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Dossier : La maladie de Crohn

Source : CHU de Bordeaux
A l'occasion de la journée mondiale des Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), la rédaction de CHU Média publie un dossier consacré à la maladie de Crohn.

La maladie de Crohn, c’est quoi ? 

Maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), la maladie de Crohn peut toucher toutes les parties de l’appareil digestif, de la bouche à l’anus. Elle peut aussi s’accompagner de manifestations extra digestives, notamment au niveau de la peau, des articulations et des yeux. S’il n’existe aucun moyen de guérir cette pathologie, des traitements existent néanmoins pour soulager les poussées inflammatoires et éviter les rechutes potentielles. Les poussées en question peuvent apparaître à intensité variable, faisant fluctuer la fréquence et la gravité de l’inflammation.

Plus concrètement, la maladie de Crohn correspond à une inflammation de zones du tube digestif qui se caractérise par un épaississement de la paroi du tube digestif associé à des ulcères, mais aussi parfois à des rétrécissements et des perforations.

Les causes de la maladie de Crohn

Les causes de la maladie de Crohn sont multifactorielles. Elles associent des facteurs génétiques, des perturbations du microbiote intestinal (« dysbiose ») et plusieurs facteurs environnementaux mal identifiés.

Certains gènes peuvent favoriser l’apparition de la maladie, dont le gène N0D2 (récemment rebaptisé CARD15 ) qui multiplie par cinq les chances de la développer. A cela s’ajoutent des facteurs environnementaux qui, couplés aux facteurs génétiques précédemment décrits, sont à l’origine d’une inflammation excessive en réponse aux bactéries à la surface du tube digestif.

Le tabagisme est un facteur aggravant. Dans l’intérêt du patient, il est donc conseillé de cesser de fumer dès l’annonce du diagnostic. De même, l’alimentation peut avoir une influence sur les poussées. Il est recommandé d’éviter ou de réduire la consommation d’aliments ultra-transformés (soda, fast-food notamment).  

Les symptômes 

Le manque de spécificité des symptômes de cette maladie rend le diagnostic difficile. Il est parfois retardé de plusieurs mois. On retrouve dans les symptômes les plus récurrents : une forte fatigue et un amaigrissement significatif. Chez l’enfant et l’adolescent, on observe généralement une cassure dans la courbe du poids et de la taille.

On constate également des symptômes dits “digestifs”, lorsque la personne souffre de douleurs abdominales (spasmes ou brûlures), de diarrhées parfois abondantes, de douleurs anales et / ou écoulements de glaires et de sang par l’anus, et enfin de perte d’appétit, nausées et / ou vomissements. Pour finir, des symptômes dits “extra-digestifs” peuvent apparaître, dans d’autres parties du corps : des rhumatismes articulaires comme la spondylarthrite, des complications dermatologiques (aphtes buccaux, érythèmes noueux) ou des atteintes oculaires (uvéite etc).

Diagnostic

Le diagnostic peut être établi avec sureté grâce à une équipe pluridisciplinaire composée d’un gastroentérologue, d’un radiologue, d’un anatomopathologiste, et d’un pédiatre si le patient est un enfant.

 Plusieurs autres examens peuvent être nécessaires :

  •  Le bilan sanguin : une anémie, un dosage anormal de la CRP, des carences vitaminiques, une diminution des protéines peuvent constituer une première piste.                                     
  • L’analyse des selles : on recherche une augmentation de la  calprotectine, bien que cette dernière ne soit pas propre à la maladie de Crohn. Elle est cependant nécessaire pour différencier la maladie de Crohn du syndrome de l’intestin irritable, qui conserve un taux relativement bas.       
  •   L’iléocoloscopie : il s’agit d’une opération au cours de laquelle on introduit un tube souple comportant une petite caméra, dans le rectum et le colon pour observer les parois du rectum, du côlon, et la partie terminale de l’intestin grêle. Cet acte se déroule sous anesthésie générale. Grâce à cela, on peut déterminer la gravité et l’étendue des lésions intestinales. Pour aider ce diagnostic, on y associe des biopsies pour réaliser une analyse anatomopathologique des zones lésées et saines .
  • L’endoscopie oesogastroduodénale : on examine l’œsophage, l’estomac et le duodénum. Pour bénéficier de cet acte médical, le patient doit être à jeun. L’endoscope est introduit par la bouche, il n’est cependant pas nécessaire d’être endormi car il n’est pas douloureux et n’empêche pas le patient de respirer normalement. Pour aider le diagnostic, on y associe des biopsies pour réaliser une analyse anatomopathologique des zones lésées et saines.

Pour l’étude de l’intestin grêle on utilise la vidéocapsule grêlique (une capsule ingérée transmettant des images à un système de traitement informatique), l’entéro-IRM (IRM avec prise de liquide non absorbé par l’intestin), et l’entéro-scanner (scanner des intestins en cas de contre-indication pour un IRM).

