Dossier maladie : l’asthme

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Ce mois-ci, la rédaction a choisi de consacrer son dossier maladie à l’asthme, une maladie chronique des bronches.  

L’asthme c’est quoi ?

 L’asthme est une affection chronique qui se manifeste par une inflammation variable des voies respiratoires, en particulier au niveau des bronches et des bronchioles. Cette inflammation provoque des troubles respiratoires tels qu’un essoufflement, une respiration sifflante, une sensation d’oppression thoracique ou des difficultés à respirer. La maladie évolue généralement par crises, entrecoupées de périodes où la respiration redevient normale. Toutefois, chez certaines personnes, l’asthme peut entraîner une gêne respiratoire constante, perturbant les activités quotidiennes. Il est souvent déclenché par une hypersensibilité des voies respiratoires à certains éléments irritants ou allergènes présents dans l’environnement, comme la fumée ou le pollen.

Qui est touché ?

Depuis les années 1960, la prévalence de l’asthme ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés. En France, on estime qu’entre 5 % et 10 % de la population, soit environ 5 millions de personnes, est concernée par cette maladie à des degrés divers (6,4 % en 2021), les femmes semblent légèrement plus touchées que les hommes, avec un taux de 9,4 % contre 6,7 %.

Deux périodes de la vie apparaissent comme particulièrement sensibles à l’apparition de l’asthme : l’enfance et le début de la quarantaine. Chez les enfants de 11 ans et moins, environ 1 sur 8 (soit entre 8 % et 12 %) présente des symptômes d’asthme, ce qui en fait la maladie chronique la plus fréquente dans cette tranche d’âge. Heureusement, près de la moitié de ces enfants verront leurs symptômes disparaître à l’adolescence, bien qu’ils restent des sujets à risque.

 

En quoi consiste une crise d’asthme ? 

Une crise d’asthme correspond à une aggravation soudaine des symptômes respiratoires. Chez de nombreuses personnes, l’asthme se manifeste principalement sous forme de crises ponctuelles, tandis que la respiration reste normale en dehors de ces épisodes. Une crise débute souvent par une toux sèche, suivie de difficultés respiratoires accompagnées d’une respiration sifflante bien audible. Elle peut également s’accompagner d’expectorations, c’est-à-dire de toux avec production de mucus.

Lors d’une crise, les bronches se rétrécissent en raison d’une inflammation marquée et d’une contraction des muscles bronchiques. Bien que les traitements médicamenteux permettent généralement de soulager rapidement les symptômes, les crises d’asthme peuvent être dangereuses, en particulier chez les personnes vulnérables, comme les personnes âgées ou celles souffrant d’infections respiratoires

Quels sont les symptômes d’une crise d’asthme ?

Chez certaines personnes, les crises d’asthme sont peu fréquentes et ont peu d’impact sur leur vie quotidienne. Toutefois, la maladie peut s’aggraver lorsque les crises deviennent récurrentes et que les symptômes s’intensifient. Dans certains cas, les troubles respiratoires, comme l’essoufflement, peuvent persister même en dehors des crises.
 Voici quelques signes indiquant un asthme mal maîtrisé :

  • La présence de symptômes durant la nuit ;
  • Une réduction des activités quotidiennes en raison de la gêne respiratoire ;
  • La nécessité d’utiliser un inhalateur plusieurs fois par jour ou pendant la nuit ;
  • Des crises suffisamment graves pour entraîner une hospitalisation.

Quelles sont les causes de la maladie?

Les causes exactes de l’asthme restent mal comprises, mais on sait qu’elles résultent d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. L’inflammation des voies respiratoires provoque la production de mucus épais dans les bronches, ce qui entrave la circulation de l’air. En parallèle, les muscles entourant les bronches se contractent, entraînant un rétrécissement des voies respiratoires, appelé bronchospasme — à l’origine de la gêne respiratoire.

Environ 50 % des cas d’asthme sont liés à des allergies respiratoires, bien que l’asthme ne soit pas systématiquement d’origine allergique. Chez les personnes atteintes, on observe une hyperréactivité bronchique, c’est-à-dire une sensibilité excessive des bronches à certaines substances.

