Le centre régional du psychotraumatisme du CHU Dijon Bourgogne se réinvente

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Crédit Photo : CHU de Dijon Bourgogne
Le centre régional du psychotraumatisme (CRP) adulte Bourgogne-Franche-Comté situé au CHU Dijon Bourgogne a récemment connu une refonte totale de son activité. Rattaché au pôle neurosciences depuis le début de l’année sous la direction de la docteure Clothilde Riotte, le centre a présenté le 2 juin dernier sa nouvelle offre de soins.

Un centre régional du psychotraumatisme complètement repensé ! Véritable ressource territoriale en matière de traumatismes psychiques, le CRP remplit trois missions principales : le soin, la formation et la coordination. Son équipe accueille des patients ayant subi un événement traumatique et leur propose une prise en charge personnalisée, notamment via l’EMDR et des groupes thérapeutiques. Elle a également pour mission d’accompagner les professionnelles et professionnels de Bourgogne-Franche-Comté dans le repérage et la prise en charge du psychotraumatisme. Enfin, elle fédère l’ensemble des acteurs spécialisés notamment à travers des actions communes et des supervisions.

Au coeur d’un réseau d’acteurs nationaux et locaux 

Sous l’égide du Centre national de ressources et de résilience (Cn2R), le centre s’inscrit dans un réseau national de 17 centres. En Bourgogne-Franche-Comté, il assure la coordination des autres antennes régionales destinées aux mineurs, situées au centre hospitalier de Novillars (Doubs) et au centre hospitalier spécialisé La Chartreuse à Dijon.

« Le CRP Bourgogne-Franche-Comté anime un réseau régional d’acteurs impliqués dans la prise en charge des traumatismes psychiques : professionnels de santé, professionnels médico-sociaux et judiciaires. Nous sommes un centre de ressources pour eux, nous organisons des formations à leur attention ainsi que des journées thématiques – la dernière, à Auxerre, a été consacrée aux violences sexuelles. La vocation du CRP est également de contribuer à la recherche sur les psychotraumatismes. », explique Charlotte Joly, psychologue au CRP

Crédit photo : CHU de Dijon Bourgogne

De manière concrète, le centre accueille des patientes et des patients ayant subi un ou plusieurs événements traumatiques : violences sexuelles, violences intrafamiliales, deuil traumatique (décès brutal ou suicide d’un proche), agression physique, accident, parcours d’exil. Le CRP accueille préférentiellement des patients orientés par un professionnel de santé (médecin, psychologue, sage-femme, kinésithérapeute…), qui les adresse en remplissant le formulaire du site internet. À date, le CRP accueille un public francophone, mais souhaite développer un accompagnement à destination des publics en situation d’exil non francophone. 

Traumatisme simple et complexe

Toute patiente ou tout patient pris en charge au CRP est d’abord reçu par un infirmier spécialisé en consultation d’évaluation. Par la suite, une réunion pluridisciplinaire permet de proposer les soins les plus adaptés au sein du centre et/ou auprès d’autres professionnels. Le CRP propose plusieurs protocoles de prise en charge : une filière « traumatisme simple » en 12 séances et une filière « traumatisme complexe » en 24 séances, qui vise d’abord à stabiliser le patient dans son quotidien, avant d’envisager un retraitement du ou des souvenirs traumatiques.

Un troisième parcours vient d’être mis en place, spécifiquement dédié aux personnes victimes de violences sexuelles, l’une des principales patientèles du CRP. Il s’agit d’une prise en charge de groupe articulée autour de cinq séances de psychopédagogie et de neuf séances d’EMDR. Au moins quatre sessions seront organisées chaque année. Par ailleurs, l’équipe réfléchit actuellement à d’autres formes d’accompagnement de la stabilisation des patients notamment grâce à la sophrologie ou au yoga.

« Nous pratiquons au CRP une approche progressive la plus douce possible. Le principe est que le patient est expert de son vécu et acteur de sa thérapie. Le professionnel, avec lequel se construit une relation forte de confiance, le guide, l’accompagne. La fréquence des séances et leur intensité sont calibrées sur-mesure, en fonction de l’état psychique du patient et de ses contraintes personnelles et professionnelles”, conclut le Docteure Clothilde Riotte, cheffe d’unité et psychiatrie

La prise en charge au CRP s’effectue notamment avec la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing – « Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires »). Cette méthode a été développée à partir de 1987 par la psychologue comportementaliste américaine Francine Shapiro. Il s’agit d’une thérapie structurée. Dans un premier temps, la thérapeute établit avec la patiente ou le patient un objectif thérapeutique accompagné d’un plan de ciblage autour d’un symptôme perturbant le quotidien. Après la mise en place de ressources, chaque souvenir est retraité via un protocole qui associe l’exposition à des stimulations bilatérales alternées du cerveau : le patient effectue des mouvements des yeux de droite à gauche et de gauche à droite, ou entend des sons alternativement à gauche ou à droite, ou reçoit des stimulations tactiles à gauche et à droite (mains, genoux). Les séances durent environ 50 minutes. L’EMDR, qui a largement prouvé son efficacité, est recommandé par des instances telles que la Haute autorité de santé (HAS), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou encore l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), pour la prise en charge d’un stress post-traumatique.

L’EMDR est une méthode intégrative qui s’inscrit naturellement dans un parcours de soins global. Le recours à traitement médicamenteux est possible mais pas obligatoire et ne saurait constituer une finalité – il apparaît comme un outil d’aide à la stabilisation du patient. L’approche du CRP est coordonnée avec les autres formes de prise en charge dont les patients peuvent bénéficier à l’extérieur, telles que la musicothérapie, les groupes de parole ou des pratiques corporelles comme l’escrime ou le yoga. Le CRP travaille également, quand cela est nécessaire, en lien avec d’autres services du CHU, tels que l’unité interventionnelle de thérapie brève (UITB), spécialisée dans la prévention du risque suicidaire, ou l’équipe TCA (troubles du comportement alimentaire). C’est là tout l’intérêt pour le CRP d’être positionné au sein d’un établissement hospitalier disposant de nombreuses filières spécialisées.

Plusieurs formations

Le CRP dispense plusieurs sessions de formation chaque année. Son catalogue comporte des formations généralistes sur la psychopathologie, le repérage et l’évaluation des psychotraumatismes mais également des formations plus spécifiques – violences sexuelles, parcours d’exil ou encore deuil traumatique… Il sera amené à s’étoffer dans les prochaines années. Ces formations sont à destination de toutes les professionnelles et de tous les professionnels au contact de personnes ayant vécu des traumatismes, que ce soit le personnel médical, paramédical mais également les acteurs médico-sociaux et judiciaires.

Créé en 2021 dans le cadre du plan national de lutte contre le psychotraumatisme faisant suite aux attentats de 2015, à l’initiative de l’État et de Françoise Rudetzki (fondatrice de SOS Attentats),  le CRP a assuré 522 consultations en 2025.

La rédaction avec le CHU de Grenoble 

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