Une première mondiale annoncée ce vendredi midi depuis l’hôpital Bretonneau et qui pourrait être un tournant dans la vaccination mondiale. Cinq ans après la pandémie, le CHRU de Tours et l’ANRS vont, dès la fin avril, démarrer l’essai clinique MUCOBOOST First in human, d’abord au Centre d’Investigation Clinique (CIC) du CHRU tourangeau (Phase I) puis, en juin, au CIC Cochin-Pasteur à Paris, deux centres du réseau I-Reivac, réseau français dédié à la recherche clinique en vaccinologie. Cette avancée majeure intervient après l’obtention de l’autorisation de l’Agence Nationale de Sécurité du médicament (ANSM) et du Comité de Protection des Personnes (CPP). Il pourrait permettre à moyen terme le contrôle de l’épidémie de COVID-19.
C’est la Directrice Générale du CHRU de Tours, Floriane Rivière, qui a ouvert le bal des prises de parole, saluant une “collaboration exceptionnelle avec les acteurs de la recherche du territoire ».
Reposant sur une technologie inédite, le vaccin Lovaltech (du nom de la start-up qui le développe depuis trois ans) se présente sous forme de spray nasal. Outre un avantage évident dans son mode d’administration (“moins d’appréhension car pas d’aiguille, réduction de la peur de l’injection – notamment auprès des enfants -, favorisation de l’adhésion à la vaccination”), la spécificité de ce vaccin réside dans sa capacité à bloquer la transmission du virus, réduisant ainsi la contagiosité interhumaine et la circulation du virus. Autre avantage avancé, et pas des moindres, le candidat vaccin doit “assurer une protection efficace contre tous les variants du virus”.
Une première phase clinique testée sur 36 personnes
Dite en escalade de dose, la première phase requiert la participation de 36 volontaires. Trois groupes de 12 personnes, âgées de 18 à 55 ans, en bonne santé seront donc inclus par les médecins investigateurs pour évaluer trois niveaux de doses du vaccin intra-nasal.
La première strate commencera à la dose la plus faible, puis des règles d’escalades de dose seront appliquées. Le protocole prévoit 8 visites réparties en 12 mois au CIC : “une visite pour vérifier la correspondance du volontaire aux critères exigés et valider sa participation, une visite pour l’administration du vaccin, six visites de suivi avec prélèvements biologiques.” L’objectif : évaluer la tolérance et la réponse immunitaire chez des volontaires en bonne santé afin de déterminer la dose recommandée pour la Phase II. Les résultats préliminaires de cette première phase sont attendus à l’automne 2025.
“Avec MUCOBOOST, la Direction de la Recherche clinique et de l’Innovation du CHRU de Tours et son Centre d’Investigation Clinique démontrent leur maturité et l’excellence de leur expertise dans la promotion des essais cliniques de phase 1. Le CHRU de Tours expérimente pour la première fois le statut de co-promoteur avec l’ANRS MIE, ce qui est désormais autorisé par la réglementation européenne. Ce choix démontre notre volontarisme dans le développement des coopérations et notre ouverture à l’échelle nationale. Cette innovation – que nous sommes fiers de porter- vient dans la lignée de chercheurs tourangeaux virologues les plus illustres comme Philippe Maupas et Philippe Roingeard.”, se réjouit de son côté Mathilde-Sigaud-Fils, Directrice de la Recherche et de l’Innovation au CHRU de Tours.
La deuxième phase, prévue pour 2026, prévoit la participation de 202 volontaires. Pour garantir un cadre scientifique rigoureux et des conditions optimales d’évaluation, cinq centres du réseau I-Reivac devraient participer (CHU de Tours, Cochin, Saint-Etienne, Lyon et Dijon). Une alliance inédite entre centres de recherche et hôpitaux de référence dont l’ambition est de valider la supériorité du vaccin nasal par rapport au vaccin à ARNm en terme d’induction d’une réponse immunitaire locale. C’est également dans cette période que l’on devrait pouvoir répondre à la question de la durée de protection du vaccin dans le temps.
Vaccin nasal VS vaccins actuels
Développé à l’origine par l’équipe BioMAP au sein de l’unité mixte de recherche « Infectiologie et Santé Publique » (INRAE et Université de Tours), ce vaccin présente, on l’aura compris, un double avantage : il stimule directement l’immunité des muqueuses respiratoires, première barrière contre les infections, tout en favorisant une réponse immunitaire globale plus robuste.
Aujourd’hui, les vaccins actuels (y compris à ARNm) sont administrés par voie intramusculaire et sont dits « systémiques » : ils permettent l’activation des cellules immunitaires au niveau du corps entier via un pool de cellules circulant dans le sang, qui peuvent ensuite gagner les organes infectés. Si efficace soit-elle, cette immunité systémique ne permet pas d’avoir un niveau élevé de lymphocytes B et T dans la cavité nasale et les poumons – qui favoriserait une protection rapide et efficace contre le virus, en le bloquant dès son entrée dans l’organisme.
