« Développer la chirurgie robotique, c’est faire face à beaucoup d’embûches »

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Crédit Photo : Adrien Morcuende
A l’occasion d’une série de reportages au CHU de Nice, nous avons suivi le Pr Matthieu Durand, chef du service d’urologie, andrologie et transplantation rénale. Ce dernier a accepté de partager sa vision sur le développement de la chirurgie robotique au bloc opératoire. Dans son service, une attention particulière est donnée à l’enseignement avec 100% d’internes formés à la robotique. Un entretien au carrefour de la formation et de l’innovation.

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de CHU Média ? 

Je suis le professeur Matthieu Durand, je suis Chef du service d’Urologie, Andrologie et Transplantation rénale à l’hôpital Pasteur (CHU de Nice). Je coordonne les équipes du territoire des hôpitaux de Cannes, Menton, Grasse et Antibes et puis je suis le coordinateur de DES d’urologie.

Que représente la chirurgie robotique au CHU de Nice ?

Ici, nous sommes au bloc opératoire de l’hôpital Pasteur du CHU de Nice, dans lequel il y a le service d’urologie, andrologie et transplantation rénale que je dirige. C’est une équipe composée de dix sept urologues qui sont tous à temps partagé sur le territoire, dont j’ai la coordination sur les hôpitaux de Cannes, Grasse, Antibe et Menton et le centre anti-cancéreux, Antoine Lacassagne. Nous avons ici une plateforme robotique qui est un robot Da Vinci X, entièrement dédié à la chirurgie urologique depuis de nombreuses années. Cette plateforme est déjà saturée puisque nous y réalisons déjà plus de 600 actes. C’est donc la plateforme la plus productive de France. Pour cette raison, nous recevons beaucoup d’équipes pluridisciplinaires qui viennent justement apprendre à notre contact la gestion de la plateforme robotique et son optimisation. Il y a également une deuxième plateforme robotique qui a été déplacée sur un autre site du CHU pour les équipes de chirurgie digestive, chirurgie gynécologique et qui est une autre plateforme Da Vinci Xi pour laquelle, cette fois-ci, il y a ces autres spécialités qui exercent. 

Au total, nous avons réalisé l’an dernier 934 actes sur ces deux plateformes dont 600 sur l’une des deux et dont plus de 720 interventions en urologie – que je représente – qui est donc largement majoritaire.

Crédit Photo : Adrien Morcuende

Pour quelles raisons l’urologie est-elle majoritaire ? 

C’est historique. Nous avons commencé cette activité de chirurgie robotique dans l’établissement en 2006. Pendant une dizaine d’années, nous n’avons pas été très performant. Et puis il n’y avait qu’une plateforme robotique, répartie entre les spécialités. Chacun était assez timide. Puis, à partir de 2015, j’ai eu la responsabilité du programme du développement de la chirurgie robotique au CHU de Nice, que j’ai toujours actuellement. Dans ce cadre là, nous avons mis énormément d’axes moteurs en place pour augmenter l’activité, faciliter l’accès au bloc pour les patients comme pour les opérateurs, ce qui a été un véritable attrait pour, à la fois, plus de personnels, plus de chirurgiens, plus d’anesthésistes et plus de patients.

Pouvez-vous nous parler du volet formation ? 

Quand j’étais interne, j’étais assez triste de ne pas avoir suffisamment accès au robot pour opérer avec le robot. Bien sûr, j’aidais mais je ne touchais jamais à la console. J’ai eu la chance de partir à l’étranger pendant deux ans à New York, dans différents hôpitaux. J’y ai vu d’autres modalités de formation, avec plus de simplicité d’accès, tout autant de contrôle et une très bonne qualité de formation. Quand je suis revenu, j’ai donc décidé de bouleverser l’équilibre établi. La robotique devait s’ouvrir aux internes. C’est aujourd’hui le cas et j’en suis très fier. 100% des internes ici sont formés à la chirurgie robotique dès la première année quand ils sont en urologie. Il y a d’abord toute une séquence avec un passage sur le simulateur, avec une vingtaine d’heures d’entraînement ; puis vient un passage en aide opérateur pour savoir comment placer le robot, les patients, installer le robot puis l’enlever, faire les approches cutanées etc. Petit à petit, les étudiants viennent à la deuxième console à côté du chirurgien sénior pour voir les gestes, comprendre les gestes, apprendre les gestes et enfin faire quelques gestes. Cette deuxième console permet justement de faire une commande, deux commandes, voire  toutes les commandes et toutes les pédales, afin que, petit à petit, on puisse apprendre à opérer. 