Plusieurs éléments peuvent déclencher ou aggraver une crise d’asthme, sans en être la cause directe :

  • Les allergènes aériens (poussières, pollens, poils d’animaux, acariens) ;
  • Les polluants atmosphériques (fumées, gaz d’échappement, produits irritants au travail, etc.) ;
  • La fumée de tabac ;
  • Certains aliments ou additifs alimentaires (comme les sulfites) en cas d’allergie ;
  • Des médicaments tels que l’aspirine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou les bêta-bloquants ;
  • Les infections respiratoires (rhume, bronchite, sinusite), qui provoquent une inflammation locale ;
  • L’activité physique, surtout en extérieur par temps froid et sec ;
  • Les émotions intenses (rires, pleurs, colère, excitation), particulièrement chez les enfants.

Quelles sont les complications possibles ?

Un asthme mal maîtrisé peut entraîner des symptômes persistants, et dans de rares cas, évoluer vers une détresse respiratoire mettant la vie en danger. En France, environ 850 adultes décèdent chaque année à la suite d’une crise d’asthme. Pourtant, la majorité de ces décès pourraient être évités grâce à une prise en charge adaptée. La grande majorité des personnes asthmatiques peuvent mener une vie normale à condition de suivre correctement leur traitement.

Les crises d’asthme sont rarement soudaines : des signes précurseurs apparaissent généralement, et savoir les reconnaître permet d’intervenir rapidement pour limiter la gravité des symptômes.

Les manifestations de l’asthme peuvent être occasionnelles ou continues. Elles surviennent parfois après un effort physique ou en présence de facteurs déclenchants, et sont souvent plus intenses la nuit ou tôt le matin. Les principaux symptômes sont :

  • Des difficultés à respirer ou un essoufflement (dyspnée) ;
  • Une respiration sifflante ;
  • Une sensation d’oppression ou de gêne dans la poitrine ;
  • Une toux sèche.

 

Quels sont les signaux d’alarme en cas de crise ?

Lors d’une crise d’asthme, les symptômes tels que l’essoufflement, la toux et les expectorations peuvent s’intensifier. Si d’autres signes inquiétants apparaissent, il est essentiel de contacter un médecin. Ces signes incluent :

  • Une transpiration excessive ;
  • Une accélération du rythme cardiaque ;
  • Des difficultés à parler ou même à tousser ;
  • Une forte anxiété, de la confusion ou de l’agitation, notamment chez les enfants ;
  • Une teinte bleutée des lèvres ou des extrémités (doigts) ;
  • Un état de somnolence ou une altération de la conscience ;
  • L’inefficacité du médicament habituel de secours.

Quelles sont les personnes à risque ?

Certaines personnes présentent un risque accru de développer de l’asthme, notamment celles ayant une prédisposition génétique aux allergies, ou des antécédents familiaux d’asthme (parents ou frères et sœurs concernés). Les personnes nées avec un faible poids, celles souffrant d’obésité ou de reflux gastro-œsophagien sont également plus vulnérables. Bien que le reflux ne soit pas une cause directe de l’asthme, il peut en aggraver les symptômes, voire les déclencher.

L’augmentation du nombre de cas d’asthme observée ces dernières décennies pourrait s’expliquer par divers facteurs environnementaux. Par exemple, les personnes souvent exposées à des substances chimiques sur leur lieu de travail, comme les peintures, les produits de coiffure, les métaux ou les plastiques sont plus à risque. La pollution atmosphérique joue également un rôle important, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées.
 L’exposition à la fumée de tabac est un autre facteur aggravant : le tabagisme actif ou passif irrite les voies respiratoires, tandis que le tabagisme maternel durant la grossesse augmente le risque d’asthme chez l’enfant.

Peut-on prévenir l’asthme ?

Les traitements de l’asthme visent principalement à éviter les symptômes et à améliorer la qualité de vie. Cependant, chez certaines personnes, l’asthme demeure une affection chronique, marquée par des périodes d’amélioration suivies de rechutes. Dans certains cas, notamment lorsqu’il a été bien pris en charge dès l’enfance et en l’absence d’allergies, l’asthme peut disparaître après l’adolescence.

