Trottinette électrique : cet hôpital sonne l’alerte sur les dangers

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Crédit photo : Hospices Civils de Lyon
Des accidents plus nombreux et des cas plus graves. Les soignants de l'hôpital Femme Mère Enfant (CHU de Lyon) alertent sur les dangers de la trottinette électrique à l’origine de traumatismes dont la gravité est comparable à celle des accidents de moto.

Légère, agile mais pas sans risques ! Sur son site internet, le CHU de Lyon publie un long communiqué au sujet du risque que représente aujourd’hui l’usage de la trottinette électrique. Et donne d’abord la parole à ses professionnels : « Tous les jours les urgences reçoivent des blessés à la suite d’accidents de trottinette électrique», informe Pauline Lethellier, pédiatre au service d’urgences et de réanimation pédiatriques de l’hôpital Femme Mère Enfant. « Nous faisons face à une véritable explosion du nombre de cas liés aux accidents de trottinette électrique avec des chiffres qui ont bondi pour atteindre des sommets en 2025 et 2026», indique à son tour le professeur Etienne Javouhey, chef du service d’urgences et de réanimation pédiatriques à l’hôpital Femme Mère Enfant.

Résultat, des motifs de consultations divers, notamment des traumatisme crâniens ou abdominaux avec des lésions du foie ou de la rate, des fractures des membres. Depuis avril 2026, ce sont une vingtaine de passages par mois qui sont enregistrés par le service de « déchocage » de l’hôpital, apprend-t-on dans le communiqué. Sur l’ensemble de ces accidents, « un quart présente un état de gravité nécessitant une admission directe en réanimation pédiatrique ». Parmi les victimes, une majorité d’adolescent âgés de 14 ou 15 ans.

Des risques souvent sous-évalués

Le protocole standard de prise en charge, qui s’applique dans l’heure d’arrivée à l’hôpital, inclut une prise de sang et, au minimum, un scanner cérébral, voire du corps tout entier. « Il n’est pas rare que les parents comme les enfants sous-évaluent le risque, percevant la trottinette comme un véhicule inoffensif. À titre d’exemple, nous avons eu le cas d’un adolescent qui en était à sa troisième chute grave avec fracture d’une vertèbre cervicale et donc un risque de paralysie », explique Pauline Lethellier. Autre facteur d’augmentation de ces blessés de la route, pointé par Pierre Petitet, interne de neurochirurgie et premier auteur d’une étude sur les trottinettes électriques comme source émergente de traumatismes crâniens pédiatriques graves : un « faible respect des règles » qui « place les utilisateurs de trottinettes sur la route avec les voitures, dans des situations d’accident similaires aux deux-roues motorisés ».

Source : Hospices Civils de Lyon

Cette prise en charge mobilise médecins, infirmières, auxiliaires puéricultrices, radiologues, et selon les besoins, neurochirurgiens, chirurgiens viscéraux ou orthopédistes.

Augmentation des accidents et gravité des cas

La prise en charge des victimes d’accidents de trottinettes mobilise une partie importante de la chaîne du soin, à savoir des médecins, des infirmiers, des auxiliaires puéricultrices, des radiologues, des orthopédistes mais également des neurochirurgiens et chirurgiens viscéraux. En effet, l’étude parue en juillet 2026 « montre une augmentation spectaculaire des cas nécessitant un avis neurochirurgical, passant d’un seul cas en 2021 à vingt-cinq cas graves en 2025. « Les vitesses atteintes par les trottinettes électriques expliquent en partie ce constat. »

Autre facteur aggravant mentionné dans cette étude, le manque de protection : « Dans notre cohorte, les motards portaient plus volontiers un casque. Leurs accidents, bien qu’à forte cinétique, bénéficiaient d’une certaine protection. À l’inverse, les accidents de trottinette présentent une cinétique parfois moins importante, mais l’absence de casque entraîne des conséquences neurologiques finales tout aussi graves. » L’étude montre en outre que 68,2 % des accidents se produisent sans implication d’un véhicule tiers. Une donnée qui « suggère que la perte de contrôle ou les chutes isolées en trottinette électrique sont fréquentes. »

L’hématome extradural, une accumulation de sang entre le crâne et la dure-mère (membrane qui entoure le cerveau), constitue la lésion le souvent rencontrée par les chirurgiens. Souvent liée à une fracture crânienne, elle peut entraîner un coma ou le décès si la victime n’est pas prise en charge.  « C’est un type de lésion que l’on voyait beaucoup il y a 30 ou 40 ans pour les mobylettes ou les vélos sans casque », commente l’interne en neurochirurgie.

Des conséquences cognitives et motrices

L’impact de l’accident de trottinette a plus de conséquence chez les patients jeunes, car en plein développement.  « Chez l’adulte, les fonctions cognitives et motrices sont déjà installées. Chez l’enfant, interrompre ce développement par un traumatisme peut avoir des conséquences dramatiques sur une trajectoire de vie. Environ un tiers de nos patients souffrent d’un handicap modéré à sévère lors du suivi.» Troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage, grande fatigabilité et problèmes de concentration, autant de séquelles compliquant le retour à l’école. « Dans les cas les plus graves, une minorité mais bien réelle, certains enfants restent dans des états de conscience minimale et potentiellement pour toute leur vie », informe Pierre Petitet. »

Le casque, une évidence médicale

Si tous les professionnels de santé s’accordent pour préconiser le port du casque, qui permet d’éviter facilement les lésions crâniennes, l’expérience montre que « même après un traumatisme, environ deux tiers des enfants ne changent pas leur comportement vis-à-vis du port du casque. »

La solution ? « Plutôt que des messages moralisateurs, une piste serait de transformer le casque en un accessoire « cool » ou de mode, via les réseaux sociaux et des influenceurs, pour toucher directement cette population adolescente qui se sent souvent invulnérable même en dépit d’une expérience personnelle de traumatisme crânien», propose-t-il. Quant au docteure Pauline Lethellier, cette dernière « pointe les incohérences réglementaires comme le casque seulement recommandé mais pas obligatoire, contrairement au scooter, ce qui, selon elle, « n’a pas de sens pour un engin motorisé». Et de rappeler que « les feux sont obligatoires la nuit et le transport à deux, interdit. »

« Le Registre du Rhône (Lyon 1 Université et Université Gustave Eiffel), unique en Europe, recense précisément depuis 1996 les accidents de la circulation sur voies publique et privée dans le Rhône à partir des données des services hospitaliers. Un prochain recensement permettra de faire le point sur l’accidentologie liée à la trottinette électrique dans le département. Avec des résultats qui réajusteront « les statistiques officielles, les forces de l’ordre ne recensant généralement que les accidents impliquant un tiers », souligne le Pr Javouhey. De quoi alerter les pouvoirs publics et la population sur les risques de la trottinette électrique et renforcer les messages de prévention. »

La rédaction avec les Hospices Civils de Lyon

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