Crédit Photo : Adrien Morcuende
Crédit Photo : Adrien Morcuende

Le robot est arrivé dans les années 2000 puis 2010 en France. Evidemment, les chirurgiens qui voulaient en profiter les premiers étaient ceux qui étaient déjà établis.

Tout cela nécessite qu’il y ait une organisation assez stricte. Elle reste néanmoins très importante pour que la qualité soit au rendez-vous. Cela nécessite aussi qu’il y ait assez de personnels car, si un interne est à la console robotique, forcément, il n’est pas sur le patient en train d’aider. Enfin, cela demande aussi un changement de mentalité des séniors, et ce n’est pas forcément le plus facile. Le robot est arrivé dans les années 2000, puis 2010 en France. Evidemment, les chirurgiens qui voulaient en profiter les premiers étaient ceux qui étaient déjà établis. Et dans une équipe comme la mienne, les chirurgiens les plus âgés avaient envie de se former au robot. Il ne fallait seulement pas que cela se fasse au détriment des plus jeunes. C’est ce « good deal » que nous avons mis en place, qui n’est pas facile mais qui, aujourd’hui, fait la fierté du service. 

Comment cela a été accueilli par l’administration du CHU ? Avez-vous été soutenu dans cette démarche? 

Quand on développe l’activité robotique, il y a beaucoup d’embûches sur le parcours. Je dirais qu’il y en a deux qui sont vraiment très identifiées et pour lesquelles je peux émettre quelques recommandations. La première c’est la Direction générale. La Direction générale d’un CHU peut-être très aidante ou, à l’inverse, très opposante. Evidemment, le robot a un coût à l’achat, un coup de maintenance, et un coup d’instrumentation. Ce coup, très important, n’est pas habituel au bloc opérateur en chirurgie car, très souvent, la chirurgie ne coûtait finalement pas très chère et rapportait beaucoup à un établissement. En l’absence de tarifs de la sécurité sociale, la chirurgie robotique, et donc l’innovation, est à la charge de l’établissement. Pour faire un acte, le même qu’avant, on gagnera finalement moins voire on perdra si nous ne sommes pas bien organisés. Pour contourner cette première embûche, il faut travailler avec la Direction, le contrôle de gestion, optimiser les parcours, opérer le plus de patients possible dans le moins de temps possible avec une durée de séjour (DMS) la plus courte possible, et ce afin de pouvoir essayer de récupérer de la marge sur chacun des séjours chirurgicaux-hospitaliers.

Crédit Photo : Adrien Morcuende

Le deuxième point, ce sont les confrères et les consoeurs. Nombre de chirurgiens ont des appareils technologiques et innovants qui sont parfois moins coûteux. Depuis de nombreuses années, ils demandent à avoir tel ou tel « device » dans le bloc opératoire et, du coup, ils ne voient pas forcément d’un très bon oeil qu’on investisse massivement, parfois entre 1,2 et 1,6 millions d’euros pour acheter, puis 300 000 et 500 000 euros de dépense à l’année pour la maintenance et l’instrumentation. Alors, il est nécessaire d’avoir un dialogue de concertation avec les équipes médicales. Ce dialogue peut être piloté par la CME, mais aussi par le chef de Pôle bloc (s’il est support dans cette discussion), pour pouvoir aider à comprendre pourquoi est-ce-que nous sommes obligés d’investir dans certaines spécialités à certains moments de la pratique. 

Enfin, il est essentiel se rappeler – et nous en avons fait l’expérience ici – que le robot est un formidable vecteur d’innovation, apportant avec lui attractivité, nouveaux talents et flux de patients. Concrètement, cela signifie davantage de chirurgiens, l’arrivée de nouveaux praticiens, la construction d’une école qui se développe et évolue, et un avenir prometteur pour l’établissement. Un hôpital sans opérateurs, c’est un hôpital en déclin. De plus, les patients, souvent guidés par la recherche de technologies innovantes, choisissent de se rendre là où ces avancées sont disponibles, notamment dans les établissements équipés en robotique. Ce constat renforce l’idée qu’un hôpital sans patients est tout aussi condamné. L’innovation, incarnée par la robotique, devient donc une nécessité pour assurer la pérennité et dynamisme d’un établissement. 

Propos recueillis par Adrien Morcuende et Charlotte Dieuaide

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