Diagnostic des maladies sur tissus et cellules : à Angers, le grand virage 

Auteur / Etablissement : ,
Crédit Photo : Catherine Jouannet / CHU d'Angers
Le CHU d’Angers a récemment annoncé qu’il avait pris, en collaboration avec le Centre hospitalier du Mans, un véritable virage numérique en matière d’anatomocytopathologie (ACP), spécialité médicale dédiée à l’étude des cellules et tissus des organes pour établir des diagnostics, en acquérant des scanners de lames de dernière génération. Une modernisation des pratiques d’ACP présentant de nombreux bénéfices au profit des patients comme des équipes hospitalières, et un levier d’attractivité pour une discipline en tension.

Derrière chaque diagnostic , notamment de cancer, se cache une étape clé, souvent invisible pour les patients : le diagnostic anatomopathologique. Lorsqu’un patient est pris en charge au CHU d’Angers ou au CH du Mans pour un cancer de la prostate par exemple, une biopsie est réalisée afin d’en déterminer précisément le grade et orienter le traitement. L’échantillon prélevé est alors confié à une équipe d’ACP, dont l’expertise est déterminante. 

Si auparavant les lames de verre issues des prélèvements de cellules et tissus de cellules et tissus (biopsie par exemple) étaient interprétées au microscope par les médecins pathologistes, désormais le CHU d’Angers et le CHU du Mans sont dotés en mars de quatre scanners de lames de dernière génération, avec le soutien financier de l’ARS des Pays de la Loire et le comité départemental de Maine et Loire de la Ligue contre le cancer. 

Le Dr Sarah Bellal, référente ACP numérique, interprète une lame. Crédit Photo : Catherine Jouannet / CHU d'Angers

Concrètement, ces derniers permettent au médecin pathologiste d’interpréter ces lames virtuelles (en réalité, des coupes de tissus et cellules sont fixées en formol, imprégnées de paraffine, coupées à trois microns, étalées sur une lame de verre puis colorées qui ont été numérisées) sur un écran de haute définition grâce à un système de gestion d’images partagé par les hospitaliers des deux établissements. Exit donc le microscope. 

Un projet médical partagé pour un diagnostic plus rapide 

Cette plateforme numérique commune entre le CHU et le CHM présente de nombreux bénéfices, à la fois pour les patients mais aussi pour les équipes hospitalières. Selon le CHU, elle « ouvre ainsi la voie à des coopérations à différentes échelles :  une communication entre pairs facilitée avec des échanges d’expertise rapides et sécurisés ;  une solidarité inter-hospitalière facilement envisageable, dans un contexte d’effectif médical en tension. »

En tant qu’établissement de recours, le CHU met son expertise en anatomopathologie au service des établissements de l’hémi-région Est des Pays de la Loire. Il intervient notamment pour la relecture de cas, les demandes d’avis spécialisés ou encore les diagnostics complexes, en particulier dans des pathologies comme les tumeurs cérébrales, les lymphomes (cancers du système lymphatique) ou les mésothéliomes (liés à l’exposition à l’amiante).

Crédit Photo : Catherine Jouannet / CHU d'Angers

Jusqu’à récemment, lorsqu’un second avis était sollicité, les équipes hospitalières devaient composer avec des outils et des délais contraints. Les échanges se faisaient principalement par Insertion de lames de verre dans le scanner d’anatomocythopathologie. Les lames virtuelles sont ainsi archivées dans le dossier patient informatisé. l’envoi postal des lames, générant un délai supplémentaire dans l’obtention des résultats. La numérisation de l’anatomopathologie transforme en profondeur ces pratiques.Désormais, les images sont accessibles et partagées en temps réel entre le CHU et le CHM via une plateforme numérique sécurisée. Les pathologistes peuvent ainsi formuler un avis en quelques heures, en fonction du degré d’urgence. 

Aussi, si l’envoi postal des lames n’est pas totalement supprimé, il devient beaucoup plus rare, réduisant considérablement les contraintes logistiques associées (conditionnement, transport, réception, traçabilité des échantillons, etc.). 

« Au-delà de cette simplification, la numérisation permet d’optimiser l’organisation du travail et de libérer du temps médical pour des tâches à plus forte valeur ajoutée », se félicite Cécile Jaglin- Grimonprez, Directrice Générale du CHU d’Angers. « Concrètement, ces gains se traduisent par une amélioration du parcours de soins : des délais de réponse raccourcis permettent d’accélérer la prise en charge des patients et de réduire la durée d’hospitalisation. En facilitant le travail des pathologistes, la numérisation contribue également à augmenter la capacité de traitement des dossiers et à renforcer l’activité hospitalière. »

Le Pr Marie-Christine Copin, cheffe de service ACP du CHU d'Angers. CP : Catherine Jouannet / CHU d'Angers

Une lecture plus fine des lames de biopsie

La numérisation des lames de biopsie permet une observation dans des conditions très proches de celles du microscope. Sur écran, les pathologistes peuvent parcourir librement l’image, zoomer avec précision et accéder à des fonctionnalités avancées, comme des outils de mesure difficiles à utiliser en microscopie conventionnelle.  

