Au CHU d’Angers, la prévention comme boussole

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Crédit Photo : CHU d'Angers
Enjeu de santé publique incontournable, la prévention peine encore, malgré un financement et une volonté partagée des acteurs, à montrer toute son efficacité en France. Pour réduire les inégalités de santé, la communauté scientifique internationale promeut la stratégie du Making Every Contact Count (MECC), c'est-à-dire un accès à de la prévention à chaque contact qu’un individu peut avoir avec le système de santé. Comme d’autres hôpitaux, le CHU d’Angers a décidé de l’expérimenter. Pas étonnant de la part d’un établissement qui, depuis cinq ans, fait de la prévention une valeur cardinale.

Et si on adoptait le MECC ? C’est ainsi que l’on pourrait résumer le positionnement du CHU d’Angers lorsqu’en 2023, lors de l’organisation du forum Osons la prévention !, il a décidé d’inscrire la démarche de prévention primaire Making Every Contact Count au cœur de sa stratégie. Celle-ci réside dans le principe que chaque interaction avec un professionnel de santé peut se transformer en levier de prévention et de promotion de la santé pour tous. Trois ans après, dans un article publié par Revue Hospitalière de France, plusieurs personnalités de l’établissement* reviennent sur la méthodologie d’implémentation, les premiers résultats et les perspectives de cette expérimentation qualifiée de « réussie »

« Quelque soit le motif de venue, il s’agit de repérer de la manière la plus systématique possible certains facteurs de risques pour les patients, de déployer un programme d’interventions très brèves à brèves […] et de proposer une orientation vers un parcours de soins adaptés et structurés (intra-CHU, en ville, vers des partenaires associatifs etc. ») lit-on en début de publication. Pour le CHU d’Angers, qui accueille annuellement près de 200 000 patients, chacun de ces passages pourrait ainsi faire l’objet d’une transformation du “repérage des habitudes de vie néfastes des patients” en « une opportunité de prévention. » Parmi ces habitudes, associées à des facteurs de risques pour la santé, l’établissement a choisi de se focaliser sur l’alcool et les « produits fumés », allez comprendre le tabac et le cannabis. Quant au déploiement du modèle, voulu comme pleinement intégré dans les soins, ce sont les services d’accueil des urgences adultes (SAU) ainsi que le pôle des spécialités médico-chirurgicales (SMC), qui se sont portés volontaires.

Illustration : CHU d'Angers

Le MECC, stratégie efficiente et équitable

Infirmiers (IDE) et aides-soignants de ces équipes pilotes ont rapidement suivi une formation (en psychologie des comportements en santé, tabacologie, addictologie) leur permettant, apprend-t-on dans l’article, d’acquérir une palette de compétences. Parmi les outils à disposition, sont mentionnés des guides, une aide à la prescription de substituts nicotiniques, des procédures, des outils d’aide à l’orientation des patients, ou encore des références bibliographiques. Au total, une trentaine de professionnels, formés courant 2025, ont pu mettre en application la démarche Making Every Contact Count, permettant au CHU de récupérer quelques 476 formulaires patients. Des débuts encourageants qui, selon les auteurs de l’article, montrent également que l’incorporation de la prévention primaire au sein des pratiques professionnelles amène sens, valorisation et adhésion des soignants au point d’influer sur leurs propres habitudes de santé.

Illustration : CHU d'Angers

Et ils ne sont pas les seuls à évoquer le Making Every Contact Count comme une réponse fiable là où les politiques actuelles de prévention s’avèrent insuffisantes, tant du point de vue de la mortalité évitable qu’en termes de réduction des inégalités sociales de santé. “Aujourd’hui, du point de vue scientifique, la stratégie du MECC est reconnue comme la stratégie la plus probante et la plus équitable. Elle évite de coller à la prévention des inégalités d’accès qui sont présentes dans le système de soins.”, a par exemple déclaré Linda Cambon, Professeure titulaire de la Chaire Prévention à l’Institut de Santé publique, d’Epidémiologie et de Développement (ISPED) lors d’un colloque consacré à la prévention qui s’est tenu le 23 janvier dernier au ministère de la Santé.

