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Les Hospices Civils de Lyon font de l’antibiorésistance

Le projet baptisé PHAG-ONE, présenté ce mercredi 8 septembre à l’hôpital lyonnais de la Croix-Rousse, reçoit près de trois millions d’euros pour développer des virus capables d’éradiquer les bactéries résistantes aux antibiotiques dans le cas de patients en impasse thérapeutique.

Le projet baptisé PHAG-ONE, présenté ce mercredi 8 septembre à l’hôpital lyonnais de la Croix-Rousse, reçoit près de trois millions d’euros pour développer des virus capables d’éradiquer les bactéries résistantes aux antibiotiques dans le cas de patients en impasse thérapeutique.
PHAG-ONE dans la « short list » ! Les Hospices Civils de Lyon ont annoncé la semaine dernière que leur projet faisait partie des onze retenus dans le cadre d’un appel à projets intitulé Antibiorésistance : comprendre, innover, agir, piloté par l’Agence Nationale de la Recherche (ARN).
En quoi est-ce une bonne nouvelle pour le CHU, la recherche et les patients en général ? On en parle peu mais il faut savoir que la communauté médicale fait actuellement face à la diffusion rapide et mondiale de bactéries présentant, outre leur virulence, une multi-résistance aux antibiotiques. En cas d’infection avec ce type de bactérie particulièrement tenace, il n’est pas rare de se retrouver face à des impasses de traitement. Devant un phénomène qui touche la quasi-totalité des grandes familles de pathogènes, la recherche d’alternatives thérapeutiques dans le domaine des anti-bactériens est donc devenu un enjeu majeur de santé publique. Au point d’avoir été érigée en priorité nationale et internationale.
C’est en effet dans la continuité du plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens adopté par l’OMS en 2015, et de la publication l’année suivante d’une feuille de route interministérielle pour la maîtrise de l’antibiorésistance en France, que le gouvernement a décidé la mise en place d’un programme prioritaire de recherche (PPR) sur ce sujet. Sa dotation : 40 millions d’euros sur dix ans. L’objectif de l’appel à projets reste de stimuler, promouvoir et accompagner l’émergence d’innovations diagnostiques, préventives et thérapeutiques ainsi que d’aboutir à un meilleur usage des antibiotiques.
Dans ce contexte, les Hospices Civils de Lyon ont obtenu un financement de 2,85 millions d’euros pour PHAG-ONE, dédié à la phagothérapie. Celle-ci utilise les virus, appelés bactériophages, capables de s’attaquer spécifiquement aux bactéries et de les détruire en garantissant une totale innocuité pour les cellules humaines.

A l’origine d’un premier projet nommé PHAGEinLYON

La connaissance des phages ne date pourtant pas d’hier puisque on doit leur découverte au biologiste français Félix d’Hérelle (1873-1949) il y a plus d’un siècle. Mais dans la course de fond qu’est la recherche médicale, ils ont été longtemps délaissés au profit des antibiotiques, jugés plus faciles d’utilisation et plus efficaces. Une réalité de pharmacopée européenne dont on cherche aujourd’hui à faire bouger les lignes. Car de plus en plus de patients présentent des infections liées à des bactéries multi-résistantes. Et pas besoin de quitter le Rhône pour en trouver un exemple.
Au sein des Hospices Civils de Lyon, le Centre de Références des Infections Ostéo-Articulaires complexes (CRIOAcLyon) a fait ce constat sur des infections de prothèses de genou et de hanche. Des infections qui peuvent devenir chroniques malgré des traitements antibiotiques, avec de très graves répercussions sur la vie des patients : invalidité partielle ou totale, perte d’autonomie, perte de lien social et de repères sociétaux, amputation du membre voire décès en cas de septicémie. Ces problématiques se retrouvant dans de nombreuses autres infections, une équipe multidisciplinaire de Lyon souhaite proposer une alternative aux antibiotiques : la phagothérapie.

Un des laboratoires des HCL © Hospices Civils de Lyon
C’est d’abord avec le programme PHAGEinLYON, porté depuis 2017 à l’hôpital de la Croix Rousse par le professeur Frédéric Laurent et le professeur Tristan Ferry, qu’un début de réponse a été possible. Unique et innovant, ce programme pilote s’était donné pour ambition de développer l’accès à la phagothérapie dans l’hexagone. Les avancées au sein des HCL ont permis jusqu’ici de traiter 26 patients dans un cadre compassionnel sous la supervision de l’ANSM grâce aux rares phages disponibles en France, d’initier l’isolement et la caractérisation de nouveaux phages dans l’environnement, et d’en tester l’activité.
« Le soutien des HCL et de la Fondation HCL au programme PHAGEinLYON que nous portons depuis plusieurs années et dans lequel s’intègre le projet PHAGONE, a joué un rôle pivot dans son succès en permettant de traiter les premiers patients, de mettre en place les outils de criblage et d’évaluation de l’activité des nouveaux phages que nous isolons chaque mois. », a expliqué le Pr Laurent.

Accélérer la production de phages thérapeutiques 

Avec le tout nouveau projet ANR PHAG-ONE, dont le nom semble tiré d’une mission commando, l’idée est de passer à vitesse supérieure, en réalisant au sein de l’hôpital public lyonnais l’isolement, la production, la purification, le conditionnement et les contrôles de qualité de phages thérapeutiques académiques actifs sur trois espèces (Staphylococcus aureus, Staphylococcus epidermidis et Escherichia coli), en remplissant toutes les exigences règlementaires des tutelles et autorités de santé pour une utilisation chez l’homme. Les phages thérapeutiques produits seront ensuite utilisés pour traiter ces infections à bactéries multi-résistantes aux antibiotiques, dans un cadre compassionnel et dans le cadre d’essais cliniques.
Ce projet piloté par les HCL, en lien avec l’Université Claude Bernard Lyon 1 et le Centre International de Recherche en Infectiologie, associe plusieurs institutions au-delà de la métropole lyonnaise : le CEA de Grenoble, des équipes Inserm et CNRS de Montpellier, Paris-Saclay, Versailles-Saint Quentin et Bordeaux. Mercredi 8 septembre, c’est en présence de ces partenaires institutionnels et des équipes scientifiques qu’a eu lieu la réunion de lancement du projet au sein de l’hôpital de la Croix-Rousse.

Le Pr F. Laurent lors de la réunion de lancement du projet ce 8 septembre © Hospices Civils de Lyon
Pour tendre vers l’éradication de ces infections et in fine l’amélioration de la qualité et les chances de vie des patients, la création à terme d’un Etablissement Français du Phage semble un projet dans le projet. Basé à Lyon, celui-ci serait capable de fournir en bactériophages l’ensemble des hôpitaux français pour traiter ces patients en situation d’impasse thérapeutique.
La rédaction

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