Dans l’analyse d’un mélanome (cancer de la peau), l’épaisseur du cancer est un critère pronostique déterminant. Grâce à la numérisation, les outils intégrés permettent de mesurer avec une grande précision la taille et l’épaisseur du cancer, permettant d’affiner le diagnostic.  

En cancérologie, l’évaluation quantitative des cellules en prolifération est une donnée clé pour le diagnostic et le pronostic. Cette analyse reposait auparavant sur un comptage manuel, long et fastidieux. Les outils numériques permettent aujourd’hui d’identifier automatiquement les zones concernées et de calculer ce pourcentage de manière plus rapide et standardisée, renforçant ainsi la qualité de l’analyse.

1,3 millions d’euros d’investissement par le CHU

Au total, 6 scanners permettant la numérisation des lames ont été acquis pour les deux établissements. Pour le CHU d’Angers, ce projet représente un investissement de 1,377 million d’euros :  597 000 € d’acquisition de scanners, au nombre de 4 : un dédié aux urgences, un à la fluorescence et deux à haut débit. 140 000 € d’acquisition d’équipements biomédicaux complémentaires (automates de coloration notamment),  340 000 € pour le numérique (stockage des données et interfaces notamment),  300 000 € de travaux notamment de génie climatique ont été réalisés pour moderniser le laboratoire d’anatomocytopathologie. 

Crédit Photo : Catherine Jouannet / CHU d'Angers

L’acquisition de ces scanners a été facilitée grâce au soutien du comité départemental de Maine-et-Loire de la Ligue contre le cancer, à hauteur de 600 000 € ; de l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire au titre du fonds d’intervention régional (FIR) et du fonds pour la modernisation et l’investissement en santé (FMIS) dédié ici à l’anatomocytopathologie à hauteur de 716 800 €.

Pour le CH Le Mans, ce projet représente un investissement de 1,150 million d’euros, pour financer 2 scanners de lames (un 3 e scanner, à terme), les équipements nécessaires (automates de colorations standard, postes informatiques) et les travaux d’aménagement du service. La numérisation du service d’ACP du Centre Hospitalier du Mans a bénéficié d’un financement intégral assuré par des partenaires publics et des mécènes : soutien de 660 000 € par l’ARS ; 250 000 € par Le Mans Métropole ; 200 000 € par le comité départemental de la Ligue contre le cancer ; 40 000 € par les mécènes de l’établissement. 

Un levier d’attractivité 

Aujourd’hui, les hôpitaux publics rencontrent des difficultés pour recruter des spécialistes en anatomopathologie. Cette spécialité, essentielle au diagnostic, est en tension et fait face à une forte concurrence du secteur privé.

En modernisant les outils et les pratiques, la numérisation contribue à rendre la spécialité plus attractive et attire une nouvelle génération d’anatomopathologistes au CHU et au CHM. « Cette numérisation était un passage obligé. Ne pas franchir ce cap aurait fragilisé nos établissements », considèrent le Pr Marie-Christine Copin, cheffe de service au CHU et Dr Justine Wacquet, cheffe de service adjointe au CHM. 

Cette transformation bénéficie également aux internes. En facilitant l’accès aux images et aux cas cliniques, elle ouvre de nouvelles perspectives pour enrichir leur formation : à moyen terme, les deux équipes envisagent de constituer une banque de lames numérisées dédiée à la formation, en complément de la banque nationale. 

« Cette numérisation ouvre le champ des possibles pour faire évoluer la formation des internes, l’enrichir et accentuer la collégialité des enseignements au-delà du compagnonnage déjà en place tout au long de l’internat », se félicitent les deux cheffes de service. 

v

Une mutualisation des outils IA et des protocoles de recherche 

Cette plateforme numérique commune aux deux établissements ouvre la voie à une nouvelle organisation et préfigure une mutualisation des outils d’aide au diagnostic, notamment ceux intégrant l’IA. Les deux établissements souhaiteraient travailler de concert pour acquérir conjointement des outils spécialisés, par exemple dédiés au diagnostic des cancers de la prostate. Sur le versant de la recherche, en s’appuyant sur les cohortes de patients déjà communes et des réseaux de recherche partagés, les lames numérisées viendront enrichir les travaux de recherche et faciliteront le développement de nouvelles coopérations inter-hospitalières en anatomopathologie.

La rédaction avec le CHU d’Angers 

À lire également

Au CHU de Saint-Etienne, on lutte contre la méningite par le jeu

Pour la troisième année consécutive, l’équipe d’Infectiologie du CHU de Saint-Étienne et la Chaire PréVAcCI de l’Institut Universitaire PRESAGE s’unissent pour une journée de sensibilisation face à la recrudescence des méningites à méningocoques. En partenariat avec l’association Petit Ange, cette initiative transforme l’apprentissage de la santé en une expérience immersive pour les adolescents du territoire.

Les Hospices Civils de Lyon se dotent d’un entrepôt de données de santé

Comme d’autres grands hôpitaux, le CHU lyonnais a annoncé rentrer dans une nouvelle ère en se dotant d’un entrepôt de données de santé. Ce dernier doit, entre autres, favoriser le permettre le développement d’études multicentriques, l’accélération de la recherche et de l’innovation, et le renforcement de la qualité des soins.