19e Assises Hospitalo-universitaires : les moments marquants

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Crédit Photo : CHU Média
L'écosystème CHU s’est réuni les 27 et 28 novembre dernier à la cité des Congrès de Nantes pour les 19e Assises Hospitalo-universitaires. Un millésime tourné vers l’avenir (Quelle ambition pour 2040 ?) dont nous vous proposons un retour en mots et en images au travers d’une sélection de moments clés.

Le mot des 3 Conférences CHU

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Les présidents de la Conférence des DG de CHU (Philippe El Saïr), des Doyennes et des Doyens de médecine (Isabelle Laffont), et des PCME (Rémi Salomon) ont, après le mot d’accueil de la maire de Nantes Johanna Rolland, lancé ces 19e Assises. Et on peut dire que par-delà le programme annoncé, l’attractivité s’est rapidement retrouvée au centre de leurs discours respectifs. Si Philippe El Saïr a reconnu des récents progrès sur la retraite ou la mobilité des hospitalo-universitaires, il a affirmé qu’il y avait désormais urgence à rénover le statut des chefs de cliniques (CCA), dont le nombre de postes vacants approchait les 5% en 2023. A son tour, Isabelle Laffont, qui participait à ses premières assises, a insisté sur ce point. S’adressant à la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, le chef de file des doyennes et doyens a déclaré : « Si j’avais une baguette magique, ce serait pour changer le statut des chefs de cliniques assistants et des assistants hospitalo-universitaires ; pour le rendre plus attractif et donner envie à ces futurs médecins de s’engager. J’exprime cette nécessité absolue pour eux, pour nous mais également pour notre modèle hospitalo-universitaires qui a besoin des jeunes générations pour continuer à grandir et à se réinventer.« 

Carrière, formation et recherche au coeur de réformes annoncées

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Stéphanie Rist a ensuite pris la parole. Lors de son discours, la ministre, en poste depuis le 12 octobre dernier, a indiqué un besoin d’adaptation des capacités de formation face aux objectifs d’augmentation du nombre de médecins pour les prochaines années. « 400 postes hospitalo-universitaires ont été créés en cinq ans«  a-t-elle au passage rappelé. Autre dossier, pas des moins attendus, sur lequel elle souhaite agir : le temps de travail des hospitalo-universitaires. Sur le volet recherche, Stéphanie Rist a évoqué une réorganisation de la recherche au sein de son ministère, tout en cherchant à rassurer son auditoire, assurant que la France n’était “pas à la traîne. » Enfin, la dernière annonce a concerné la création d’une direction unique regroupant l’Agence de l’innovation en santé (AIS), la Délégation du numérique en santé (DNS), la mission Article 51 et les équipes internes dédiées à la recherche et à l’innovation.

Santé environnementale, IA… marqueurs de ruptures 

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La première partie de la matinée de ces Assises 2025 a été jalonnée de prises de paroles autour des ruptures scientifiques et médicales. Parmi elles, celle du Pr Pascal Demoly, pneumologue et allergologue au CHU de Montpellier et spécialiste de santé environnementale. Un sujet à « prendre à bras le corps pour prévenir les maladies chroniques.«  A ses côtés, un autre invité, le Pr Alexandre Loupy, néphrologue et directeur de recherche du Paris Institute for Transplantation & Organ Regeneration (PITOR). Utilisateur de données hospitalo-universitaires et de plateformes diagnostiques dans le cadre de ses recherches, ce dernier a expliqué l’utilité de l’IA et du machine learning dans l’amélioration des thérapies en greffe chez les patients. Et de réitérer l’exercice une deuxième fois à notre micro : « Nous construisons des cohortes de patients identifiés et, aujourd’hui, on peut appliquer des modèles d’IA pour prédire la trajectoire individuelle des patients, le risque de mortalité, le risque de rejet ou de perte du greffon. C’est important pour la médecine personnalisée et pour étendre la longévité des organes qu’ils soient rénal, cardiaque, hépatique, ou pulmonaire.« 

