Pour les CHU, le spectre de l’impasse financière

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Philippe El Saïr, le Président de la Conférence des DG de CHU, en mai 2024.
Dans un communiqué rendu public ce lundi 2 octobre, la Conférence des Directeurs Généraux de CHU s’alarme de la mauvaise situation financière des CHU français, imputable selon elle aux surcoûts en termes de ressources humaines et aux effets de l’inflation. Et redoute une dégradation rapide si l’Etat ne fait rien.

Alors que le gouvernement a déposé, comme chaque année à l’automne, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), dont l’objectif est la maîtrise des dépenses sociales et de santé en France, la Conférence des Directeurs Généraux de CHU ne cache pas son pessimisme. En témoigne un communiqué publié ce lundi 2 octobre qui ressemble à un cri d’alerte adressé aux pouvoirs publics sur la “dégradation très préoccupante de la situation financière” des trente-deux Centres Hospitaliers Universitaires français. 

Un déficit de 403 millions d’euros fin 2022

Les chiffres avancés par la “Conf’ des DG” n’ont en effet rien de réjouissants. Selon elle, le déficit des CHU s’établissait à 403 millions d’euros fin 2022 sur leurs budgets principaux. Une situation imputable aux “surcoûts en termes de ressources humaines” et aux “effets de l’inflation.” Un tableau sombre, mais qui pourrait l’être encore plus à l’avenir. Car selon les projections de cette même instance, le déficit des CHU pourrait largement se dégrader “si aucune mesure de compensation n’était décidée par les pouvoirs publics.” On parle ici d’une multiplication du déficit par deux et demi ou par trois, sans précision d’échéance.

L’impact sur les projets de modernisation en cours sera rapide et brutal.

Pas question cependant de tirer à boulet rouge sur le gouvernement, dont les mesures salariales récentes, saluées selon la CNDG, ont permis selon elles de stopper l’hémorragie de départs que vivait l’hôpital public ces dernières années. Mieux, elles permettraient “un premier retour des recrutements et un mouvement de baisse de l’absentéisme.” Une embellie qui risque d’être de courte durée, s’inquiète Philippe El Saïr, président de la Conférence des Directeurs Généraux : “Alors que les conditions d’un retour de la confiance commencent à être réunies, la non compensation de plusieurs chocs exogènes, notamment l’inflation, risquent de brouiller cet élan d’optimisme. Pourtant, la restauration de l’attractivité des établissements passe par leur sérénité. C’est cette sérénité qui permettra de relancer l’activité et de rétablir l’offre de soins.” Et de prévenir : “l’impact sur les projets de modernisation en cours sera rapide et brutal.

Des conséquences brutales et concrètes

Si la hausse des déficits s’aggrave, les conséquences pourraient être rapides et concrètes pour l’ensemble des établissements. Dans son communiqué, la Conférence des DG en dresse la liste : “risques rapides et importants de trésorerie négatives ; allongement inéluctable des délais de paiement des fournisseurs, préjudiciable au tissu économique des territoires ; fragilisation profonde, voire un arrêt de certaines opérations d’investissement du Ségur, faute d’autofinancement dans un contexte où les taux d’intérêt ont considérablement progressé.

L’effort est donc attendu sur une compensation de l’inflation dont le surcoût représente 585 millions d’euros pour les CHU en 2023. A l’heure où leurs DG plaident d’une même voie pour une prise en compte de “sa part structurelle et de sa part non récurrente pour construire une solution adaptée à la problématique de l’exercice 2023 et à celles des exercices à venir”, aucun nouvel effort n’a été annoncé par l’Etat. 

Quant au sous-financement des récentes mesures prises en faveur des personnels hospitaliers (Ségur, point d’indice, revalorisation du SMIC etc.), estimé aujourd’hui à 700 millions d’euros, les Directeurs Généraux de CHU, s’ils ont bien entendu la volonté des pouvoirs publics de compenser ces surcoûts lors de la prochaine circulaire budgétaire, insistent sur la prise en compte d’une “structure budgétaire particulière” de leurs établissements – pour lesquels la T2A représente au plus 50% des recettes – dans cette compensation. 

Et, là encore, d’alerter sur les conséquences “néfastes” qu’engendrerait une non compensation intégrale de ces charges, synonyme d’accélération d’une réalité financière déjà préoccupante : la mise en danger du modèle CHU, et sa capacité à assurer ses missions de soin, de recherche, d’enseignement et de prévention. 

La rédaction 

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