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Dossier : L’obésité

Elle concerne 17% des adultes en France, a des origines multiples et peut entraîner de nombreuses complications - cardiovasculaires, hépatiques, rénales, respiratoires, dermatologiques, cancers, diabète - : cette maladie, c'est l'obésité. Alors que la journée mondiale le l'obésité a eu lieu le le 4 mars, la rédaction a souhaité lui consacrer un dossier.

L’obésité, c’est quoi ? 

L’obésité est considérée comme une maladie chronique et multifactorielle dûe à un excès de graisse dans le corps. Le déséquilibre entre une alimentation hypercalorique et l’absence d’activité physique en est la principale cause. 

Le taux de personnes atteintes d’obésité en France est en constante évolution. Les personnes âgées sont les plus touchées par la maladie. On compte actuellement 9,3% d’individus touchés chez les jeunes adultes contre environ 19% chez les personnes âgées. 

Depuis les années 2000, le taux de personnes adultes touchées par l’obésité est passé de 8 à environ 17%. Un pourcentage préoccupant lorsque l’on sait que l’obésité peut devenir une maladie irréversible et impliquer le développement de formes aggravantes telles que le diabète de type II ou certains types de cancer. 

Chiffres clés (source Inserm)

  • 13% des adultes touchés dans le monde
  • Depuis 2000, le % d’adultes touchés en France est passé de 8 à 17%
  • Il est de 9,3% chez les jeunes
  • Et de 19% chez les personnes âgées
  • 150 mn d’activité physique modérée par semaine ou 75 mn d’activité intensive sont recommandées

 

Une multiplicité de causes

Les facteurs de cette maladie dépendent du contexte médical personnel de chaque individu. Parmi les causes connues et identifiées, la (mauvaise) alimentation arrive en première position. L’ingestion d’aliments transformés industriels en excès, l’augmentation de la taille des repas ou l’absence de pause digestive entre eux peut causer l’augmentation de l’apport calorique journalier. Si cette proportion calorique excessive est couplée à une sédentarité accrue voire à une absence d’activité physique, la dépense énergétique sera en forte diminution et accentuera  le développement de la masse grasse, aussi appelée tissu adipeux. Composé d’adipocytes (cellules graisseuses), ce tissu doit être présent à 32% dans un corps de femme et à 16% chez l’homme. 

Attention : il ne faut pas confondre masse graisseuse et masse maigre. Cette dernière désigne l’ensemble du poids représenté par les muscles, les organes et les viscères. 

Lorsqu’un déséquilibre entre l’apport calorique et la dépense énergétique se produit, une prédisposition des gènes apparaît comme un facteur aggravant dans la prise de poids. Néanmoins, il est à noter que si la génétique peut faciliter la prise de masse graisseuse ou l’obésité de manière générale, l’impact de chaque gène sur la composition du corps reste faible. 

Il est également possible de développer la maladie à cause de troubles du métabolisme. Lorsque c’est le cas, la personne n’est plus en bonne capacité de se débarrasser des graisses qu’elle stocke. L’aspect psychologique est aussi à prendre en considération. Il est possible que l’état dépressif du patient ou des troubles anxieux causent une prise de poids considérable. En effet, l’hormone du stress, aussi appelée cortisol, change la façon dont l’organisme va stocker les graisses. Le cortisol accentue la prise de masse grasse avec l’augmentation de l’envie de manger, et diminue la masse musculaire. 

L’obésité peut être à la fois la source et la conséquence d’autres maladies liées à la prise de poids : les différents troubles de l’alimentation (boulimie mentale, trouble de l’alimentation nocturne, hyperphagie boulimique), hypothyroïdie, le Syndrome de Cushing, un faible taux de testostérone, un déficit en hormone de croissance, une tumeur du pancréas, le Syndrome des ovaires polykystiques. 

Pour finir, l’environnement peut être considéré comme un facteur de prise de poids à différents niveaux : l’horloge biologique qui modifie le fonctionnement de l’organisme et du métabolisme, le manque de sommeil, le stress comme dit précédemment ou encore l’exposition continue à certaines formes de pollutions. Il existe également des causes prénatales telles que le tabagisme, le diabète, et le surpoids maternel, une prise de poids élevée au cours de la grossesse, des problèmes de croissance du foetus ou encore un mauvais environnement socioéconomique. 

Le diagnostic

Le diagnostic clinique de l’obésité est calculé à partir de l’IMC (Indice de Masse Corporelle), permettant ainsi d’estimer la masse graisseuse d’une personne. Pour le calculer, il suffit de diviser le poids en kg et la taille en cm. Certains sites internet permettent d’obtenir un résultat précis,  indiquent directement la classification de l’OMS ainsi que le degré de risque. Il est notamment possible de se référer au site ameli.fr. 

