Chaque année en France, environ 5 000 nouveaux cas de cancers de la cavité buccale sont diagnostiqués. Ils représentent près de la moitié des cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS). Leur traitement reste délabrant, malgré les progrès thérapeutiques. En 2025, on estime que près de la moitié des patients concernés verront leur qualité de vie profondément altérée. Outre les carcinomes, relativement fréquents, les sarcomes des mâchoires constituent une pathologie plus rare, mais particulièrement sévère. Dans tous les cas, ces cancers entraînent des séquelles fonctionnelles (sur la mastication, la déglutition, la parole) et esthétiques lourdes.
Face à ces enjeux, le CHU de Nantes a développé un modèle d’organisation unique pour répondre aux besoins des patients et assurer une prise en charge complète et d’excellence. Celui-ci se compose en plusieurs étapes : un dépistage et une prise en charge coordonnés ; des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) ; une expertise en anatomopathologie pour le diagnostic ; une articulation étroite avec le service d’oncologie du CHU de Nantes et l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) pour les traitements de radiothérapie ; une intégration des compétences chirurgicales, oncologiques et de réhabilitation à la prise en charge.
Un parcours de soin complet proposé aux patients
« Pour prendre en charge les cancers du visage et des mâchoires, le CHU de Nantes a fait le choix d’une approche globale qui dépasse la seule dimension chirurgicale, explique le Dr Julie Longis, chef de service de chirurgie maxillo-faciale et stomatologie au CHU de Nantes. Nos équipes unissent leurs compétences pour restaurer non seulement la santé, mais aussi la fonction, l’esthétique et la qualité de vie. Cette coordination pluridisciplinaire permet à chaque patient de bénéficier d’un parcours cohérent, du diagnostic à la réhabilitation. Soutenues par une recherche active, nos pratiques évoluent pour offrir des solutions toujours plus adaptées et innovantes.»
Le parcours de soin proposé aux patients passe d’abord par le dépistage et la prévention. Le tabac et l’alcool constituent les deux principaux facteurs de risque. La prévention passe également par la vaccination HPV (papillomavirus humain), recommandée chez les adolescents, qui permet de réduire l’incidence de certains cancers oropharyngés. Le CHU de Nantes met également l’accent sur le dépistage précoce (notamment via la campagne « Rouge Gorge »), qui améliore considérablement les chances de guérison.
Vient ensuite la chirurgie d’exérèse et reconstruction microchirurgicale. L’exérèse des tumeurs, lorsqu’elle est possible, constitue le pivot du traitement. Elle est suivie de techniques de reconstruction microchirurgicale sophistiquées, parfois préparées à l’aide de modélisations 3D. Ces reconstructions s’associent souvent à des traitements complémentaires de radiothérapie ou chimiothérapie.
Au-delà du geste technique, les patients bénéficient d’un accompagnement spécifique par les équipes soignantes : des infirmières et aides-soignantes référentes (pour la coordination et le suivi de la prise en charge) ainsi que des psychologues. Par ailleurs, les patients bénéficient d’un accompagnement des équipes et d’un suivi après réhabilitation pour la maintenance des prothèses posées et pour la surveillance médicale, afin d’éviter les risques de récidive.
Une fois le cancer guéri, la priorité est la réhabilitation sociale du patient. Cette dernière peut s’effectuer de différentes manières par la restauration de l’esthétique et des fonctions de mastication, de phonation et d’élocution : à l’aide de prothèses obturatrices maxillo-faciales réalisées en lien avec le service d’odontologie du CHU ; avec la mise en place d’épithèses** faciales pour la restauration esthétique du nez, des yeux et des oreilles ; grâce à des séances d’orthophonie pour rééduquer la déglutition et la parole ; via une réhabilitation dentaire avec, idéalement, une prothèse dentaire qui nécessite une synchronisation optimale entre chirurgiens maxillo-faciaux, prothésistes dentaires et chirurgiens-dentistes pour une prise en charge immédiate ; via a dermopigmentation, qui permet de restaurer des zones cutanées dépigmentées après chirurgie pour faciliter la réhabilitation sociale des patients.
Une prise en charge qui va toujours plus loin
L’innovation et la recherche font partie intégrante de l’approche nantaise pour mieux comprendre ces cancers rares et développer de nouvelles approches thérapeutiques. Le service de CMF et stomatologie travaille en lien avec : – les unités de recherche CRCI2NA (INSERM, CNRS, Nantes Université) sur la compré- hension du microenvironnement tumoral des sarcomes des mâchoires (Dr Hélios Bertin), – le laboratoire RMeS (INSERM, ONIRIS, Nantes Université) pour la création d’un ciment phosphocalcique hybride imprimé en 3D pour la réparation des défauts osseux des mâchoires (Pr Pierre Corre), – l’Ecole Centrale de Nantes pour la modélisation 3D des tumeurs de la cavité buccale (Dr Sophie Dugast).
La rédaction avec le CHU de Nantes
*L’épithèse correspond à une prothèse en silicone entièrement biocompatible, destinée à restituer de la manière la plus fidèle possible la morphologie d’une région anatomique lésée ou amputée à la suite d’une chirurgie.




