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La mémoire en mouvement

Ca n’a l’air de rien. Des chaises habituellement mises en cercle qui, par la volonté d’un danseur venu animer un atelier pour des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, sont placées en quinconce et face à lui. Ce professionnel du Centre Chorégraphique National Ballet de Lorraine est venu, avant tout, pour partager son art avec un public particulier certes, mais pas avec des malades. C’est ce genre de détail qui fait bouger les lignes. La scène se passe au CHRU de Nancy...

Ca n’a l’air de rien. Des chaises habituellement mises en cercle qui, par la volonté d’un danseur venu animer un atelier pour des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, sont placées en quinconce et face à lui. Ce professionnel du Centre Chorégraphique National Ballet de Lorraine est venu, avant tout, pour partager son art avec un public particulier certes, mais pas avec des malades. C’est ce genre de détail qui fait bouger les lignes, bouleverse les certitudes et fait évoluer les rôles. La scène se passe au CHRU de Nancy, dans l’unité Cognitivo Comportementale du Centre Spillmann, à l’hôpital St Julien où, depuis janvier 2015, les patients pratiquent un certain nombre d’activités visant à stimuler leur mémoire. La danse fait partie du panel proposé ; Il s’agit là d’une expérimentation.
Joris Perez s’installe sur sa chaise : c’est un face à face entre lui, étranger aux pratiques de soins spécialisés et les sept personnes volontaires qui suivent l’atelier. Une patiente souhaite enlever ses chaussures comme le « professeur de danse ». Elle ôte ses pantoufles. Libérée, elle éprouve et montre un réel plaisir à évoluer en chaussettes. En fond musical, une chanson de Jacques Brel. Certains l’identifient. Le danseur montre des exercices d’échauffement en parlant à ses élèves : «  Nous allons commencer par de la danse classique. » Les patients assis ont le sourire aux lèvres. 
Les mouvements restent simples. Les bras doivent s’écarter du corps en couronne, lentement, au son de la mélodie. L’amplitude des gestes des patients est réduite mais force est de constater que tout le monde s’applique, hommes et femmes, face au danseur professionnel du Ballet de Lorraine. Aucune impatience. Aucune protestation. Changement d’exercice. Les participants, encadrés également par une psychomotricienne et une orthophoniste du service, se mettent face-à-face pour se masser mutuellement les mains, en rythme. Jacques Brel entonne « Quand on a que l’amour… ». La spontanéité et l’implication des participants varient. Le danseur insiste avec bienveillance : «  Vous devez être juste dans la sensation…C’est agréable. »  Effectivement. Les visages sont détendus. Le lâcher prise évident. La plupart des danseurs de l’atelier « voyagent dans leur tête » grâce à cet exercice qui permet de toucher l’autre, de caresser des mains. Audace ? Non, libération.
Retour à l’installation des chaises en cercle. Les patients sont calmes et écoutent avec attention Joris qui leur présente un foulard pour danser debout si possible sur une chanson du film « Jules et Jim » interprétée par Jeanne Moreau, « Le tourbillon de la vie ». Là encore la mémoire s’active : certains patients chantent au diapason. Une volontaire se saisit de la pièce de soie tendue par le danseur et s’élance au milieu du cercle. Elle s’adapte à la musique pour la faire virevolter autour d’elle. Joris se lève, vient la rejoindre et improvise une chorégraphie avec elle. Nul trouble. Nulle gêne. Le bonheur uniquement de partager quelque chose qui visiblement fait du bien. A ceux qui dansent et à ceux qui regardent. La complicité est totale. Le foulard se passe de main en main et celui ou celle qui le tient se met en scène au centre du cercle. Très vite l’étoffe sert à entrer en contact physiquement avec ses voisins. A jouer. A frôler. A faire rire. La danse, art universel, fait tomber les barrières de la maladie. Les patients sont joyeux.
De nouveau en quinconce pour la fin du cours qui aura duré trois quarts d’heure. Alors que l’énergie se stabilise et que le calme s’installe, Joris Perez remercie le groupe de sa participation « C’était parfait ! » dit-il. Un patient répond « Vous croyez que c’est parfait… ? » Le danseur poursuit le dialogue avec humilité « C’est parfait parce que vous m’avez proposé beaucoup ! » Les sourires du public approuvent. Au moment de partir, Joris s’entend dire : « Vous savez, on ne demande qu’à s’améliorer. On espère à une prochaine fois… ».
Cette expérimentation, menée en partenariat par le CHRU de Nancy et le CCN Ballet de Lorraine, s’inscrit à la fois dans le cadre de l’action « Culture à l’hôpital » subventionnée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles et l’Agence Régionale de Santé et dans les objectifs de «  JAZ PAIREspective » – Jardin AlZheimer Psychologie Art Interaction Recherche – une association lorraine, créée par le Dr Thérèse Jonveaux, composée de médecins, psychologues, enseignants, chercheurs en neurologie, gériatrie, psychologie sociale et interactions au cours de la communication. Leur objectif : promouvoir des actions au bénéfice des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et apparentées ainsi qu’à leurs proches, et étudier le rôle de l’art dans le bien-être et la qualité de vie en milieu de soins médico-social.

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