Le CHU de Lyon réaffirme son positionnement de référence. En janvier 2025, le registre national DESCART-T, qui collecte les données de l’ensemble des patients traités par CAR-T cells en France, annonçait que 5000 patients avaient déjà pu bénéficier de cette thérapie cellulaire, depuis son autorisation de mise sur le marché, à l’été 2018. Les HCL ont franchi, quelques semaines plus tard, le cap des 500 patients adultes inclus. A eux seuls, ils ont donc pris en charge près de 10% du total des patients soignés à ce jour par CAR-T cells sur le territoire hexagonal. L’établissement demeure même, à ce jour, le premier site, en France, dans le traitement des lymphomes, de loin la principale pathologie soignée par CAR-T cells, avec plus de 400 patients concernés.
Un traitement prometteur
Le service d’hématologie clinique de l’hôpital Lyon Sud a récemment été parmi les premiers en Europe à expérimenter des Allo-CAR-T cells .Les cellules CAR-T sont des lymphocytes T modifiés génétiquement dans le but de reconnaître puis éliminer les cellules cancéreuses. Normalement élaborées à partir des propres lymphocytes T du patient, ces Allo-CAR-T cells proviennent, dans ce cas, d’un donneur sain. Les équipes de l’hôpital Lyon Sud les ont déjà testées sur trois patients, dans le cadre d’un essai international inédit, ouvrant de nouvelles perspectives.
Simon, est l’un des premiers patients et l’un des plus jeunes à avoir bénéficié du traitement par CAR-T cells prodigué aux HCL : “ils m’ont tout expliqué et, début décembre, je suis revenu effectuer une leucaphérèse” explique-t-il. Le 3 janvier 2025, après quatre semaines d’attente, ses lymphocytes T, boostés dans un laboratoire aux Pays-Bas, lui sont réinjectés. “Un mois après, un premier scanner a montré que la tumeur avait totalement disparu. C’était presque miraculeux, j’avais du mal à le croire ! Mais cela a été confirmé par un nouveau scanner, à trois mois, début avril. Il n’y avait plus aucune trace de tumeur”, raconte avec enthousiasme le jeune patient.
Progression de la thérapie et parcours de soin
En parallèle, les HCL continuent d’œuvrer au quotidien à la progression de la thérapie par CAR-T cells, sous quatres aspects : l’optimisation du parcours patient, l’amélioration de la coordination régionale, la gestion des effets secondaires et la réduction du temps de traitement.
En effet, au cours des années, le parcours patient n’a cessé d’être amélioré, afin d’assurer la prise en charge la plus confortable qui soit pour ces malades éprouvés par les traitements précédents. Le parcours de soin est construit sous six étapes : la consultation d’éligibilité avec l’un des 25 médecins-experts du service, la leucaphérèse réalisée par les équipes de l’EFS qui consiste à prélever les lymphocytes T via une machine spécialement conçue pour cela, la période d’attente, l’injection des CART-T cells, le gestions des effets secondaires et le suivi.
Le Dr Pierre Sesques, médecin dans le service d’hématologie explique : “le fait de faire participer de plus en plus de patients dans le programme CAR-T cells et de répéter les étapes nous a permis d’optimiser le parcours de soins. Aujourd’hui, sur la cinquantaine de jours que dure le processus, entre l’étape 1 et l’étape 5, le patient se rend un minimum de fois à l’hôpital et n’y reste, à chaque fois, que le temps nécessaire. Grâce à notre savoir-faire, mais aussi à la présence indispensable des infirmières de coordination, tout est organisé à la minute près. Ce parcours, dans lequel le patient n’a pas l’impression de passer sa vie à l’hôpital, a servi de modèle à d’autres établissements.”
La gestion des effets secondaires
Au fur et à mesure que la thérapie fut administrée à des patients, des nouveaux effets secondaires sont apparus, comme explique le Pr Hervé Ghesquières, chef du service d’hématologie clinique de l’hôpital Lyon Sud dans un communiqué de presse : “Au départ, comme nous étions parmi les premiers à expérimenter cette thérapie, chaque déclenchement d’un effet secondaire nous interrogeait. Nous n’avions pas de point de comparaison […] Désormais, nous avons suffisamment d’informations et sommes beaucoup plus sereins […]”
Insérer des lymphocytes T modifiés dans le sang de patients à l’immunité souvent fragile, d’autant plus après la chimiothérapie subie au préalable, peut en effet provoquer des effets secondaires. Au cours des dix à douze jours qui suivent l’injection des CAR-T cells, quatre effets secondaires peuvent se déclencher : le syndrome de relargage cytokinique (CRS), la rencontre entre les CAR-T cells et la tumeur peut libérer des molécules inflammatoires provoquant de la fièvre chez le patient. Des troubles neurologiques peuvent également apparaître en entraînant des troubles d’élocution, de l’écriture ou des moments de confusion sur certains patients. Le troisième effet secondaire peut être lié à une chute du nombre de globules blancs et de plaquettes nommé : les cytopénies. Pour finir, un risque infectieux est également à surveiller en raison d’une immunité fragilisée.
Cependant, grâce à l’expérience acquise par les équipes de l’HCL, les effets secondaires sont aujourd’hui mieux gérés.
« Nous n’en sommes qu’au début de la révolution CAR-T cells »
Gagner du temps, à tous les niveaux, est l’un des objectifs principaux poursuivis par les HLC depuis le lancement du programme. Si le parcours-patient, tout comme le délai d’adressage, ont bénéficié d’une optimisation continue, l’une des problématiques réside dans l’envoi à l’étranger des lymphocytes T. A ce jour, aucun laboratoire n’étant habilité en France pour la création de CAR-T cells, la durée totale du processus s’avère difficilement compressible en dessous de la cinquantaine de jours nécessaires actuellement, même si l’expérimentation d’Allo-CAR-T cells représente un espoir sur cet aspect. L’ouverture de la plateforme de bioproduction ARTEMIS à l’hôpital Edouard Herriot, en février dernier, pourrait changer la donne. A terme, l’ambition des HCL est en effet d’y produire ses propres CAR-T cells.
Le Pr Emmanuel Bachy, chef adjoint du service d’hématologie commente dans un communiqué de presse : “En fabriquant des CAR-T cell au sein même des HCL, les bénéfices pourraient être importants et complémentaires de ceux fabriqués par l’industrie pharmaceutique. Au-delà du raccourcissement des délais de transfert et de production, l’efficacité des CAR-T cells serait potentiellement renforcée, puisqu’elles seraient réinjectées à l’état dit “frais” ; c’est-à-dire sans phase de congélation préalable. Cela engendrerait également une baisse mécanique du coût du traitement […].
Demain, il est imaginable que d’autres récepteurs et d’autres lymphocytes soient concernés, ce qui permettrait de soigner d’autres cancers difficilement traitables. Cette thérapie est donc une révolution dans le traitement des cancers et une bouffée d’espoir pour les patients qui en sont atteints.
La rédaction avec les Hospices Civils de Lyon




