Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Le rôle d’un centre antipoison : tout ce qu’il faut savoir 

Dans le cadre de notre série de reportages au CHU d’Angers, nous avons rencontré le responsable du Centre Antipoison et Toxicovigilance du Grand Ouest, le Pr Alexis Descatha. Intoxications, serpents exotiques, veille national champignons… ce dernier a accepté de nous parler des différentes missions de son service.

Présentez-vous ! 

Je m’appelle Alexis Descatha, je suis médecin spécialisé en médecine du travail et en médecine d’urgence. Il y a cinq ans, j’ai eu la chance et l’opportunité de venir au CHU d’Angers pour reprendre le centre antipoison en tant que chef de service. 

C’est quoi un centre anti poison ? 

Un centre antipoison, c’est un service hospitalier qui répond aux demandes des interlocuteurs sur des empoisonnements, des intoxications. On a des médecins, des pharmaciens, des infirmiers, et des étudiants qui sont toxicologues d’urgence. 

Notre mission est de répondre aux situations d’urgence toxicologique. 

Qui sont les personnes qui vous appellent ? 

Il y a huit centres antipoison français. Au CHU d’Angers, on s’occupe de la zone Grand Ouest. Que vous soyez en Normandie, en Bretagne, au Centre-Val de Loire ou au Pays de la Loire, si vous avez un numéro de téléphone qui commence par 02, vous pouvez appeler le centre antipoison d’Angers. Il y a quelques années, on recevait 60 000 appels par an. Maintenant, on est plutôt sur un chiffre de l’ordre de 120 000 par an. Tout le monde peut nous appeler, sans forcément passer par le CHU. Les professionnels de santé, qu’ils soient urgentistes, généralistes, réanimateurs ou pédiatres, peuvent également nous appeler pour savoir quel antidote utiliser pour une intoxication dont ils n’ont pas l’habitude. 

Pouvez-vous nous parler de votre équipe ? 

Dans le service, j’ai le beau rôle ! J’ai récupéré une équipe qui n’a absolument pas besoin de moi pour fonctionner. Ils sont remarquables sur le plan toxicologique. Ils sont à la fois médecin et pharmacien, et s’enrichissent mutuellement. 

On a des étudiants et des infirmiers qui vont être des répondants, donnant une réponse toxicologique et de prévention aux demandes des professionnels de santé. Ils établissent le bilan, l’antidote et la marche à suivre. Si c’est un patient, ils déterminent s’il est nécessaire ou non d’aller à l’hôpital ou d’appeler le SAMU centre 15. Parfois, lorsque l’on peut gérer sur place, il n’est pas nécessaire d’aller aux urgences. On a la capacité de répondre mais aussi de rappeler et de s’assurer que l’évolution est bien celle que l’on avait prédit. 

Quand quelqu’un vous appelle, comment se passe la prise en charge ? 

Notre rôle va être d’être sûr que les premiers gestes soient faits. A distance, on va donner des conseils à la personne qui va prendre en charge la personne intoxiquée et aider les autorités sanitaires sur place. 

Pr Alexis Descatha. Crédit photo : Adrien Morcuende

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est une intoxication aiguë ? 

L’intoxication aiguë est celle qui vient de survenir. Nous avons une compétence d’urgence. On sait réagir sur quelque chose qui vient d’arriver. Par exemple, si la personne vient d’être mordue ou vient d’avaler une substance, qu’elle soit chimique, industrielle, médicamenteuse, ou même naturelle, on sait répondre. 

Quelles sont les intoxications les plus fréquentes ? 

La réponse à cette question dépend de la période. Si vous me posez la question maintenant : les premiers serpents sortent, on commence à avoir les premières morsures, ainsi que les premières baies toxiques. On a donc plein d’accidents liés à la nature, au printemps qui arrive. Il y a des périodes où, au contraire, c’est plutôt les champignons. Il y a aussi les intoxications médicamenteuses volontaires avec les tentatives de suicide qui représentent malheureusement un grand nombre d’appels tout au long de l’année. 

Pouvez-vous nous parler de la banque de sérums antivenimeux ? 