L’inserm met toutefois en garde sur le calcul de l’IMC. S’il s’agit d’un bon moyen de se rendre compte de son propre poids, il ne faut pas oublier qu’un même IMC peut comprendre un taux disparate de tissu adipeux chez différents individus. Ainsi, il est nécessaire de prendre en compte un deuxième critère pour confirmer ou infirmer les risques liés à l’IMC : le tour de taille. Les mensurations d’une personne indiquent l’excès de masse graisseuse dans la zone abdominale. Cette graisse abdominale est localisée autour des viscères ce qui peut entraîner le développement de diabète ou de maladies cardiovasculaires. On considère que le patient souffre d’obésité lorsque le tour de taille est supérieur à 88 cm chez la femme et 100 cm chez l’homme. 

On différencie deux types d’obésité selon la place de la masse graisseuse dans le corps. Lorsque cette masse s’installe de manière majoritaire dans le haut du corps, il s’agit d’une obésité androïde et peut déclencher des problèmes d’hypertension, de diabète ou des troubles cardiovasculaires. À contrario, lorsque la masse grasse s’installe dans le bas du corps, il s’agit d’une obésité gynoïde. Ce type d’obésité est moins inquiétant car ses conséquences sur la santé du patient sont moins virulentes. Les risques majoritaires sont de contracter des problèmes articulaires ou des insuffisances veineuses. 

Risques et complications

L’obésité peut engendrer des désagréments physiques tels qu’une gêne respiratoire (dyspnée), que l’individu soit en mouvement ou non, des risques cardio-vasculaires, un excès de transpiration, une fatigue accrue, de potentiels maux de tête, ou encore des menstruations troublées pour les femmes. Il peut s’agir du Syndrome des ovaires polykystiques lors d’une obésité abdominale notamment. De même, l’excès de masse grasse peut accentuer la pression au niveau du ventre et donc de la vessie, ce qui peut déclencher des incontinences urinaires. Plus douloureux, des brûlures d’estomac et du bas oesophage peuvent apparaître à cause de reflux gastro-oesophagien lié directement à l’obésité. 

De même, cette maladie peut impacter la vésicule biliaire et déclencher des calculs (lithiase biliaire) fréquents. Ici, pas de complications à noter : la majorité se déclare par hasard, sans signe clinique. Pour les calculs à risques, plus rares, il est nécessaire de procéder à une opération, notamment lors de coliques hépatiques ou infections de la vésicule. 

Le diabète de type 2 est une des maladies pouvant être développée par l’obésité. Elle se définit par une hyperglycémie (taux excessif de glucose dans le sang). Pour un individu obèse, l’hyperglycémie est provoquée par un dysfonctionnement de l’insuline et des cellules. 

Il est par ailleurs possible de développer de l’hypertension artérielle, de l’athérosclérose (inflammation des artères), de la dyslipidémie, des maladies du foie ou une maladie rénale chronique. Le cancer est également considéré comme un risque. Chez la femme, sont impliqués les cancers de l’utérus, des ovaires et du sein (après la ménopause). Chez l’homme, le cancer de la prostate et pour les deux sexes les cancers du côlon et de la vésicule biliaire. 

Traitement et prise en charge

La perte de poids est privilégiée dans un premier temps pour chaque patient atteint d’obésité. L’inserm conseille de démarrer une activité physique régulière à travers des temps sportifs de 150 minutes modérées ou 75 minutes intensives par semaine. Pour que la perte de poids soit viable et stable, elle doit s’envisager dans le temps :  l’objectif à atteindre est une perte de poids de 5% par année. Le patient est ainsi suivi par une équipe de professionnels de la nutrition et du sport mais aussi de la santé mentale : « éducation diététique, réhabilitation à l’activité physique, soutien psychologique ou encore thérapie cognitive en cas de troubles du comportement alimentaire. » 

Néanmoins, cette pathologie peut se développer dans différents contextes (environnementaux et comportementaux) et historiques médicaux, et doit donc être prise en charge de manière personnalisée. 

Plusieurs types d’accompagnements médicaux sont donc proposés, au cas par cas. Le traitement médicamenteux est l’une des solutions proposées mais n’est ni la plus efficace, ni la plus viable sur le long terme. L’orlistat est prescrit en France pour limiter l’absorption intestinale des lipides. S’il s’agit du seul médicament autorisé en France à ce jour, la recherche permet cependant de rester optimiste quant à la conception de nouveaux traitements médicamenteux. Toujours selon l’Inserm, le setmélanotide (molécule activant les mélanocortines de type 4) permettrait notamment de stopper la sur-alimentation  serait en voie de développement. 

Pour les cas d’obésité les plus graves, certaines opérations chirurgicales peuvent être prescrites. Sont proposés : la pose de l’anneau gastrique qui diminue le taux de passage des aliments vers l’estomac, le court-circuit gastrique aussi appelé bypass reliant l’estomac à l’intestin grêle et réduisant l’assimilation des aliments dans le corps. Enfin, la gastrectomie longitudinale aussi appelée « sleeve », diminuant la taille de l’estomac et par ce, la faim. 

Prise en charge graduée

En fonction du stade de la maladie, une gradation des soins et traitements est mise en place en trois recours, d’après le Ministère de la Santé et de la Prévention. Le premier recours est envisagé comme le diagnostic et l’orientation de la prise en charge par des professionnels de proximité. Une communication est construite entre divers interlocuteurs tels que les médecins traitants, les professionnels des centres de santé, pharmaciens, infirmiers, diététiciens, kinésithérapeutes mais également les APA et établissements de santé de proximité. 