À ce jour, la seule mesure préventive clairement reconnue est l’évitement du tabac, qu’il soit fumé activement ou de manière passive. La fumée de cigarette irrite les voies respiratoires et favorise l’apparition ou l’aggravation de troubles respiratoires. Il n’existe actuellement aucune stratégie de prévention universellement reconnue pour empêcher l’apparition de l’asthme, et aucun consensus médical n’a été établi à ce sujet.

Toutefois, une alimentation riche en fibres issues des fruits et légumes pourrait jouer un rôle protecteur. En effet, les fibres sont fermentées par les bactéries intestinales, produisant des acides gras à chaîne courte qui passent dans le sang et peuvent moduler la réponse immunitaire au niveau des poumons, contribuant ainsi potentiellement à réduire le risque de développer de l’asthme.

Existe-t-il un dépistage ?

L’asthme peut être détecté dès ses premiers signes grâce à des tests de spirométrie, qui évaluent la capacité pulmonaire, notamment les volumes d’air et les débits d’inspiration et d’expiration. Ces mesures sont réalisées à l’aide d’un appareil appelé spiromètre.

Pour le patient, le test consiste simplement à souffler dans un petit appareil électronique équipé d’un embout. La spirométrie est une méthode couramment utilisée depuis plusieurs années pour diagnostiquer l’asthme ainsi que la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Cet examen est réalisé par un professionnel de santé (allergologues, IPA…)

Il existe également un traitement de désensibilisation. En effet, l’asthme est fortement lié à des allergies. Un traitement de désensibilisation peut aider à prévenir les crises. Pour ce faire, des tests d’allergie doivent être entrepris afin de découvrir la substance qui déclenche les symptômes.

Quels signes surveiller au quotidien ?

Avec l’aide du médecin, il est important d’identifier les facteurs déclencheurs des crises d’asthme, qu’il s’agisse d’allergies, d’activités ou de comportements, afin de les éviter autant que possible. Il faut également être vigilant aux signes annonciateurs d’une aggravation de l’asthme pour pouvoir intervenir rapidement en suivant les recommandations médicales. Ces signes varient selon les personnes et peuvent inclure :

  • une toux sèche ou une respiration sifflante ;
  • un essoufflement
  • une sensation d’oppression dans la poitrine ;
  • des symptômes qui surviennent la nuit ;
  • un recours plus fréquent au médicament de crise (inhalateur) ;
  • chez les utilisateurs de débitmètre, une baisse de 30 % du débit de pointe est un signal d’alerte.

Pour les enfants asthmatiques, il est important qu’ils aient leur inhalateur à portée de main à l’école. Informer les enseignants de l’état de santé de l’enfant permet d’assurer une meilleure prise en charge en cas de crise.

Quelles sont les choses à éviter pour ne pas déclencher son asthme ?

Pour prévenir les crises d’asthme, il est important d’éviter ou de limiter l’exposition à plusieurs facteurs irritants, tels que les moisissures, la présence d’animaux, les pollens et autres substances pouvant irriter les voies respiratoires. Il est aussi conseillé de maîtriser la présence des acariens, qui se développent surtout dans des environnements chauds et humides en se nourrissant de fragments de peau morte.

Surveiller et réguler le taux d’humidité dans la maison est essentiel : il faut maintenir un taux d’humidité bas, notamment en aérant quotidiennement les pièces, surtout la chambre à coucher. Il est aussi important d’aérer correctement la salle de bain et la cuisine, qui sont des endroits souvent très humides.

Enfin, contrôler la poussière dans la chambre à coucher est un point clé, tout comme éviter l’exposition à la fumée de tabac.

 

Peut t-on toujours faire de l’exercice en étant asthmatique?

Les personnes dont l’asthme est bien contrôlé ne doivent pas arrêter de pratiquer une activité physique, bien au contraire ! Faire régulièrement de l’exercice, ainsi que des exercices de respiration, est vivement conseillé. Une pratique régulière améliore la capacité pulmonaire, favorise la dilatation des bronches et repousse progressivement le seuil d’apparition de l’asthme lié à l’effort.

