cancer et par le Cancéropôle Grand-Ouest, ces recherches sont effectuées au sein du département de métabolisme fonctionnel (Inserm UMS61) du service d’hématologie biologique du CHRU et de l’unité Inserm U1069 N2COx « Niche, nutrition, cancer et métabolisme oxydatif» dirigée par le Pr Chistophe Vandier et le Pr Olivier Hérault à la faculté de médecine de Tours. Nul doute que l’acquisition d’un nouvel incubateur en hypoxie contribuera à avancer dans ce domaine dans les années à venir.  

La rédaction avec le CHRU de Tours

 

Les cancers pédiatriques en chiffres

  • Les cancers de l’enfant et de l’adolescent représentent 1 à 3 % des cancers diagnostiqués en France chaque année.

  • Chez l’enfant, le cancer est la 2ème cause de mortalité au-delà de l’âge d’1 an.

  • Le taux de guérison est de l’ordre de 75 à 80 %. Certains cancers sont spécifiques à l’enfant (neuroblastome ou néphroblastome), d’autres sont communs à ceux des adultes (leucémie, lymphome, tumeurs cérébrales).

  • Les leucémies, tumeurs du système nerveux central et lymphomes sont les principaux cancers chez les moins de 15 ans.
  • La moitié des cancers de l’enfant survient avant l’âge de 5 ans, parfois dès la naissance.

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