Plus de 800 000 participants, sept groupes ethniques analysés, et une conclusion sans appel : la célèbre théorie du génotype économe ne résiste pas aux données génétiques actuelles. C’est le constat majeur d’une étude publiée dans la revue internationale Metabolism par l’équipe de David Meyre, professeur à l’Université de Lorraine, chercheur au CHRU de Nancy, et Sandra El Kouche, doctorante au sein du laboratoire NGERE (Nutrition, Génétique et Exposition aux Risques Environnementaux).
Formulée en 1962 par James V. Neel, la théorie du génotype économe postulait que certaines populations, exposées historiquement à des famines fréquentes, auraient développé un avantage génétique : la capacité à stocker efficacement les graisses. Ce mécanisme, jadis protecteur, serait devenu un facteur de risque dans nos sociétés d’abondance alimentaire et de sédentarité, expliquant notamment les taux élevés d’obésité et de diabète de type 2 chez les Indiens Pima ou d’autres groupes ayant connu une transition rapide vers le mode de vie occidental. Mais les travaux menés à Nancy dressent un tableau bien différent.
Une analyse sans précédent
L’étude a passé au crible les exomes et génomes de plus de 800 000 individus issus de sept groupes ethniques distincts (Européens, Latino-Américains, Asiatiques du Sud et de l’Est, Africains, Moyen-Orientaux et Juifs Ashkénazes). Les chercheurs se sont concentrés sur 65 gènes liés à des formes syndromiques rares d’obésité et 8 gènes associés à l’obésité monogénique, d’origine génétique bien identifiée.
Résultat : aucune preuve de sélection naturelle positive n’a été retrouvée sur ces gènes. Pire, certaines mutations ont même été éliminées au fil des générations, un phénomène appelé « sélection purifiante ». Autrement dit, l’idée d’une adaptation génétique aux famines pour expliquer ces formes d’obésité ne tient plus.
Vers une nouvelle compréhension de l’obésité
Cette remise en question d’un pilier historique de la recherche sur l’obésité ouvre de nouvelles perspectives. Elle montre que les mécanismes génétiques de la prise de poids sont plus complexes et varient selon les origines ethniques. Surtout, elle valide le potentiel de traitements ciblés pour les formes rares d’obésité, déjà disponibles pour certains cas.
Pour David Meyre et son équipe, cette avancée n’est qu’un début. Les chercheurs du NGERE souhaitent désormais orienter leurs travaux vers des populations historiquement soumises à des pénuries alimentaires sévères, comme les Bédouins, les habitants des îles du Pacifique ou les Indiens Pima afin d’explorer d’autres pistes évolutives, notamment le rôle d’une abondance alimentaire prolongée sur plusieurs générations.
La rédaction avec le CHRU de Nancy




