Les relations internationales : l’engagement stratégique du CHU de Nantes

Auteur /Etablissement :
Avec une expérience de plus d’une vingtaine d'années, le CHU de Nantes dispose du recul et de l’expertise nécessaires pour construire une approche stratégique de ses relations internationales. Aujourd'hui, l'établissement affiche ses priorités et ses axes de développement. Marie Lapostolle, et Isabelle Brisson, respectivement directrice et chargée de mission des relations internationales, présentent cette mission phare d'un CHU de plus en plus présent sur la scène mondiale. Explications

Avec une expérience de plus d’une vingtaine d’années, le CHU de Nantes dispose du recul et de l’expertise nécessaires pour construire une approche stratégique de ses relations internationales. Aujourd’hui, l’établissement affiche ses priorités et ses axes de développement. Marie Lapostolle et Isabelle Brisson, respectivement directrice et chargée de mission des relations internationales, présentent cette mission phare d’un CHU de plus en plus présent sur la scène mondiale. Explications.
1. Comment êtes-vous passés d’une démarche empirique à une approche stratégique des relations internationales ?
La professionnalisation de nos pratiques se construit chaque jour tant sur le plan technique que sur le plan organisationnel. Un programme de formations en gestion de projets de coopération internationale proposé par le conseil régional des Pays de la Loire a permis de renforcer nos connaissances et nos compétences techniques. Le CHU de Nantes participe par ailleurs assidument aux réunions de la commission relations internationale de la Conférence des Directeurs Généraux. Cette commission est un lieu d’échanges en matière de coopération internationale hospitalière où sont discutées l’actualité réglementaire, les priorités nationales et internationales, les opportunités de développement et les pratiques professionnelles. Afin de capitaliser l’expérience acquise par les CHU au cours des années, cette commission a rédigé un guide de bonnes pratiques de coopération internationale hospitalière ayant comme objectif d’encourager d’autres établissements de santé à professionnaliser leurs pratiques ou tout simplement, se lancer (N°ISBN: 978-2-9550874   http://fichiers.fhf.fr/documents/GUIDE-CIH-2014.pdf). Le CHU de Nantes a fait partie du comité éditorial de ce guide et participera à une action de promotion du guide sous forme d’ateliers sur une journée fin 2015.
Au niveau organisationnel, le CHU de Nantes a constitué un bureau des relations internationales bien identifié, composé de trois personnes, une directrice, une chargée de mission, et une secrétaire représentant environ 0,8 ETP. C’est suffisant pour avoir une activité cadrée et suivie de nos activités.
Nous avons sanctuarisé cet espace de dialogue institutionnel qu’est la commission relations internationales. Cette commission réunit le Directeur général, le Directeur des affaires médicales et de la recherche, le président de la CME, le Coordinateur général des soins, le directeur des instituts de formation paramédicaux, le bureau des relations internationales et les doyens des 3 facultés de santé ainsi que leurs chargés de relations internationales. Dans le cadre de cette commission, le bureau des relations internationales présente un bilan annuel de ses activités, avec un focus sur certaines thématiques et des synergies avec l’Université sont étudiées.
La commission a également validé un outil de travail destiné à analyser la faisabilité, les risques et bénéfices d’un projet de coopération proposé à l’établissement. Il s’agit d’un formulaire à remplir destiné aux porteurs de projets ou futurs partenaires leur permettant de présenter leurs projets projets de coopération institutionnelle. Ce formulaire précise reprend les éléments essentiels d’un projet de coopération  : l’identité des porteurs de projets, la définition du besoin ou de l’objectif poursuivi, les bénéficiaires directs et indirects, la mise en œuvre proposée (étapes, ressources humaines, matérielle et financières), la légitimité d’action (cadre légal, accords institutionnels), la pérennité des retombées, la durée, la méthode de suivi-évaluation du projet (indicateurs et plan de suivi), le cadre conventionnel, les financements. Une priorité est accordée aux projets répondant aux critères suivants :
– la cohérence avec ou continuité d’un projet existant ;
– l’adéquation avec les priorités géographiques et thématiques de l’Université de Nantes, des collectivités territoriales, de l’Etat
– la réponse à des objectifs du millénaire pour le développement (OMD)
– l’acquisition de nouvelles connaissances et savoir-faire pour l’établissement ;
– l’équilibre du partenariat (gains, répartition des apports)
– les zones géographiques Amérique du Nord (Canada, Etats-Unis) et Europe.

2. Quels sont les champs des relations internationales ?

Les relations internationales dans un établissement hospitalier concernent plusieurs types d’actions.
La coopération internationale, sous la forme de jumelages institutionnels ou de projets, habituellement pluriannuels, est l’activité la plus classique. Elle peut concerner le transfert de compétences (formation, conseil), voire de la prestation de service.