De plus, l’activité physique améliore la qualité de vie à tout âge et contribue à réduire le stress.. Pour limiter les risques, il est recommandé de bien s’échauffer avant l’effort et de diminuer progressivement l’intensité à la fin de la séance. Chez les personnes sensibles à l’air froid et sec, il est utile de se couvrir la bouche et le nez avec une écharpe afin de réchauffer et humidifier l’air inspiré.

Si ces précautions ne suffisent pas, l’utilisation d’un bronchodilatateur en inhalation 10 à 15 minutes avant l’exercice peut être nécessaire. En cas d’asthme lié à l’effort trop fréquent ou sévère, cela peut indiquer un traitement global inadapté, auquel cas il faut consulter son médecin.

L’asthme est souvent une maladie chronique qui demande un traitement régulier, même en l’absence de crises. Les médicaments de contrôle ne guérissent pas définitivement, mais facilitent la respiration en ouvrant les bronches et en réduisant l’inflammation. La majorité de ces traitements s’administrent par inhalation, ce qui permet une action rapide avec un minimum d’effets secondaires. Le médecin veille à prescrire la dose la plus faible possible pour un bon contrôle des symptômes tout en assurant une bonne tolérance.

Cependant, malgré l’efficacité des traitements, 6 asthmatiques sur 10 ne parviennent pas à bien maîtriser leurs symptômes. Cela est souvent dû à une mauvaise compréhension de la maladie, à la peur des effets secondaires ou à l’oubli de prendre les médicaments. Or, les effets secondaires des traitements inhalés sont généralement très faibles, surtout comparés aux risques graves liés à des crises d’asthme fréquentes et sévères.

Quelles sont les différentes techniques d’inhalation ?

L’utilisation des inhalateurs semble simple, mais elle nécessite une certaine technique pour être réellement efficace. Pourtant, moins de la moitié des personnes asthmatiques utilisent correctement leur inhalateur. Chaque type d’inhalateur — aérosols doseurs, inhalateurs de poudre sèche, ou nébuliseurs — possède un mode d’emploi spécifique. Le médecin et le pharmacien peuvent vous guider pour maîtriser les gestes adaptés.

Aérosols doseurs
Il faut bien secouer l’aérosol et le tenir à la verticale. Après avoir expiré doucement, inspirez lentement et profondément par la bouche tout en déclenchant l’aérosol durant la première seconde d’inspiration. Puis, retenez votre souffle pendant 5 à 10 secondes avant d’expirer lentement.

Inhalateurs de poudre sèche
Ces dispositifs sont plus faciles à utiliser car ils ne nécessitent pas de coordination entre l’inspiration et le déclenchement. Il suffit d’inspirer rapidement et avec force, de retenir sa respiration pendant 10 secondes, puis d’expirer loin de l’inhalateur.

Chambres d’inhalation
Elles sont recommandées pour les enfants de moins de 8 ans et les personnes âgées utilisant un aérosol doseur. Chez les jeunes enfants, un masque facial est fixé sur le visage pendant au moins six respirations calmes pour assurer une bonne inhalation.

Les patients asthmatiques sont de plus en plus impliqués dans le suivi de leur maladie. Par exemple, ceux souffrant d’un asthme sévère peuvent mesurer leur débit expiratoire de pointe à domicile afin d’ajuster eux-mêmes leur traitement en fonction des résultats, après une formation adaptée. En complément des inhalateurs, les personnes asthmatiques plus sévèrement touchées ont souvent besoin de traitements de fond, qui varient selon chaque cas. Il est important de consulter votre médecin pour ajuster votre traitement en fonction de vos besoins spécifiques.

Ce dossier n’a qu’une valeur informative non-exhaustive et ne remplace en aucun cas l’avis d’un médical d’un expert. Relecture effectuée par le Professeur Laurent Guilleminault, pneumo-allergologue au CHU de Toulouse. 

 

La rédaction

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