Risque accru d’infarctus lors des pics d’ozone

Les résultats de l'étude épidémiologique menée par une équipe toulousaine sous la direction du Pr Jean Ferrières apportent la preuve du risque accru d'infarctus du myocarde lors des pics de pollution par l'ozone. Un travail honoré par une publication dans la revue scientifique américaine Circulation (*).

Les résultats de l’étude épidémiologique menée par une équipe toulousaine sous la direction du Pr Jean Ferrières apportent la preuve du risque accru d’infarctus du myocarde lors des pics de pollution par l’ozone. Un travail honoré par une publication dans la revue scientifique américaine Circulation (*).

Les 55-64 ans : les plus exposés
A Toulouse, la pollution relevée dépasse rarement 160 mg alors que le seuil est fixé à 180 mg d’ozone par m3 (**). « Dans notre étude, tous les polluants enregistrés par l’Oramip ont été pris en compte, et nous avons constaté que seul l’ozone a un impact important sur les infarctus : 4 % des infarctus sont directement liés à l’ozone ; dans la tranche d’âge de 55 à 64 ans, ce pourcentage monte à 12 %, ce qui est considérable. » explique le Pr Jean Ferrières. A ce sujet, il convient de ne pas confondre l’ozone stratosphérique  dont la couche, menacée, nous protège d’un excès de rayons ultraviolets émis par le soleil  avec l’ozone troposphérique mis en cause par cette étude : celui-ci, produit par notre activité, entraîne des réactions chimiques en chaîne qui sont déclenchées par les rayonnements solaires. D’où une pollution par l’ozone plus fréquente dans les pays ensoleillés du sud ; tandis que le nord de l’Europe subit plutôt le dioxyde de soufre.
« Nous savions que l’ozone respiré provoque une constriction des vaisseaux. De nombreux travaux ont mis en évidence son rôle dans l’athérosclérose. L’ozone respiré est également responsable de l’augmentation de la viscosité sanguine et de l’agrégation placentaire, à l’origine des caillots. Tous ces éléments suffisent à favoriser l’infarctus, nous avons démontré à travers notre étude que c’est bien le cas, et de façon significative » déclare le Pr Jean Ferrières.
Pour le Pr Jean Ferrières « L’objectif d’une telle recherche est de repérer et d’analyser les déterminants de la pathologie et, lorsque celle-ci est déclarée, les facteurs aggravants et les causes de décès. Longtemps, l’approche génétique a prévalu, mais on s’intéresse désormais beaucoup à l’environnement et à la pollution. Les déterminants personnels des maladies cardiovasculaires sont très étudiés : tabac, hypertension, diabète& Ainsi les chercheurs ont pris en compte l’environnement du fumeur pour étudier l’intoxication des non-fumeurs. La partie la plus originale de notre travail, sur le plan international, concerne donc ces déterminants, puisque nous sommes ici dans des phénomènes relevant de la chimie, une spécialité qui n’est pas enseignée en médecine. »

Il est possible de lutter contre ces déterminants. Pour ce qui est de la pollution par l’ozone, en coupant le contact des véhicules à l’arrêt dans les encombrements, en laissant la voiture individuelle au garage, en pratiquant la marche à pied et& en interdisant à la circulation le centre de nos villes

Un registre scientifique qui fait la différence
« Notre travail est le fruit d’une collaboration au sein d’une équipe principalement constituée de médecins hospitalo-universitaires », souligne le Pr Jean Ferrières, dont la triple activité  soins, enseignement, recherche  s’exerce dans le département universitaire d’épidémiologie, économie de la santé et santé communautaire, au sein de l’unité 558 de l’Inserm, en cardiologie B dans le service du Pr Jacques Puel et au centre de prévention de l’athérosclérose.
Depuis 1985, l’équipe dispose d’un registre scientifique, c’est-à-dire d’un enregistrement permanent, continu et exhaustif de la maladie : accidents cardiaques et décès. Des études cas-témoins ont été régulièrement menées, par comparaison de séries de patients ayant subi un infarctus et de sujets sains. Des cohortes constituées de patients et de sujets sains ont été constituées, sur lesquelles on étudie, tous les quatre ans, par tirage au sort, les facteurs de risques. Ainsi 2 610 sujets masculins ont été suivis depuis 1991.
Toulouse compte parmi les trois seules villes de France où les infarctus sont ainsi enregistrés. Les Américains, qui n’ont pas utilisé la méthode des registres, ne disposent pas de toutes les données  hospitalisations et décès  dans la même base. De son côté, l’Observatoire régional de l’air en Midi-Pyrénées (Oramip) procède à l’enregistrement permanent des données en matière de pollution, qui sont donc accessibles. Pour faire parler ces données, il a fallu modéliser mathématiquement les effets aigus et à long terme de la pollution.

(*) L’article paru dans le numéro du 8 février 2005 de la revue Circulation (American Heart Association, href= »http://circ.ahajournals.org » target= »_blank ») a pour titre : Ozone Air Pollution Is Associated With Acute Myocardial Infarction. Il est cosigné de Jean-Bernard Ruidavets, Maxime Cournot, Michel Giroux, Jean Ferrières (Inserm U558 et, pour J.-B. R. et J. F., département d’épidémiologie du CHU) ; Sylvie Cassadou (Institut national de veille sanitaire) ; Mariam Meybeck (Oramip).
(**) Le premier seuil, dit de dépassement, est de 180 mg/m3 en moyenne horaire. Il est alors conseillé aux populations sensibles (personnes âgées, asthmatiques et jeunes enfants) de limiter leurs activités et aux automobilistes de réduire leur vitesse de 20 km/h. Le deuxième seuil, qualifié d’alerte à l’ozone, s’accompagne de la mise en place de la circulation alternée. Il est fixé, en France, à 360 mg d’ozone (les normes européennes fixent ce seuil d’alerte à 240 mg).

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