Un pourcentage conséquent ! Aujourd’hui, environ 10 à 15 % des femmes en âge de procréer souffrent d’endométriose, une affection bénigne pouvant provoquer des douleurs sévères, caractérisée par la présence de tissu endométrial (muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus) ) à l’extérieur de l’utérus. Souvent complexe, le diagnostic de cette maladie nécessite parfois le recours à des examens invasifs tels que la coelioscopie. Actuellement, elle est encore diagnostiquée avec un retard moyen de sept ans.
C’est dans ce contexte que le Ministère de la santé vient de sélectionner 80 établissements de santé, notamment l’hôpital Lyon Sud et l’hôpital de la Croix Rousse, pour expérimenter l’Endotest, un test salivaire innovant capable de diagnostiquer l’endométriose.
Une nouvelle méthode non invasive
Les diagnostics actuels résultent de méthodes souvent coûteuses et inconfortables pour les patientes. L’endotest lui, permet une alternative non invasive. Il fonctionne sur l’analyse de certains acides détenus dans la salive grâce au séquençage. Il permet de détecter la maladie sur toute femme, âgée de 18 à 43 ans. Les résultats cliniques préliminaires de ce test salivaire semblent très encourageants, leur taux de fiabilité s’élevant à plus de 95%. Lors de sa première évaluation en janvier 2024, les données cliniques disponibles n’étaient pas suffisantes pour démontrer un impact significatif sur la prise en charge des patientes. La Haute Autorité de Santé a donc par la suite encouragé le fabricant lyonnais Ziwig, à déposer une demande de forfait innovation pour mettre un accès rapide à l’Endotest.
l’Endotest est une petite révolution.
Pr François Golfier
L’endotest peut être particulièrement utile pour les femmes présentant des symptômes évocateurs d’endométriose, mais dont les résultats d’imagerie ne permettent pas de confirmer le diagnostic. Dans ce cas, le seul moyen actuel de certitude repose sur la coelioscopie. Pour le professeur François Golfier, référent endométriose à l’hôpital Lyon Sud, “l’Endotest est une petite révolution. Il permet de détecter la maladie plus tôt et de manière moins invasive, ce qui est essentiel pour une prise en charge adaptée. En raccourcissant le délai de diagnostic, nous pouvons offrir des traitements mieux ciblés et soulager plus rapidement les douleurs des patientes. Cette avancée représente également une source d’espoir pour les femmes qui souffrent depuis trop longtemps sans explication.”
Les Hospices Civils de Lyon mobilisés pour la recherche
Depuis 2020, les HCL ont participé aux travaux français de recherche scientifique sur ce test salivaire, autorisé depuis près de deux ans dans 21 pays d’Europe et du Moyen Orient. Ils ont contribué à la collecte de données cliniques essentielles pour obtenir l’avis favorable de la Haute Autorité de Santé (HAS) le 18 octobre dernier, dont la décision du Ministère de la Santé découle directement. “Nous nous réjouissons de cette reconnaissance, qui marque une étape importante dans le cadre de la stratégie nationale pour l’endométriose. Ce sujet concerne de nombreuses patientes et retient l’attention particulière et proactive des autorités de santé”, explique le Professeur Golfier, référent endométriose à l’hôpital Lyon Sud.
Que ce soit du côté des soignants comme des patients, cette nouvelle méthode apporte de l’espoir là où le diagnostic de la maladie reste faible ou tardif. “L’Endotest marque une avancée majeure, mais ce n’est qu’une première étape. Sa généralisation permettrait aux patientes d’accéder à un diagnostic précoce et à une prise en charge adaptée. Financer l’innovation reste essentiel pour mieux comprendre, traiter et prévenir l’endométriose” affirme Cathy Vincent, patiente partenaire.
22 500 patientes dans 80 établissements
La ministre de la santé Catherine Vautrin a annoncé, lundi 10 février 2025, que le test salivaire serait désormais remboursé à compter de mardi 11 février pour certaines femmes. Le Ministère de la santé prévoit de financer temporairement l’Endotest dans les 80 établissements désignés. Cette expérimentation clinique inclura 2500 patientes volontaires dont l’objectif est de réduire le nombre de coelioscopies diagnostiques. En attendant un remboursement élargi et pérenne, 22 500 patientes supplémentaires pourront avoir accès au test dans les 80 autres établissements. Les femmes âgées de 18 à 43 ans présentant une suspicion d’endométriose pourront ainsi bénéficier gratuitement du test dans le cadre de cette étude. A terme, le prototype de dépistage devrait se déployer sur tout le territoire, ce qui devrait permettre de rattraper le retard de diagnostic.
Charlotte Dieuaide




