“Il ne faut plus utiliser le terme d’obésité morbide”

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Début juillet, nous avons pu assister à une Sleeve gastrectomie conduite par le Pr Jérémie Théreaux, chef du service de chirurgie digestive au CHRU de Brest. Ce dernier revient sur la réalité de la chirurgie bariatique en France, en particulier dans son établissement.

C’est quoi la chirurgie bariatrique ? 

La chirurgie bariatrique, encore appelée la chirurgie de l’obésité, est une chirurgie dont le but est de faire perdre du poids de façon très importante à des patients qui sont en situation d’obésité, et surtout d’obésité sévère. C’est une chirurgie qui existe depuis maintenant des décennies et qui est restée confidentielle jusqu’à il y a une quinzaine d’années. La possibilité de réaliser cette chirurgie par de petites incisions a permis de diminuer les risques post opératoires pour les patients. En parallèle de cela, la prévalence de l’obésité dans le monde et en France a augmenté, ce qui fait d’elle une des chirurgies les plus réalisées aujourd’hui. Elle est assez médiatisée car elle marche, faisant perdre du poids de façon très importante au patient : autour de 25 à 40% du poids initial sur un an ou deux. 

Anneau gastrique, Sleeve gastrectomie, Bypass gastrique : quelles différences ? 

Il y a énormément de techniques de chirurgie d’obésité qui existent. Une des plus connues, qui a émergé dans les années 1990 – 2000, c’est l’anneau gastrique. Beaucoup de Français connaissent cette technique au moins de nom. Ceci dit, c’est une technique de moins en moins réalisée car on a découvert que les résultats étaient moins bons que d’autres techniques que l’on réalise aujourd’hui de façon beaucoup plus importante : la Sleeve gastrectomie ou le bypass gastrique. 

Le but de la sleeve gastrique est de retirer les ¾ gauche de l’estomac, de le transforme en un tube. Après l’intervention, les patients mangent moins, ils vont avoir de la restriction alimentaire. C’est une opération assez simple de conception, qui peut durer moins d’une heure et qui permet de perdre du poids de façon intéressante en s’adaptant aux patients ayant des situations chirurgicales difficiles, comme une éventration. 

Le Bypass gastrique est une opération plus compliquée que la Sleeve car elle consiste à créer une petite poche d’estomac et à aller agrafer l’intestin sur celle-ci. Par un phénomène de restriction alimentaire, le patient perd du poids. 

 

Crédit photo : Adrien Morcuende

Quels sont les facteurs qui font que le taux d’obésité augmente ? 

Il y a une dizaine d’années, l’OMS a émis une alerte sur le fait que l’obésité devenait une pandémie au niveau international. C’est évidemment plus prégnant dans les pays développés dont les Etats Unis, où plus de 30% de la population est en situation d’obésité. En France, les dernières études montrent qu’un français sur deux est soit en situation de surpoids, soit d’obésité. La majorité sont des situations de surpoids mais il y a quand même 15 à 17% de Français qui sont en situation d’obésité. Les facteurs c’est le mode de vie, l’alimentation, la sédentarité etc. C’est une situation alarmante parce que l’obésité est une condition qui va favoriser l’émergence de maladies pourvoyeuses d’ennuis et de complications pour le patient sur la durée. Des maladies cardiovasculaires, du diabète, des problèmes ostéo-articulaires, etc. 

On parle d’obésité morbide, sévère, complexe. Est-ce que ce sont des synonymes ou y a-t-il des différences ? 

Il y a effectivement beaucoup de synonymes quand on parle d’obésité sévère. Globalement ce qu’on peut retenir c’est qu’il ne faut plus utiliser le terme d’obésité morbide parce que c’est assez effrayant pour les patients ; cela peut être stigmatisant. On ne dit plus “obèse” non plus. On va parler d’obésité sévère ou de grade d’obésité pour des patients avec des indices de masse corporelle supérieures à 40. Après, effectivement, on peut aller sur des obésités encore plus sévères avec des IMC supérieures à 50, à 60… Là ce sont des cas beaucoup plus rares évidemment. Ce sont vraiment l’apanage des centres spécialisés au niveau de la prise en charge, dont notre CHU. 

Crédit photo : Adrien Morcuende

Quelles sont les autres activités de votre service ? 

La chirurgie de l’obésité est un des points phares de notre activité. On a des opérations chirurgicales de type sleeve gastrectomie, Bypass, y compris pour des patients complexes.. On va aussi monter un projet de ballons intra-gastriques. On va être l’un des premiers, peut-être même le premier hôpital public en France, à proposer cette opportunité à nos patients. Et puis, à l’aide de nos collègues nutritionnistes, on a une prise en charge de plus en plus intégrée des patients en situation d’obésité. Comme dans tout CHU, une partie de notre activité va se décliner sur la partie chirurgie cancérologique digestive avec de la cancérologie lourde, de la chirurgie pancréatique, hépatique, colorectale, oeso-gastrique. A chaque fois, on privilégie des chirurgies mini invasives, par sinuscopie. 

Nous avons par ailleurs une politique de réhabilitation améliorée. On met le moins de drain possible, on réalimente le patient rapidement, on le stimule beaucoup avec nos kinesitherapeutes pour qu’ils sorte du lit. Cela nous permet de diminuer les temps post opératoires, et d’avoir des patients qui sortent rapidement de l’hôpital. Enfin, grâce à l’ouverture d’un centre de chirurgie, on a toute une pratique ambulatoire. On a tout ce qui est classique – chirurgie de l’hernie, de la vésicule biliaire – et toute une activité de chirurgie proctologique sous laser, avec des résultats extrêmement intéressants. C’est une prise en charge extrêmement courte et efficace. C’est aussi quelque chose de très intéressant pour nos patients. 

Crédit photo : Adrien Morcuende

Les patients sont-ils suffisamment bien informés sur les prises en charge qui les concernent ?

Oui, les patients sont suivis pendant plusieurs mois. C’est la règle de la Haute Autorité de Santé (HAS). Il y a le temps de la consultation, où on explique beaucoup de choses au patient. Maisbien évidemment, il est aussi important de leur donner des documents qui puissent reprendre ces informations données. C’est une source de réassurance pour eux, à l’approche de l’échéance de l’opération. C’est pour cela qu’avec l’ensemble des intervenants médecins et soignants de la filière de chirurgie de l’obésité, et avec la direction de la communication du CHU, on a développé des livrets d’informations destinés aux patients. Ils comprennent le déroulé des différentes interventions qu’on va proposer, ce qu’il ne faut pas oublier avant une intervention, ainsi que du post-opératoire. Philosophiquement, si on veut que les patients soient dans une dynamique de réhabilitation améliorée, il est important de leur faire parvenir la bonne information en pré-opératoire. C’est cela qui va les rassurer, les guider, et les faire adhérer à notre prise en charge. 

Les patients se posent toujours beaucoup de questions sur comment on se réalimente après une chirurgie de l’obésité donc on a également édité un livret dédié, avec de belles photos. Tous ces éléments sont très qualitatifs et sont à disposition sur notre site internet. 

Propos recueillis par Adrien Morcuende

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