Une délégation chinoise (Beijing, Yulin, Shenzhen, Qitaihe) découvre les outils de formation médicale utilisés à Nantes avec le Pr Corinne Lejus

L’accueil de délégations étrangères réalisant un voyage d’étude (benchmarking) ou la réalisation par notre établissement de voyages d’étude à l’étranger est un autre type d’action internationale, pouvant mener ou non au développement de partenariats.
L’activité de recherche est, par essence, internationale. Les scientifiques privilégient les publications dans des journaux ayant un lectorat international, et réalisent des travaux de recherche collaboratifs avec des chercheurs des établissements étrangers. A titre d’exemple, de 2010 à 2015, le CHU de Nantes a participé à 562 essais cliniques internationaux. Une analyse bibliométrique portant sur 2013 et 2014 a révélé que près du tiers (31%) des publications du CHU de Nantes avaient été réalisées en collaboration avec au moins un établissement étranger.
Le recrutement ou l’accueil en stage de personnels hospitaliers médicaux ou non-médicaux sont une autre facette des relations internationales. A titre d’exemple, au CHU de Nantes, sont accueillis chaque année entre 20 et 30 observateurs médicaux, 1 à 2 stagiaires associés médicaux et environ une dizaine de stagiaires paramédicaux.

 Maguarette Pierre, cadre sage-femme à l’Hôpital Saint Antoine de Jérémie (Haïti), en formation pour apprendre à former ses collègues sur l’utilisation du partogramme 
L’accueil de patients étrangers pour des séjours programmés, encore timideau CHU de Nantes, représentait 169 séjours en 2014. Des mesures sont imaginées au niveau national afin d’encourager les établissements de santé à développer cette activité de manière coordonnée et cadrée.

3. Et quel est votre périmètre ?
Au CHU de Nantes, toutes les activités précitées sont réalisées. L’accueil de patients étrangers est cependant demeuré très longtemps uniquement la préoccupation du service des admissions, avec comme seul objectif, le recouvrement des frais d’hospitalisation. Une réflexion est actuellement menée au sein de notre établissement afin d’évaluer l’opportunité du développement de cette activité en lien avec les travaux de la « task force » nationale mise en place par les Ministères de la Santé et des Affaires étrangères dans cet objectif.

4. Quelles sont les conditions requises pour qu’un projet puisse voir le jour ?
Un projet, quel qu’il soit, doit toujours répondre à un vrai besoin. Il doit être défini dans le temps, les cibles à atteindre doivent être précisées qualitativement et quantitativement. L’étude d’impact et l’évaluation de la faisabilité doivent être réalisées minutieusement. Cela demande un excellent dialogue avec le partenaire et les participants au projet. Tous les partenaires d’un projet doivent être gagnants. C’est pour cette raison que nous avons développé notre grille d’analyse. Cet outil est utile pour nous et pour nos partenaires. Elle sert en quelque sorte de « check list » et d’amorce au dialogue avec le partenaire. C’est une réelle satisfaction que d’aller jusqu’au bout d’un projet et d’atteindre ses objectifs. Il faut s’en donner les moyens.

5. En cette période de crise, trouvez-vous encore des financements ?
Deux de nos projets bénéficient du soutien financier de nos collectivités locales (Région Pays de la Loire et Ville de Nantes), deux autres sont financés ou co-financés par le Ministère en charge de la Santé (DGOS), un autre a bénéficié du soutien du SCAC d’une ambassade française. Il existe des opportunités de financement par l’Agence Française de Développement, par l’Europe également. Les fondations privées sont également des bailleurs souvent négligés.
Enfin, certains partenaires peuvent être prêts à financer le coût d’un projet. L’apport de l’établissement peut se limiter à la réalisation d’une prestation intellectuelle. Dans certains projets, l’établissement peut même réaliser une prestation intellectuelle contre rémunération (ex. formations, prestation d’audits).

6. Et s’il fallait retenir deux actions emblématiques et deux projets inscrits sur votre calendrier ?
Le projet de coopération décentralisée mené avec l’Hôpital Saint Antoine de Jérémie à Haïti sur la santé maternelle et infantile a été pour nous le projet le plus complexe, car faisant intervenir plusieurs partenaires d’horizons différents : des collectivités (la ville de Nantes et l’association des Maires de la Grand’Anse à Haïti), deux hôpitaux (le CHU de Nantes et l’Hôpital Saint-Antoine de Jérémie à Haïti), et une ONG (Gynécologie sans Frontières). L’une des réalisations phare de ce projet est le recrutement par l’Hôpital Saint Antoine d’un responsable technique en charge de l’entretien et de la réparation du matériel hospitalier. Très sollicité  par ses collègues, ce professionnel a permis des économies substantielles et contribue de façon tangible à la permanence des soins. Le travail collaboratif de remise en état des locaux de la maternité, avec un minimum de matériel, a permis une sectorisation des patientes et une amélioration notable des conditions de travail du personnel de la maternité. C’est une autre réalisation dont nous sommes fiers.
Avec le soutien de la Région des Pays de la Loire, le CHU de Nantes et le Gérontopôle des Pays de la Loire travaillent actuellement à la mise en place d’une offre de formation sur le vieillissement pour un public chinois. Cette formation combinerait le savoir-faire de nos praticiens en soins gériatriques associés aux outils développés par le Gérontopôle. Ce besoin de formation a été confirmé lors des échanges que nous avons eus avec plusieurs représentants des autorités sanitaires du Shandong au cours d’une récente mission en Chine.
Dr Zhang Guanlei de Zhengzhou (Henan) et le Pr Liu Wenbo de Yantai (Shandong) aux explorations fonctionnelles du service de neurologie du CHU de Nantes