Le colloque Prévention en santé : un défi décennal s'est tenu le 23 janvier à Paris. DR.

Un cercle vertueux

Si à Angers, le principe fondateur est de faire du MECC une philosophie transversale, irriguant l’ensemble des missions fondamentales du CHU (soin, enseignement, recherche), la prise du virage préventif remonte à plus loin. En effet, la prévention en santé a été intégrée au Projet d’établissement 2020-2024. Aussi, c’est en janvier 2021 qu’est créée une direction de la recherche et de la prévention, de la santé publique et des relations villes-hôpital. 

Dès lors, cette notion devenue valeur cardinale a investi plusieurs grands champs de son activité : Bien être, avec des actions et programmes dédiés au risque suicidaire, aux troubles du comportements alimentaires (TCA), ou encore à la santé mentale ; Prendre soin avec de la prévention et du dépistage des risques infectieux ; Bien grandir, offrant un accompagnement aux bébés et permettant aux patientes de bénéficier, par exemple, d’un accompagnement en psychiatrie périnatale ; Bien vivre au quotidien, qui comprend des démarches de promotion à la santé telles que l’éducation thérapeutique du patient, la santé environnementale (programme de prévention des accidents évitables ou O Phyto) ou encore le programme HAVISAINES.

“L’objectif, c’est de se dire qu’un professionnels de santé qui se sent bien, s’occupera bien de ses patients. [...]."

Décliné en quatre thématiques de santé publique (activités physiques, alimentation, tabac, alcool) et centré sur les habitudes de vie saines, ce dernier s’adresse aux professionnels du CHU. Un public que la direction du CHU ne veut surtout pas négliger, bien au contraire. 

« On considère que pour bien s’occuper de la prévention de nos patients, on doit d’abord s’occuper de la bonne santé de nos professionnels et, finalement, en faire des ambassadeurs de prévention dans leur milieu privé mais aussi auprès des patients. » avait affirmé Cécile Jaglin-Grimonprez, DG du CHU d’Angers, à l’occasion d’un débat organisé par Le Point en septembre 2024 et intitulé La prévention : pourquoi est-ce si complexe ? Une position que le Pr Alexis Descatha, Responsable médical de la prévention et l’un des porteurs du projet, avait résumé par ces mots lorsque nous l’avions rencontré quelques mois auparavant : « L’objectif, c’est de se dire qu’un professionnels de santé qui se sent bien, s’occupera bien de ses patients. […]. »

Céline Schnebelen prenant la parole lors de la première AG de la Fédération Prévention et Promotion de la Santé. Crédit Photo : CHU d'Angers

Dernier pavé posé sur ce chemin de la prévention made in CHU d’Angers : la première assemblée générale de la Fédération Prévention et Promotion de la Santé. Organisée la semaine dernière par Céline Schnebelen, Directrice adjointe en charge de la prévention, de la santé publique et des relations ville-hôpital ; Alexis Descatha, et les cheffes de projets Lou Martineau et Diane Geindreau, cet événement, où se sont enchaînées conférence sur les comportements en santé par le Dr Aymery Constant et partage des avancées en matière de feuille de route institutionnelle, a permis d’enraciner encore un peu plus l’engagement de l’établissement dans l’un des grands défis du siècle en matière de santé. 

Adrien Morcuende

*Céline Schnebelen, Directrice adjointe en charge de la prévention, de la santé publique et des relations ville-hôpital ; Pr Alexis Descatha, Responsable médical de la prévention ; Lou Martineau, Cheffe de projet ; Diane Geindreau, Cheffe de projet ; Cécile Jaglin-Grimonprez, Directrice Générale du CHU d’Angers.

 

Vous avez aimé cet article ? Retrouvez la table ronde Comment faire de la prévention au CHU l’affaire de tous ? organisé avec le CHU d’Angers en 2024 à Santexpo. 

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