Les soins de deuxième recours interviennent avec la prise en charge médicamenteuse ou chirurgicale, comme mentionné précédemment, par des soignants spécialisés tels que des pédiatres, pédopsychiatres, endocrinologue-diabétologue etc. Ils sont dispensés en collaboration avec les établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR) avec une spécialisation en “affections digestives, métaboliques et endocriniennes.”

Enfin, certains cas spécifiques nécessitent une admission dans des centres spécialisés d’obésité et des centres de soins de suite et de réadaptation. Réunissant un accompagnement complet entre nutrition, sport et suivi psychologique, ces centres disposent également d’un matériel médical et chirurgical permettant une prise en charge complète. 

Prévention

En 2018, le Ministère de la Santé et de la Prévention a lancé le plan Priorité Prévention, ayant pour but de « promouvoir et préserver la santé ». Ce programme a notamment pour ambition de diminuer les conséquences dues aux maladies chroniques, au surpoids ou encore à l’obésité.  

D’autre part, pour prévenir les conséquences du surpoids, il est important d’établir un suivi de l’Indice de Masse Corporelle. Selon ameli.fr, il faut réaliser une vérification de l’IMC de l’enfant trois fois par an jusqu’à l’âge de deux ans, et au moins deux fois par an jusqu’à dix-huit ans. Les valeurs doivent être inscrites dans le carnet de santé, formant une courbe pour prendre conscience de l’évolution de l’enfant.

Pour établir un rythme alimentaire sain et équilibré, il est bon d’éduquer tout un chacun à la bonne lecture des valeurs nutritionnelles et des besoins du corps et de conserver une activité physique régulière. 

Nutrition : ce qu’il faut savoir

Pour maintenir une alimentation équilibrée, il faut tout d’abord savoir équilibrer ses repas. Il est conseillé de composer ses assiettes en apportant une part de glucides, par exemple avec des fruits et des légumes, des produits céréaliers, des viandes ou substituts pour la part de protéines. À cela, il faut ajouter une source de calcium avec un produit laitier (yaourt, fromage…). Les lipides, considérés comme des apports en graisses, doivent être également intégrés en doses raisonnables et font partie de l’apport nutritionnel journalier recommandé. 

Les aliments contre-indiqués restent les produits transformés du commerce, les aliments frits, les graisses cachées comme par exemple les charcuteries, les viennoiseries, les frites etc. ou encore les produits sucrés en général. À cela s’ajoutent les boissons sucrées et sodas et certains produits laitiers tels que le lait entier, les yaourts sucrés du commerce, le fromage à double ou triple crème comme la mascarpone.

Les centres spécialisés de l’obésité (CSO)

Rattachés à des établissements de santé, publics ou privés, les centres spécialisés dans la prise en charge de l’obésité (CSO) ont été identifiés par les agences régionales de santé (ARS) en 2012, à l’issue d’un appel à projet. On compte aujourd’hui 37 CSO en France, dont 30 répartis dans 28 CHU.

Selon le ministère de la santé et de la prévention, les CSO ont pour mission de  » dispenser les soins, dits « de troisième recours « , auprès des personnes en situation d’obésité sévère et/ou complexe. Ces centres disposent de l’expertise (nutrition, endocrinologie-métabolisme, psychologie, diététique…) et des équipements adaptés requis. Ils sont les centres référents de la prise en charge médicale, chirurgicale et pédiatrique, et peuvent mener des explorations spécialisées au moyen d’équipements adaptés. Ils organisent les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) pour les personnes orientées vers la chirurgie bariatrique. Placés sous la responsabilité d’un médecin spécialiste, non chirurgien, ils réunissent, autour du patient, des équipes médicales (nutritionnistes, endocrinologues, pédiatres…), paramédicales (infirmiers, masseurs- kinésithérapeutes…) et chirurgicales (équipe de chirurgiens et d’anesthésistes-réanimateurs spécialisée dans la chirurgie bariatrique) dont ils veillent à l’étroite articulation. Trois domaines de prise en charge sont également sollicités : la diététique (diététiciens), la psychologie (psychologues, psychiatres) et l’activité physique adaptées (enseignants APA, masseurs-kinésithérapeutes). Les CSO identifient et nouent des partenariats avec des équipes spécialisées disposant des équipements adaptés (tels que des établissements SSR) et nouent des partenariats avec des intervenants médico-sociaux et associatifs.« 

Par les CSO, 5 centres dits « intégrés » (CIO) effectuent en plus de leurs missions de centres spécialisés, des diagnostics et traitements spécialisés (génétiques, maladies rares) et sont engagés dans la recherche, la formation et l’enseignement. Ces CIO sont tous situés dans des CHU : 

  • CHU de Toulouse
  • AP-HP zone Centre
  • Hospices Civils de Lyon
  • CHU de Lille
  • AP-HP zone Nord

La rédaction 

Ce dossier n’a qu’une valeur informative non-exhaustive et ne remplace en aucun cas l’avis médical d’un expert. 

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