Le dépistage de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) peut être réalisé par des infirmières formées qui photographient le fond de l’œil et envoient l’examen à un ophtalmologue pour interprétation et diagnostic. Un protocole qui s’avère aussi fiable que le dépistage par fond d’œil et présentel’intérêt d’être plus rapide et d’éviter la dilatation de la pupille et donc toute gêne visuelle pour le patient. C’est ce que vient de révéler l’étude baptisée DO DMLA (pour Dépistage Organisé de la DMLA), coordonnée par le Pr Laurent Kodjikian. La démarche a été proposée à tous les patients de 65 ans et plus ayant bénéficié d’une consultation de prévention dans un Centre d’Examens de Santé (CES) de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Rhône entre le 1er février et le 31 décembre 2012, soit 1022 patients. 683 patients ont été inclus dans l’étude.
En pratique
L’examen du fond d’œil est réalisé au moyen d’une rétinophotographie non mydriatique (RNM), une sorte de photographie couleur de la rétine. Parallèlement, le consultant remplit un questionnaire, à la recherche de facteurs de risque (sexe, poids, antécédent familial de DMLA, couleur de l’iris, etc.)
Les images de la RNM sont ensuite télétransmises par le Centre d’Examens de Santé (CES) au Service d’Ophtalmologie de la Croix-Rousse pour interprétation (hebdomadaire).
L’ophtalmologue télétransmet les diagnostics au CES. Un courrier est adressé à chaque consultant avec les résultats de son dépistage. Le médecin de santé publique du CES gère le recueil des données et l’analyse statistique. Les résultats se sont révélés analogues au dépistage par fond d’œil.
L’analyse a mis en évidence 16,1 % de dépistage positif, dont 40,9 % d’atteintes bilatérales, des données comparables aux données obtenues par des études européennes, sur la base d’un dépistage réalisé par un ophtalmologue avec la technique classique : un fond d’œil avec dilatation de la pupille (l’examen entraînant une gêne visuelle et une sensibilité à la lumière qui nécessitent un arrêt des activités dans les heures qui suivent).
Le recueil des données épidémiologiques issues des questionnaires a également permis d’établir que l’âge est le principal facteur de risque non génétique de la DMLA, dont la prévalence et la sévérité augmentent exponentiellement avec l’âge. La présence de DMLA a été reliée à l’existence d’antécédents familiaux. En revanche, aucun lien n’a pu être établi avec le sexe (pas de différence entre les hommes et les femmes), avec des facteurs de risques cardiovasculaires, ni avec la couleur de l’iris.
Un acte réalisé par un non-médecin, pour un dépistage précoce
Avec 16% de DMLA diagnostiquées, l‘étude DODMLA a montré que la RNM interprétée par télémédecine est un outil pertinent, utile pour dépister les populations à risque et mieux les surveiller (un traitement précoce étant de meilleur pronostic). Elle présente par ailleurs l’intérêt d’être un acte rapide pouvant être réalisé par un non-médecin (délégation d’acte) et la possibilité d’interpréter l’examen en différé dans le temps et dans l’espace. Confortés dans le succès de leur collaboration au profit d’une action de santé publique, le CES de la CPAM du Rhône et le service d’ophtalmologie de la Croix-Rousse envisagent de l’étendre au dépistage, chez les patients diabétiques, de la rétinopathie diabétique. Le dépistage de la DMLA selon ces mêmes modalités pourrait intéresser également d’autres Caisses Primaires d’Assurance Maladie en France.
La DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age) est une dégénérescence de la zone centrale de la rétine (la macula) sans cause apparente. Elle altère la vision des choses fines et la lecture, induit une perte d’autonomie et augmente le risque de chutes. Cette pathologie, qui touche 1 million de personnes de + de 50 ans en France, est la 1ère cause de malvoyance dans les pays industrialisés. Le traitement doit être instauré le plus tôt possible afin de ralentir la dégénérescence
Le Centre d’Examens de Santé (CES) de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Rhône accueille chaque année 13 000 consultants pour des examens de santé, des actions éducatives en santé, des ateliers, de l’éducation thérapeutique, des actions de dépistage…
Son action préventive cible prioritairement les populations qui ne bénéficient pas, peu ou mal de la démarche de prévention du médecin traitant, ou qui ne s’inscrivent pas dans les dispositifs organisés de suivi, de dépistage ou de vaccination. L’Examen Périodique de Santé, proposé par la CPAM à un panel d’assurés, constitue un moment privilégié pour une action éducative pour la santé avec des conseils personnalisés et adaptés à la situation du consultant voire, en cas de repérage de facteurs de risque (tabac, alimentation…), des ateliers dédiés. C’est aussi l’occasion de développer l’information et l’accompagnement des personnes accueillies pour un meilleur usage de l’offre de soins et de prévention.