Troubles obsessionnels compulsifs traités par électrodes : 1er succès

Publiés dans le New England Journal of Medicine les résultats d'un essai clinique mené sur 16 patients présentant un trouble obsessionnel compulsif sévère sont un espoir pour les cas les plus graves. « Les effets sont spectaculaires. Chez certains les troubles ont presque totalement disparu.» rapporte avec enthousiasme le Dr Luc Mallet du Centre d'Investigation Clinique du CHU Pitié-Salpêtrière.

Publiés dans le New England Journal of Medicine les résultats d’un essai clinique mené sur 16 patients présentant un trouble obsessionnel compulsif sévère sont un espoir pour les cas les plus graves. « Les effets sont spectaculaires. Chez certains les troubles ont presque totalement disparu.» rapporte avec enthousiasme le Dr Luc Mallet du Centre d’Investigation Clinique du CHU Pitié-Salpêtrière.

L’essai clinique coordonné par l’équipe Avenir « Behavior, Emotion, and Basal Ganglia » du Dr Mallet à la Pitié-Salpêtrière, a rassemblé les équipes de 10 CHU(1). Seize patients, répartis dans 10 CHU français ont été sélectionnés pour l’implantation chirurgicale d’une électrode dans chaque noyau subthalamique. Pendant 10 mois, ils ont été suivis par les médecins, psychiatres et chercheurs impliqués dans le protocole. Après l’intervention et au terme de 3 mois de stimulation active, 7 patients sur 10 ont montré une réponse au traitement et une amélioration de leur état : plus de 25% de leurs symptômes ont disparu. L’évaluation de l’efficacité du traitement a porté également sur la capacité du patient à retrouver une vie de famille, à tisser de nouveaux liens sociaux, ou à reprendre une activité professionnelle. Après 3 mois de stimulation active, 6 patients sur 10 atteignent un fonctionnement global satisfaisant avec une gêne seulement modérée du fait de la maladie. Seulement 12% d’entre eux atteignent ce niveau avec une stimulation placebo ;

Cette technique neurochirurgicale pourrait aussi être efficace contre la maladie de Gilles de la Tourette.

La prudence est cependant de mise. Le traitement nécessite encore quelques ajustements comme l’amélioration de la finesse des paramètres de stimulation, la nécessité d’acquérir une connaissance très pointue de la cartographie des noyaux sous-thalamiques. Enfin, un suivi psychiatrique et psychologique très régulier est toujours indispensable, avant comme après l’opération.

A l’origine de cette recherche une observation fortuite réalisée en 2002 a montré qu’à la suite d’un traitement neurochirurgical par implantation d’électrode intracérébrale, deux patients parkinsoniens avaient vu leurs TOC diminuer de façon importante.

La stimulation cérébrale profonde
Technique neurochirurgicale, la stimulation cérébrale profonde consiste à implanter deux électrodes dans le cerveau et à les relier à un stimulateur implanté sous la peau. Véritable pacemaker, ce stimulateur délivre un courant électrique continu qui module les séquences de signaux anormaux émis par le cerveau. L’électrode contient 4 contacts différents espacés de deux millimètres. Chaque contact peut être stimulé indépendamment des autres. Utilisée avec succès depuis la fin des années 1980 dans le traitement de la maladie de Parkinson, les chercheurs de l’Inserm prouvent que cette technique est aussi efficace pour traiter les formes les plus sévères de trouble obsessionnel compulsif. Toutefois, la stimulation cérébrale profonde reste une opération et présente des risques inhérents à toute intervention neurochirurgicale.

Les troubles obsessionnels compulsifs
Les TOC touchent 2 % de la population et entrent dans la catégorie des troubles psychiatriques. Les symptômes de cette névrose obsessionnelle se manifestent par des pensées obsédantes et des actes répétitifs involontaires et incoercibles. Il s’agit de la 4e pathologie psychiatrique la plus fréquente après les troubles phobiques, les troubles liés à l’alcool et aux drogues et les troubles dépressifs. Les malades sont obsédés par la propreté, l’ordre, la symétrie, ou bien ils sont envahis de doutes et de peurs irrationnels. Pour réduire leur anxiété, ils effectuent des rituels de rangement, de lavage ou de vérification durant plusieurs heures chaque jour dans les cas graves. Ces signes entraînent une souffrance et un handicap importants, souvent pendant des années, et ne doivent pas être confondus avec des traits de la personnalité obsessionnelle, perfectionniste et méticuleuse.

La maladie de Gilles de la Tourette
La maladie de Gilles de la Tourette est la résultante d’un dysfonctionnement conjoint des territoires limbiques et des ganglions de la base du cerveau. Cette maladie est caractérisée
par des tics moteurs et vocaux. Chez les patients atteints des formes les plus sévères, les médicaments restent sans effet

(1)Les 10 CHU participants
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 6), Hôpital Saint-Anne (Paris 5), CHU de Bordeaux,Clermont-Ferrand, Grenoble, Nantes, Nice, Poitiers, Rennes, Toulouse.

Contacts chercheurs:
Luc Mallet

Inserm Avenir Team IFR 70 – Behavior, Emotion, and Basal Ganglia
Centre d’Investigation Clinique – CHU Pitié-Salpêtrière
luc.mallet@psl.aphp.fr
Tel: 01 42 16 19 50/ 12 33
bebg.chups.jussieu.fr

Antoine Pelissolo
Service de psychiatrie adulte – CHU Pitié-Salpêtrière
antoine.pelissolo@psl.aphp.fr
Tel: 01 42 16 12 33/ 18 25
Site de l’association française de personnes souffrant de TOC : aftoc.club.fr/index.php
Site de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière : www.icm-institute.org/

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