Image scanner Maladie de Crohn. Source : CHU de Bordeaux

Les traitements

Comme dit précédemment, la maladie de Crohn ne se guérit pas. Elle peut cependant être mise en rémission (absence de symptômes, d’inflammation et cicatrisation du tube digestif). Pour cela, le médecin traitant et un gastroentérologue travaillent de concert pour établir la prise en charge la plus adaptée, mobilisant d’autres soignants comme des infirmiers de pratique avancée, des psychologues, des diététiciens, etc.

 De manière générale, des traitements médicamenteux sont prescrits. En cure courte, des corticoïdes peuvent être donnés pour calmer les poussées inflammatoires. Lorsque la maladie rend le patient dépendant des corticoïdes, on prescrit un traitement de fond pour prévenir les rechutes après l’arrêt du traitement. Le temps de rémission des poussées est ainsi allongé.

A long terme, il est possible d’avoir recours à des immunosuppresseurs (tels que l’azathioprine) et à des biothérapies, notamment quand le patient ne réagit pas au traitement par corticorésistance. Ces médicaments réduisent l’inflammation et par extension les défenses immunitaires.

Dans le cas où il y aurait des sténoses ne répondant pas aux biothérapies ou des perforations du tube digestif, le corps médical peut proposer un recours chirurgical. Généralement, on pratique une résection d’intestin et de colon. Le but de cette opération est de retirer les parties du tube digestif les plus touchées. En cas de risque de retard de cicatrisation (tabac, dénutrition), il peut arriver que l’’intestin soit ouvert au niveau de la paroi de l’abdomen :la stomie. Lorsque les zones opérées du tube digestif sont cicatrisées, la stomie peut être fermée. Après la chirurgie la récidive de la maladie est très fréquente, un traitement médicamenteux est donc prescrit pour prévenir ce cas de figure.

Régime alimentaire

Pour améliorer le confort quotidien des personnes souffrant de la maladie de Crohn, il peut être proposé  d’adapter son alimentation. C’est pourquoi, il est possible de consulter un diététicien pour être au clair sur les indications et contre-indications nutritives. Pour éviter une certaine forme de dénutrition également, consultez ce guide de nutrition : “Manger avec une Mici, en poussée et en rémission.

En cas de grossesse 

En termes de fertilité, le taux reste normal en période de rémission mais est fortement réduit lors des poussées. De manière générale, les cycles menstruels peuvent être bouleversés. 

Pour les femmes enceintes, pas d’inquiétude. La maladie ne cause pas de dommages particuliers et ne constitue pas de risque particulier. Il est cependant préférable que la grossesse ne commence pas lors d’une poussée. Dans ces cas-là, la poussée peut être à l’origine d’un accouchement prématuré. La plupart des traitements peuvent être poursuivis pendant la grossesse, après discussion avec le gastro-entérologue.

Concernant le nourrisson, il est possible que celui-ci ait un poids plus faible que la moyenne à la naissance et qu’il se montre plus sensible aux infections en cas de poussée pendant la grossesse. A noter que la maladie de Crohn n’accroît pas les risques de malformations du futur bébé. Le risque pour l’enfant de développer une MICI est faible.

Pour éviter toute complication liée à la grossesse, il est bien venu de consulter un professionnel de santé au préalable.

Évolution de la maladie de Crohn et complication(s)

Si les traitements permettent de stopper ou ralentir l’évolution de la maladie, des complications peuvent tout de même se produire

  •   Abcès et fistules : un tunnel se forme entre deux organes internes. C’est ainsi que la partie de l’intestin qui est touchée par la maladie se trouve en lien avec un autre segment intestinal ou avec un organe proche (vessie, ovaire, foie). Des infections peuvent en découler, de la douleur et de la fièvre et un important changement dans l’état général de la personne souffrante.
  •   Sténose et occlusion intestinale : le rétrécissement d’une partie de l’appareil digestif (la sténose) cause une occlusion intestinale, ou dit plus simplement, l’arrêt du transit.
  •   Colite aiguë grave : cette complication se définit par des selles ensanglantées plus de six fois par jour, une importante fièvre, une anémie et un amaigrissement significatif. En cas de symptômes, le patient est hospitalisé. Le principal risque étant une perforation du gros intestin associée à une péritonite nécessitant une chirurgie en urgence.
  •   Le cancer du côlon : les personnes atteintes par la maladie de Crohn doivent se soumettre très régulièrement  à des coloscopies. Le risque est particulièrement élevé lorsque la maladie touche le gros intestin.
  •   La cholangite sclérosante primitive : une inflammation des canaux drainant la bile du foie à l’intestin grêle. Elle est associée à une augmentation du risque de cancer des voies biliaires et du côlon.

La rédaction 

Ce dossier n’a qu’une valeur informative non-exhaustive et ne remplace en aucun cas l’avis d’un médical d’un expert. Les informations contenues dans ce dossier de ont été relues et vérifiées par le Dr Guillaume LE COSQUER et le Dr Cyrielle GILLETTA, du service de Gastro-entérologie et Pancréatologie de l’hôpital Rangueil (CHU de Toulouse)

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