Avec d’autres centres hospitaliers, on a créé une banque de sérums antivenimeux pour essayer de lutter contre des envenimations parfois gravissimes, à partir de serpents qui ne sont pas métropolitains. Ce sont des serpents qui viennent d’autres régions du monde et qui sont gardés comme de nouveaux animaux de compagnie. De temps en temps, il s’agit même de professionnels qui développent des anti -sérums. Même si ce sont des cas peu fréquents, c’est important d’avoir l’antidote compte tenu de la mise en danger de la vie. 

Vous arrive-t-il de ne pas savoir répondre à une urgence ? 

La plupart du temps, on sait répondre. Mais de temps en temps, on s’aperçoit qu’on a quelque chose d’inhabituel. En termes de symptômes, de liens avec le produit, de nouvel insecte qu’on n’a pas vu dans la région ou que l’on attend pas. A ce moment-là, on va prévenir les autorités sanitaires ; les agences régionales pour une action immédiate, l’ARS notamment, mais les agences nationales. Pour le médicament, c’est l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et pour tout ce qui est sécurité sanitaire, c’est notre agence principale, l’ANCES.

Le mot de la fin ? 

Dans la toxicologie d’urgence il y a énormément de choses à faire en termes de recherche et de prévention. Un des rôles des centres antipoison est d’impliquer l’ensemble de son équipe sur la prévention des accidents domestiques, la prévention du monoxyde de carbone et des intoxications qui vont avec. Finalement, il y a des choses que l’on sait et des choses que l’on ne sait pas. Heureusement grâce aux données qui sont collectées lors de chaque appel au centre antipoison, on est maintenant capables de faire de la détection d’analyse dite “syndromique”, pour repérer des choses inattendues ou inhabituelles mais aussi faire de la vigilance et de la recherche. 

Propos recueillis par Adrien Morcuend

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dossier : La maladie de Crohn

A l’occasion de la journée mondiale des Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), la rédaction de CHU Média publie un dossier consacré à la maladie de Crohn.

HAVISAINES : Le CHU d’Angers vise la bonne santé de ses agents

Depuis l’an dernier, le CHU d’Angers déploie HAVISAINES, un dispositif de promotion de la santé à destination de ses professionnels. Au micro de CHU Média, le Pr Alexis Descatha, médecin porteur du programme, revient notamment sur les quatre piliers sur lesquels ce dispositif repose : sport, alimentation, alcool, tabac.

Violences : fin de l’omerta à l’hôpital

La semaine dernière, la Conférence des Doyens de facultés de médecine a publié un communiqué de presse co-signé avec l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP), annonçant un engagement commun dans la lutte contre les violences au travail. Une déclaration qui fait suite aux récentes accusations de violences morales et sexuelles de Karine Lacombe à l’encontre du médecin urgentiste Patrick Pelloux.

L’ICI, nouveau temple de la cancérologie

Le CHU de Brest vient d’inaugurer son nouvel Institut de Cancérologie et d’Imagerie, surnommé ICI. Ce centre, promesse d’un hôpital centré sur l’humain et doté d’une technologie de pointe, est amené à devenir l’un des fers de lance européens dans le traitement du cancer, avec une capacité de 50 000 patients par an.

Dossier : La maladie de Parkinson 

Décrite pour la première fois dans An Essay on the Shaking Palsy (1817) par James Parkinson, un médecin anglais, la maladie de Parkinson, mentionnée souvent en abrégé « Parkinson », est une maladie neurodégénérative irréversible d’évolution lente. La maladie s’installe ainsi au cours d’une longue phase asymptomatique de plusieurs années. Les premiers symptômes ne se font en effet ressentir que lorsque 50 à 70% des neurones dopaminergiques du cerveau sont détruits. Ils se déclarent essentiellement progressivement sous la forme d’un tremblement de repos, d’un ralentissement des mouvements et d’une raideur musculaire. Néanmoins, de nombreux troubles moteurs et non moteurs peuvent s’ajouter à la liste, devenant de réels handicaps dans le quotidien de ceux qui la subissent.