7. En conclusion, les relations internationales se sont professionnalisées : inscription dans une politique territoriale et de développement institutionnel, maîtrise du montage de projet, de la contractualisation… Mais l’acquisition de cette expertise ne se fait-elle pas aux dépens de la dimension "aventure humaine" qui donnait une saveur pittoresque à ces initiatives ?
En effet, l’évolution des méthodes de travail des établissements de santé dans le domaine de la coopération internationale se fait dans le sens de la professionnalisation. On introduit plus d’organisation, de suivi, de rigueur, afin d’obtenir des résultats réels et quantifiables. Nous avons la responsabilité d’utiliser les ressources humaines, matérielles et financières de l’Etat avec efficience et de rendre des comptes sur leur utilisation.
Dans le cadre de projets d’aide au développement, cette professionnalisation doit permettre de favoriser l’autonomie des partenaires dans la conduite de leurs projets. Notre objectif est d’accompagner et de partager mais pas de « prendre la place » des équipes locales.
Pour nous la dimension humaine est motrice et toujours présente au cœur d’un projet, peu importe son contenu et sa forme. Adopter des méthodes de travail plus professionnelles, contribue à clarifier les rôles et les responsabilités, à faciliter les rapports entre les partenaires. La curiosité, la rencontre de l’autre dans toute sa dimension culturelle, c’est ce qui fait le charme des relations internationales et ça, ça n’a jamais changé.
Rédaction : Hubert Jaspard, Marie Lapostolle, Mathilde Lefèvre, Isabelle Brisson

À lire également

Un quadruplet de dons croisés de reins entre 8 patients, une première en France 

Pour la première fois en France et en Suisse, quatre paires donneur/receveur ont été opérées de manière coordonnée dans le cadre d’un don croisé de reins avec donneurs vivants. Pilotée par l’Agence de la biomédecine, ce « quadruplet » constitue un défi médical et logistique considérable, qui a impliqué les CHU de Toulouse, Montpellier, Reims et Genève.

Sport intense et canicule : le CHU d’Angers met en garde contre le coups de chaleur

La France connait actuellement un épisode caniculaire précoce. Les événements sportifs, dédiés notamment à la course à pied, sont nombreux en cette période. Les sportifs sont particulièrement exposés aux risques liés aux fortes chaleurs. Dans ces conditions, des coups de chaleur d’exercice peuvent survenir, entraînant des hospitalisations, voire des décès. Les médecins réanimateurs et du sport du CHU d’Angers rappellent quelques recommandations de base, face à ces épisodes de fortes chaleurs qui se multiplient.

Hôpital Henry Gabrielle : un accompagnement inédit après les cancers du sang 

Les Hospices Civils de Lyon ont ouvert, à l’hôpital Henry Gabrielle, une unité de soins médicaux et de réadaptation (SMR) dédiée à l’onco-hématologie. Première structure de ce type au sein d’un CHU en France, elle propose une prise en charge globale, spécialisée et coordonnée des patients atteints de cancers du sang après des traitements intensifs. Conçue comme un maillon du parcours de soins, elle constitue l’aval direct du service d’hématologie de l’hôpital Lyon Sud. Elle assure la continuité de la prise en charge après la phase aiguë, dans une logique de parcours sécurisé et gradué, au service de la récupération physique, psychologique et sociale de patients fragilisés par une leucémie, un lymphome, un myélome, une greffe de moelle ou une thérapie par CAR-T cells.

Cancer du pancréas : au CHU Grenoble Alpes, l’innovation thérapeutique à l’honneur

Le CHU Grenoble Alpes lance l’étude ACAPELLA, première en Europe, pour évaluer une technologie innovante de radiothérapie interne ciblée (DaRT) chez des patients atteints de cancer du pancréas non opérable. Portée par ses équipes expertes en oncologie digestive, en endoscopie digestive et en radiothérapie, cette étude vise à offrir une alternative plus efficace à la radiothérapie conventionnelle, avec l’espoir d’améliorer significativement le pronostic de patients aujourd’hui en impasse thérapeutique.

Diagnostic des maladies sur tissus et cellules : à Angers, le grand virage 

Le CHU d’Angers a récemment annoncé qu’il avait pris, en collaboration avec le Centre hospitalier du Mans, un véritable virage numérique en matière d’anatomocytopathologie (ACP), spécialité médicale dédiée à l’étude des cellules et tissus des organes pour établir des diagnostics, en acquérant des scanners de lames de dernière génération. Une modernisation des pratiques d’ACP présentant de nombreux bénéfices au profit des patients comme des équipes hospitalières, et un levier d’attractivité pour une discipline en tension.