CHU – médecine de ville : relations renforcées car affinités

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Le 6 avril 2011, le Quotidien du Médecin publie un dossier sur les relations entre entre la médecine de recours et la médecine de proximité. Premiers constats, les frontières sont en train de tomber - plus ou moins vite selon les CHU et selon l’ancienneté des liens noués entre médecins hospitalo-universitaires et praticiens de ville. Et les nouvelles technologies arrivent à point nommé pour booster cette communication intermédicale. A l’heure de la tarification à l’activité (T2A) et de la télémédecine, l’enjeu est stratégique analyse Karine Piganeau, rédactrice en chef au Quotidien du Médecin...

Le 6 avril  2011, le Quotidien du Médecin publie un dossier sur les relations entre entre la médecine de recours et la médecine de proximité. Premiers constats, les frontières sont en train de tomber – plus ou moins vite selon les CHU et selon l’ancienneté des liens noués entre médecins hospitalo-universitaires et praticiens de ville. Et les nouvelles technologies arrivent à point nommé pour booster cette communication intermédicale. A l’heure de la tarification à l’activité (T2A) et de la télémédecine, l’enjeu est stratégique analyse Karine Piganeau, rédactrice en chef au Quotidien du Médecin…

 
Réseau CHU – En 40 ans d’existence, «le Quotidien du médecin », premier journal médical, a pu suivre l’évolution des relations entre les médecins de ville et  leurs pairs  hospitalo-universitaires. Quelle était la nature de  leurs échanges dans les  années 70 ?

Karine Piganeau –  Difficile de les qualifier de « meilleures » ou de « moins bonnes ». Elles étaient très différentes. L’un de mes interlocuteurs, médecin en CHU, m’explique que les médecins, tous modes d’exercice confondus, étaient alors moins nombreux et qu’ils se connaissaient mieux. Pour ce praticien,  les « réseaux » ville-CHU d’il y a 40 ans se fondaient sur l’amitié – un hospitalier pouvait passer une soirée avec 20 confrères généralistes sans, me dit-il, « être immédiatement suspecté de collusion avec un laboratoire », et cela créait des liens qui n’existent plus aujourd’hui. Mais à l’inverse, un autre médecine, généraliste en ville, se souvient avoir envoyé ses patients à des grands professeurs inconnus, tétanisé à la pensée que ces mandarins n’allaient pas manquer de critiquer son travail.
Réseau CHU – Quels  facteurs ont permis de resserrer les liens ?
Karine Piganeau – Des facteurs législatifs d’une part, techniques d’autre part. Législatifs parce que la réforme du médecin traitant et du parcours de soins – et avant elle la montée en puissance des droits des patients – ont, par exemple, obligé les deux mondes à communiquer d’avantage.  L’introduction de la T2A a certainement également poussé les CHU à la réflexion : comment faire en sorte que les médecins de ville nous envoient leurs patients à nous et pas à d’autres ?, la question, qui jusque là ne se posait pas, a fait son apparition. Et puis il y a les facteurs techniques parce qu’Internet et les mails, les téléphones mobiles… ont changé la donne. Demain, la télémédecine et le DMP (quand il fonctionnera) le feront peut-être encore davantage.

Réseau CHU – Aujourd’hui,  à travers l’enquête effectuée  auprès des CHU peut-on parler d’un réel rapprochement ?

Karine Piganeau – Il y a un décalage certain entre ce que disent les CHU et ce que disent les médecins de ville, les premiers me paraissant plus optimistes que les seconds quant aux progrès accomplis… Peut-être est-il toutefois un peu tôt pour mesurer l’impact des efforts entrepris par les CHU pour « sortir de leur coquille » (ou de leur tour d’ivoire, diront certains) ; ces initiatives sont récentes.
Et les situations sont très hétérogènes. Elles varient selon les régions, les spécialités. Je note que souvent, les rapprochements qui fonctionnent le mieux restent, me semble-t-il, des histoires d’hommes : quand un médecin de ville et un PU-PH s’entendent et se connaissent bien, les choses «roulent»

Réseau CHU – Quels ont   été les principaux enseignements de ce sondage ?

 
Karine Piganeau – Le premier est que les CHU sont effectivement désireux d’améliorer leurs relations avec la ville. La plupart sont sur le pont sur cette question (une poignée, il faut le dire, ne s’en sont pas encore saisi). Ils sont par exemple nombreux à avoir mené une ou plusieurs enquête(s) sur ce qu’attendent d’eux les médecins libéraux, certains en ont tiré des enseignements et ont changé leurs pratiques en conséquence. Les solutions retenues vont de la plate-forme téléphonique réservée aux médecins de ville (et parfois assurée par un médecin sénior du CHU) aux messageries sécurisées ; les sites web des CHU sont révisés pour intégrer des espaces réservées aux libéraux ; l’amélioration de la gestion des courriers est souvent citée. De l’autre côté du miroir, ces initiatives ne sont pas toujours perçues par les libéraux qui continuent de me dire « paperasse », « attente au téléphone », « difficulté d’identification des bons interlocuteurs ». Ce qui laisse penser que les CHU et l’ambulatoire ne parlent toujours pas tout à fait le même langage !

Réseau CHU – Premier   prescripteur de consultation spécialisé ou d’hospitalisation, le  médecin de  ville dispose-t-il de toutes les informations qu’il est  en droit d’attendre du  CHU ?

Karine Piganeau – Non, sans hésiter. Ils sont en manque. Mais ils reconnaissent que les « torts » sont partagés. Ils savent que leurs confrères hospitaliers manquent de temps comme eux, qu’ils sont comme eux submergés par les taches administratives. Je les trouve au total très indulgents et un peu fatalistes, mettant volontiers les couacs sur le compte de motifs structurels et faisant volontiers leur propre mea culpa.

Réseau CHU – Quelles   recommandations feriez-vous pour renforcer les partenariats entre  praticiens libéraux et hospitaliers ?

Karine Piganeau – Faire simple et rapide pour les deux camps, quelles que soient les solutions retenues. Et ne surtout pas se dire que la situation de départ est catastrophique. Car si, grâce à l’aide de la Conférence des DG de CHU et de Réseau-CHU, j’ai pu mesurer l’implication des établissements sur cette question, « le Quotidien du Médecin » a pour sa part interrogé 500 généralistes et spécialistes libéraux via un sondage Ifop. Leurs réponses sont tout ce qu’il y a de plus encourageant puisque près de 80% des médecins que nous avons interrogés sont satisfaits de leurs relations avec les CHU.

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