À l’inverse, une vaccination par voie intranasale induit une réponse immunitaire non seulement systémique mais également locale – directement, donc, au niveau de la porte d’entrée du SARS-CoV-2. L’activation des cellules immunitaires de la muqueuse nasale permettrait ainsi de s’affranchir de la course contre la montre entre le virus (qui se multiplie dans notre système respiratoire) et notre système immunitaire systémique (qui doit se mobiliser jusqu’aux organes les plus concernés) : concrètement, cela permettrait de stopper rapidement le virus et de bloquer ses possibilités de dissémination et réplication dans notre organisme.
« Cette innovation représente une opportunité stratégique pour repenser la vaccination, améliorer la couverture immunitaire et faire face aux futurs défis sanitaires mondiaux. Grâce à un écosystème de recherche d’excellence et des partenaires engagés, Lovaltech ambitionne de transformer la vaccination et d’asseoir le leadership français dans les biotechnologies et l’innovation en santé » conclut Patrick Barillot, Président et co-fondateur de Lovaltech, pour qui ce projet est la preuve qu’il est possible de développer des projets aussi ambitieux en France et en région.
La Covid 19, première étape d’une ambition plus large
Tourné vers l’avenir, Lovaltech souhaite, à terme, développer cette solution de vaccin nasal pour d’autres maladies, comme l’explique Isabelle Dimier-Poisson, Professeure des Universités en immunologie et co-fondatrice de la start-up : “Nous avons développé une plateforme qui a la capacité d’identifier et de développer en moins d’un mois la protéine qui sera intégrée dans de futurs vaccins compte tenu des pathogènes sur lesquels on va travailler. Ce qui fait que, dans une urgence, on pourrait aujourd’hui y répondre et, en moins de trois mois, avoir déjà les premiers résultats précliniques d’efficacité. Donc cela ouvre des perspectives pour les maladies respiratoires. On pense à la grippe qui a fortement impacté les populations de tous âges cette années. On travaille aussi sur des bivalents COVID 19-Grippe, voire des trivalents COVID 19-Grippe-Bronchiolite. Cela peut aussi s’étendre aux pathogènes vectorisés. On travaille par exemple sur un vaccin antipaludique qui donne d’excellents résultats. Donc c’est une ouverture complète sur les maladies infectieuses, avec des réflexions sur d’autres maladies comme l’allergie, comme le cancer digestif etc.”
En attendant, et si les phases cliniques I et II répondent aux attentes, le développement du vaccin nasal contre la COVID-19 pourrait être confié, via un contrat de licence, à un groupe pharmaceutique pour une dernière phase clinique et une mise sur le marché à l’horizon 2027/2028.
La rédaction avec le CHRU de Tours
Quelques chiffres
- 2020 : Dépôt du premier projet COVID
L’équipe de recherche BioMAP de l’unité « Infectiologie et Santé Publique », une unité mixte de recherche INRAE / Université de Tours dirigée par la Professeure Isabelle Dimier-Poisson développe un vaccin sous-unitaire nasal contre la COVID-19 avec le soutien d’un réseau de collaborations académiques et industrielles. Le candidat vaccin nasal anti-SARS-CoV-2 repose sur un procédé déjà mis en oeuvre dans le laboratoire dans le cadre d’un vaccin nasal destiné à protéger de la toxoplasmose. Les tests pré-cliniques menés en laboratoire ont démontré l’efficacité du concept du candidat vaccin, constitué de la protéine Spike et de la nucleoprotéine non soumise à mutation, après deux immunisations par voie nasale espacées de 3 semaines, tant en terme de réponse immunitaire que de protection vis à vis du virus original et de ses variants.
2021 : Une aide de 1,5 M€ et de 1 M€
a été attribuée au projet par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et par l’ANRS MIE, délivrée par l’intermédiaire de l’Université de Tours ; De nouveaux essais pré-cliniques sur le modèle de référence hamster permettent de démontrer l’efficacité du vaccin à bloquer la contagiosité et la transmission inter-individus.
2022 > 2025 : Accompagnement de l’ANRS MIE à hauteur de 900 K€.
Janvier : Création de Lovaltech, start-up spécialisée en biotechnologies basée à Tours et labellisée DeepTech par BPI France pour prendre le relais de la recherche académique et poursuivre le développement industriel du vaccin nasal jusqu’à sa commercialisation.
Avec un soutien financier initial du MESRI et de l’ANRS MIE, Lovaltech a mené la phase de développement GMP de la protéine vaccinale et du muco-excipient (production et libération pharmaceutique) via les CDMOs GTP Bioways et Stanipharm.
Lauréate du concours national i-Lab 2022 de création d’entreprises innovantes et de I-DEMO 2023 France 2030, Lovaltech a accéléré le développement de son vaccin en lançant des études réglementaires de toxicité et d’immunogénicité afin de démontrer l’innocuité et l’efficacité du candidat vaccin chez l’animal avant son administration chez l’humain. Ces études, menées à partir d’octobre 2022 par C-Ris Pharma (CRO française spécialisée en études non cliniques), sont désormais achevées et ont validé la sécurité du vaccin.
2025 : Lancement de l’essai clinique First in Human, phase I& II, sous la co-promotion du CHRU de Tours et de l’ANRS MIE.