Le vieillissement, quand la démographie impacte la santé

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Une session consacrée aux ruptures démographiques a suivi la pause méridionale. Invitée à y participer, Emmanuelle Cambois, Directrice de la recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), a abordé le sujet central du vieillissement. Plus précisément, elle a orienté son propos sur la manière dont le phénomène démographique de vieillissement de la population croise les problématiques de vieillissement individuel et de longévité, en bonne ou mauvaise santé. « L’enjeu c’est d’améliorer l’état de santé de la population, d’éradiquer certaines maladies mortelles. En revanche, la longévité c’est aussi diminuer la mortalité de certaines maladies. On peut donc vivre plus longtemps avec des maladies, qui parfois s’accompagnent d’incapacités, de difficultés fonctionnelles. On a donc un aménagement des années supplémentaires, certaines sont vécues en bonne santé, pour d’autres elles sont vécues avec des difficultés et des problèmes de santé. Le challenge pour les années à venir, c’est de prévenir les maladies mais aussi d’accompagner au mieux celles que les personnes contractent et avec lesquelles ils vivent le plus longtemps. Il faut avoir de meilleures adaptations de l’environnement, de meilleures aides techniques qui vont aider à compenser ces déficiences qu’amènent ces limitations dans les activités de tous les jours. », a-t-elle analysée.

La jeunesse en témoignage

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Comment être attractif pour les nouvelles générations ? Comment évoluer dans des CHU où la relation au travail connaît depuis quelques années une véritable métamorphose ? Ce sont ces questions qui ont animé la fin de l’après-midi. Après la diffusion vidéo de témoignages de jeunes professionnels sur la vision de leur métier, plusieurs interventions et échanges ont nourri la discussion sur les enjeux intergénérationnels au travail. Aux côtés d’hospitaliers aguerris (Pr Cédric Annweiler, PU-PH et doyen de la faculté de santé à Angers, Pr Sara Laurencin, PU-PH et doyenne du département d’odontologie à Toulouse, Floriane Rivière, DG du CHU de Tours, Anne ferrer, Pr Jean-Yves Gauvrit, Président de la CME du CHU de Rennes), plusieurs jeunes pousses du monde hospitalo-universitaire ont pris la parole, dont Marianne Jacques, sage-femme ou Colin Azria, urgentiste de 26 ans et président du syndicat des internes du Languedoc-Roussillon. « Ils ne veulent rien faire !«  a lancé ce dernier, reprenant non sans humour la petite musique que l’on peut parfois entendre au sujet de ces nouvelles générations de médecins et de paramédicaux qui penseraient au confort avant l’effort. Une idée reçue selon lui, et dont la déconstruction doit permettre une acceptation des différences dans les valeurs et l’engagement des uns et des autres pour, in fine, « capitaliser sur l’avenir« . 

Au service des territoires

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Après une première journée riche, les débats ont repris tambour battant à 9h le lendemain. La problématique du modèle HU au service des territoires a ainsi pris ses quartiers dans l’amphithéâtre de la cité des Congrès, avec plusieurs présentations. On retiendra notamment l’intervention d’Anne-Charlotte Bas, Directrice du département d’odontologie de l’université de Rouen, centrée sur les problèmes d’inégalité territoriale d’offre de soins. Du constat (une offre de soins très hétérogène sur le territoire national avec des difficultés à influencer cette répartition) aux leviers identifiés pour améliorer la situation (permettre par exemple aux étudiants ruraux, plus susceptibles de s’installer là où ils ont grandi, d’être plus représentés dans les contingents d’étudiants en médecin), ce regard sur l’accès aux soins a clairement intéressé l’assistance présente.

