Les Directeurs de CHU et France Biotech à la manoeuvre
L’ouverture de cette troisième édition au Grand Palais de Lille a été notamment assurée par Frédéric Girard, président de France Biotech, Frédéric Boiron, directeur général du CHU de Lille et hôte de l’événement, et Philippe El Saïr, président de la Conférence des DG de CHU. Si tous ont évoqué l’importance des partenariats entre les CHU et la Healthtech, ce dernier a insisté sur le fait que les CHU devaient être perçus en 2024 comme des “créateurs de valeur” dans les domaines du soin, de l’enseignement, de la recherche et pour les territoires. Ils font partie, avec Karim Asehnoune, président du Comité National de Coordination de la Recherche, Florence Favrel Feuillade, DG du CHU de Brest et Brigitte Courtois, Directrice du GCS G4 Nord-Ouest, des artisans de cette édition lilloise.
La santé des femmes, enjeu d’innovation via la prévention
Le lancement de l’événement a aussi été marqué par l’intervention de Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille. Cette dernière a d’abord exprimé sa fierté d’être au service de l’établissement depuis 35 ans, avant d’énumérer ses différentes casquettes : soignante, militante au service de la santé, conseillère municipale déléguée à la santé des femmes (« nos mères, nos soeurs, nos filles, nos collègues, nos amies« ), co-fondatrice du fond de dotation Agir pour le Coeur des femmes. La Pr Mounier-Vehier a insisté sur la nécessité de démocratiser la prévention : « pas besoin d’être médecin pour sauver des vies. Encore faut-il adopter les bonnes attitudes. » Et de rappeler qu’en France, une femme décède toutes les 7 minutes d’un accident cardio-vasculaire, soit 200 femmes par jour. Incarnation de cette innovation portée par son CHU, Claire Mounier-Vehier a créé le premier parcours de soin cardio-gynécologique et, plus récemment, un centre des bilans qui permet aux femmes de faire un check-up en une demie-journée.
Des rencontres B2B : fast and curious
En parallèle des sessions plénières qui ont permis d’aborder les enjeux France 2030, le sujet de la souveraineté ou encore les impacts et enjeux de l’innovation dans les établissements de santé, avaient lieu, à quelques pas à peine, de nombreuses rencontres B2B. Nous avons notamment croisé la route de Thierry Poux, ingénieur commercial de la société CarLine Solutions qui, dans l’attente de son rendez-vous, a expliqué la raison de sa présence. « Nous avons développé une solution de télésurveillance de patients insuffisants cardiaques avec le CHU de Clermont-Ferrand. On remet le matériel à ces patients qui transmettent des données depuis chez eux. Les soignants vont les surveiller grâce à des alertes personnalisées, et détecter de potentiels débuts de décompensation cardiaque, ce qui évite de retrouver les gens aux urgences. » Quelques minutes plus tard, une personne du GCS Sara (Auvergne-Rhône-Alpes), spécialisée dans les parcours de soins et la prise en charge de cohortes de patients, viendra s’asseoir en face de Thierry Poux. Un échange de quelques minutes à peine mais qui aura peut-être permis de poser les jalons d’une future collaboration commerciale.
L’IA dans les CHU : entre expérimentations et structuration
Après une présentation de la cartographie des usages des données de santé, c’est le sujet de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans les établissements de santé qui s’est invité au programme des tables rondes. De nombreux intervenants, dont plusieurs représentants des CHU – Pr Grégory Kuschensky, neuroradiologue au CHU de Lille, Milan Lazarevic, Dir. de la recherche et de l’innovation à l’AP-HP, Monique Sorrentino, DG du CHU de Grenoble -, ont pris la parole. En tant que présidente de la commission numérique de la Conférence des DG de CHU, Monique Sorrentino a fait un état des lieux de ce bouleversement actuel et à venir dans les CHU : « On voit bien qu’on est en train de se structurer en interne pour arriver à bien nous positionner par rapport à ce bouillonnement, cette créativité, pour savoir par quel bout on attrape ces outils d’IA qui nous sont proposés, tout en essayant de ne pas faire de fausse route. Le fameux travail sur le cas d’usage est important. Au niveau des CHU, on essaie d’échanger entre nous, d’avoir des veilles technologiques, des benchmarking pour essayer d’avoir la même façon d’évaluer les projets qui leurs arrivent. », a-t-elle expliqué avant de reconnaître que, si les perspectives sont importantes, la période reste globalement celle de l’expérimentation.
