Greffe du visage : le CHU d’Amiens confirme le décès de la 1ère patiente

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Le CHU d'Amiens Picardie vient de diffuser un bref communiqué confirmant le décès de la première patiente au monde ayant bénéficié d'une greffe faciale, le 27 novembre 2005. Cette information est suivie d'un texte co-signé par les équipes amiénoises et lyonnaises où les auteurs reviennent sur une décennie de transplantations faciales. Ils précisent les bénéfices de cette chirurgie complexe mais aussi les risques de complications et les contraintes des traitements immunosuppresseurs. Ils évoquent le rôle pionnier de la France et l'expertise acquise par la réalisation de 10 transplantations faciales sur les 36 effectuées dans le monde.

Le CHU d’Amiens Picardie vient de diffuser un bref communiqué confirmant le décès de la première patiente au monde ayant bénéficié d’une greffe faciale, le 27 novembre 2005. Cette information est suivie d’un texte co-signé par les équipes amiénoises et lyonnaises où les auteurs reviennent sur une décennie de transplantations faciales. Ils précisent les bénéfices de cette chirurgie complexe mais aussi les risques de complications et les contraintes des traitements immunosuppresseurs. Ils évoquent le rôle pionnier de la France et l’expertise acquise par la réalisation de 10 transplantations faciales sur les 36 effectuées dans le monde.  
"Suite à la publication d’informations ce jour concernant Mme D, première patiente au monde ayant bénéficié d’une greffe faciale réalisée par le Pr Devauchelle et ses équipes le 27 novembre 2005, le CHU Amiens-Picardie confirme le décès de la patiente le 22 avril dernier, entourée de sa famille." est-il annoncé.
Le silence entourant ce décès a été maintenu, "en accord avec la volonté de ses proches afin de préserver leur légitime intimité en ces moments douloureux".
L’établissement précise que Mme D. est décédée "des suites d’une longue maladie".

36 transplantations faciales en 10 ans

Depuis novembre 2005, 36 transplantations faciales ont été réalisées dans le monde, dont 10 en France, 3 par les équipes d’Amiens et Lyon et 7 par l’équipe d’Henri-Mondor à Paris, la France ayant eu un rôle pionnier dans cette innovation thérapeutique.
Les 36 cas réalisés ont montré que la transplantation de face donnait des résultats fonctionnels et esthétiques très supérieurs à ceux offerts par la chirurgie conventionnelle réparatrice. En effet, l’apport des tissus du donneur permet de réaliser en un seul temps opératoire une reconstruction de la face avec un retour des fonctions majeures telles que la phonation, la déglutition, la mastication, la compétence orale qui permet de garder la salive et de ne pas baver. La restauration de la face permet aussi de retrouver un visage et une vie relationnelle, la face étant le lieu où s’exprime le mieux l’expressivité et l’émotion, et par conséquence une vie sociale. Retrouver un visage, c’est aussi retrouver une identité. 
Mais ces 10 années ont aussi montré que la transplantation faciale n’échappait pas aux règles de la transplantation de tissus considérés comme étrangers par notre organisme, qui sont rejetés par le système immunitaire en absence de traitement. Comme toutes les autres transplantations d’organe, une transplantation faciale ne peut survivre plus que quelques jours si le receveur ne reçoit pas un traitement immunosuppresseur qu’il doit prendre toute sa vie. Comme les patients transplantés de rein ou de cœur, les patients transplantés de la face sont rendus plus fragiles par leur traitement immunosuppresseur qui diminue leurs défenses immunitaires. C’est l’obtention d’un équilibre entre un système immunitaire affaibli et la réaction contre le greffon qui fera de la transplantation un succès à long terme : si on affaiblit trop le système immunitaire, les patients sont à risque de développer des infections et des tumeurs, si on ne contrôle pas la réponse immune, les patients peuvent développer des réactions de rejet qui peuvent conduire à la perte de leur greffon. De plus, les immunosuppresseurs sont des médicaments qui ont des effets secondaires pouvant être importants et entraîner des pathologies chroniques que n’avaient pas les patients avant la greffe telles que diabète, insuffisance rénale, ostéoporose…
Les 10 dernières années ont montré que les patients transplantés de la face développaient des complications similaires à celles de la transplantation d’organe. La majorité des patients, malgré un traitement immunosuppresseur puissant  développent des réactions de rejet aigu de la peau, un des tissus les plus immunogéniques de l’organisme. Les complications infectieuses et tumorales sont de même nature que celles décrites chez les patients transplantés d’organe. Et enfin, une proportion importante de patients ont des effets secondaires, certains développant un diabète, d’autres une insuffisance rénale ou une hypertension artérielle. 
Enfin, la transplantation faciale reste une chirurgie extrêmement complexe avec un risque opératoire important, et la perte d’une face transplantée peut conduire au décès du patient. Sur les 36 transplantations réalisées dans le monde, 6 patients sont décédés.
L’histoire de Mme D., la première patiente transplantée de la face pour une défiguration liée à une morsure de chien illustre parfaitement les enjeux de la transplantation faciale. 
La réussite chirurgicale fut remarquable, la restauration du visage lui permettant de retrouver une identité, une vie sociale et toutes les fonctions de la face qui avait été détruite lors de la défiguration traumatique. Les résultats furent d’emblée exceptionnels, conduisant d’autres équipes à lancer des programmes de transplantation faciale à travers le monde.
Mais les complications de cette transplantation furent aussi celles de l’immunosuppression et du rejet : développement de certaines infections, d’une tumeur liée à l’immunosuppression qui a été traitée, maitrisée et suivie depuis 6 ans, diminution de la fonction rénale, et apparition d’une hypertension
Enfin, même si la patiente n’a présenté que 2 épisodes de rejet aigu la première année de transplantation, elle a développé au cours de la 9ème année de greffe un rejet chronique ayant conduit à une obstruction partielle des artères de son greffon et à une perte de la partie inférieure de son greffon facial en juin 2015 malgré les modifications du traitement immunosuppresseur qui avaient été introduites lors de l’apparition des premiers signes de rejet chronique en novembre 2014.
La prise en charge de la perte partielle de son greffon facial a fait l’objet d’une reconstruction chirurgicale en Janvier 2016 avec une issue favorable qui lui a permis de retrouver un état fonctionnel antérieur. Au printemps 2016, lors de bilans mensuels, a été révélée une récidive d’une tumeur maligne opérée à l’été 2015, cette fois malheureusement hors de toute ressource thérapeutique. Tumeur rare dont la nature ne peut être scientifiquement reliée au traitement immunosuppresseur.
Madame D. est décédée dans le service de chirurgie  maxillo-faciale du CHU Amiens – Picardie   entourée des siens et de l’équipe le 22 avril 2016. 
La transplantation faciale est encore en cours d’évaluation. Elle s’inscrit dans des programmes de recherche clinique et ne peut pas être considérée comme une activité de routine
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