L’IA en santé, bouleversement à enjeux multiples 

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Habitué des grands rendez-vous CHU, Vincent Vuiblet, PU-PH en néphrologie au CHU de Reims et délégué IA et communication de l’université de Reims Champagne-Ardenne, a une nouvelle fois été chargé d’aborder les enjeux que pose l’IA en santé. Enjeux éthiques (comment l’IA influe sur les procès décisionnels et comment est-il possible d’avoir une approche éthique de cette implication ?), enjeux liés à la fiabilité des outils, enjeux liés à la formation et à la pédagogie qui doivent permettre la préservation de l’esprit critique face à l’IA, enjeux d’impact écologique, enjeux de souveraineté et de soutenabilité économique etc. ont ainsi rythmé la brillante présentation du Pr Vuiblet. Et lorsqu’on lui pose la question de la compréhension des hospitalo-universitaires sur ces sujets d’IA, ce dernier a répondu sans hésitation qu’il constatait « une maturité croissante« , observable dans « la typologie des interventions« . Et d’ajouter : « On en est plus à définir ce qu’est l’IA, ses principes et ses prérequis. On en est plutôt à parler de ses conséquences, à avoir une vision globale. Cela prouve qu’on est à l’orée d’une implication opérationnelle de l’ensemble des acteurs hospitaliers dans l’intelligence artificielle. »

Un stratégie commune pour la recherche en santé

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Les représentants des Conférences CHU (DG, PCME, Doyens, Odontologie, Pharmacie) se sont présentés aux côtés de ceux de l’Inserm et de France Universités pour annoncer un accord autour des enjeux de recherche et de l’innovation en santé. Plus précisément, les différents acteurs ont souhaité, en réponse à un recul du positionnement relatif de la France dans la recherche scientifique et médicale mondiale, poser les bases « d’une politique de site ambitieuse« , lisible et partagée. « Cette déclaration d’intention commune est un premier caneva se situant dans la droite ligne d’un certain nombre de rapports rendus publics (Philippe Gilet ou Armanteras-Tunon de Lara) qui pointent la nécessité en terme d’efficience et d’efficacité de politique partagée de recherche, de soin, de formation dans le domaine de la santé.« , a expliqué Lamri Adaoui, président de France Universités. Le Pr Didier Samuel, Président Directeur général de l’Inserm, s’est à son tour réjoui de cette avancée, estimant qu’il était « contreproductif que chacun travaille en silo. » Les différents représentants ont, chacun leur tour, explicité les raisons de leur adhésion à ce moment considéré comme « un tournant dans la recherche en santé.«  

LES CHU, laboratoires d’innovation et acteurs de souveraineté 

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L’un des derniers temps forts de cette deuxième et dernière journée des Assises fut la venue du ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, Philippe Baptiste. Longue d’une vingtaine de minutes, sa prise de parole a d’abord salué les CHU comme « des lieux où se rencontrent le soin, la recherche, l’enseignement, ce qui en font des acteurs pivot de la recherche et de l’innovation médicale. » Une évidence que le ministre reconnaîtra bien volontiers et qui sera suivie d’une volonté exprimée de faire de la recherche médicale un enjeu stratégique et de souveraineté : « Au-delà du simple pilotage de la recherche, la France doit aussi renforcer sa capacité à transférer les résultats de la recherche pour nourrir l’innovation. C’est vrai pour la santé, c’est vrai pour tous les domaines de la recherche. Nous devons renforcer le continuum qui va du laboratoire à l’usine, du laboratoire au client ou au patient. C’est particulièrement important pour que nous gardions la maîtrise de notre avenir au lieu de dépendre de solutions qui sont développées par d’autres avec un risque de vulnérabilité qu’on ne peut pas minimiser. Il y a va de notre capacité en tant que Français, en tant qu’Européens à maîtriser notre destin à travers la recherche, l’innovation, le transfert, les produits de demain. » […]

Ainsi, Philippe Baptiste anticipe la sixième et dernière session de ces Assises, dédiée aux enjeux de souveraineté (Comment préserver la souveraineté en recherche ? ; Souveraineté et santé, le point de vue du service de santé des armées ; la francophonie, levier de souveraineté ?). Le ministre se chargera, d’une certaine manière, de faire également la transition avec le prochain grand rendez-vous pour les CHU – la 4e édition du CHU Healthtech Connexion Day les 8 et 9 décembre – en affirmant que « Les CHU sont des formidables laboratoires d’innovation pour y accueillir des start-up, des entreprises, pour évaluer des entreprises au plus proche des patients.« 

La rédaction 

Le replay des tables rondes sera prochainement disponible sur la chaîne youtube de Gestions hospitalières

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