Hemerion Therapeutics : traiter le cancer à la vitesse de la lumière
120 entreprises étaient présentes pour cette 3e édition. Parmi elles, la Healthtech Hemerion Therapeutics de phase clinique qui développe un nouveau traitement contre le cancer, avec une première application pour le glioblastome (cancer du cerveau). Selon son CEO et fondateur, Maximilien Vermandel, Hemerion Therapeutics se trouve au « point de fusion entre l’innovation et la recherche dans les CHU. » Issue du CHU de Lille, cette pépite développe une nouvelle solution de traitement de la tumeur (qui doit être opérée dans 75% des cas) en associant un dispositif médical et un médicament photosensibilisateur pour éviter ou retarder au maximum la récidive. Actuellement en cours d’essais d’évaluation clinique, l’objectif d’Hemerion Therapeutics est d’arriver sur le marché à l’horizon 2029.
Concours de Pitchs : 5 minutes pour convaincre !
La journée a également été rythmée par plusieurs sessions de Pitch Challenge qui avaient lieu dans de grosses bulles capitonnées. Le principe : plusieurs entrepreneurs se retrouvent à pitcher leur solution santé en 5 minutes devant un jury composé de personnalités des CHU et des entreprises. Si les thématiques de l’innovation dans le parcours de soin, de l’innovation thérapeuthique et de la gestion de données en recherche clinique ont été mises en valeur le matin, ce fut au tour de projets en lien avec les plateaux techniques hospitaliers du futur, la gestion efficience organisationnelle ou les enjeux de RSE de s’affronter via le verbe. Sur cette dernière thématique, où la compétition fut rude, c’est la société Mundao, à l’origine de la création d’une couche sans danger pour la santé des bébés et complètement compostable, qui a su tirer son épingle du jeu. Reste à désormais convaincre les maternités des hôpitaux de l’adopter !
Des ateliers qui ont fait le plein
Toute l’après-midi, ce sont de multiples ateliers qui se sont enchaînés dans les espaces 3.3, 3.4 et 3.5 du Grand Palais. Et l’ensemble des rendez-vous ont fait salles combles. Quelques thématiques qui ont rencontré un vrai succès : Comment accompagner l’émergence de l’innovation à l’hôpital ? La donnée de santé pour le soin ; Les Tiers Lieux dans tous leurs états ! ; etc. A quelques encablures, le 2e Rendez-vous de l’innovation paramédicale, couplée cette année au CHU Healthtech Connexion Day, avaient eux aussi droit à leurs ateliers, consacrés à la simulation, quand formation rime avec innovation ; la place des métiers paramédicaux dans les essais cliniques décentralisés ; la révolution des prises en charge : la technologie et l’IA au service de la prise de décision en soins d’urgence etc. Tout un programme dans le programme.
De Lille à Bordeaux, cap vers un 4e millésime
Après une dernière session nourrie de retours d’expériences internationales sur les hubs d’innovation en santé et partenariats hospitaliers, vint une cérémonie de clôture marquée par une remise de prix des Pitch Challenge ainsi que la transmission du flambeau de la part de Frédéric Boiron à Vincent-Nicolas Delpech, nouveau DG du CHU de Bordeaux. « Je ne suis pas Vincent-Nicolas Delpech ce soir, je suis Karen Bass, la maire de Los Angeles. Je vis ce qu’elle a vécu au mois d’août dernier lorsqu’elle a pris le relais pour les Jeux Olympiques. Je suis un peu dans le même état d’esprit car vous avez bien réussi les Lillois ! » C’est en effet dans la capitale girondine qu’aura lieu en 2025 la 4e édition du CHU Healthtech Connexion Day. Après le succès des trois premières éditions, qui auront réussi à attirer respectivement 500, 800 et 1000 personnes, le CHU de Bordeaux se dit prêt, par la voix de son DG, à relever le défi.
La rédaction
Quelques chiffres
- 88% des CHU collaborent avec des entreprises
- 26% des CHU ont des participations dans des start-ups
- Les 32 CHU ont développé ou mettent en place des entrepôts de données
- Plus de 13 tiers-lieux ont été déployés au sein des CHU
- 19 IHU associent équipes de recherche, personnels soignants et entreprises.




