Incontinence urinaire : un symptôme gênant mais plus une fatalité !

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Dans la population féminine, la prévalence de l’incontinence urinaire (perte involontaire d’urine) varie selon les études de 10 à 57 % et augmente avec l’âge. Chez l’homme, elle est plus rare, augmentant également avec l’âge. Beaucoup croient que l'incontinence urinaire fait partie du processus normal du vieillissement, ce qui n’est pas vrai, et de plus des solutions peuvent être proposées dans la très grande majorité des cas. Les urologues du CHU de Nancy proposent aux patient(e)s qui en ont besoin une prise en charge, avec éventuellement un bilan urodynamique qui permet de les renseigner sur le type de dysfonctionnement urinaire : un défaut du sphincter (le muscle qui contrôle l'écoulement de l'urine hors de la vessie) ou un problème de contraction de la vessie (le lieu de « stockage » de l'urine). Précisions avec le Dr Laure Cayzergues du service Urologie du CHU de Nancy dirigé par le Pr Jacques Hubert.

Dans la population féminine, la prévalence de l’incontinence urinaire (perte involontaire d’urine) varie selon les études de 10 à 57 % et augmente avec l’âge. Chez l’homme, elle est plus rare, augmentant également avec l’âge. Beaucoup croient que l’incontinence urinaire fait partie du processus normal du vieillissement, ce qui n’est pas vrai, et de plus des solutions peuvent être proposées dans la très grande majorité des cas. Les urologues du CHU de Nancy proposent aux patient(e)s qui en ont besoin une prise en charge, avec éventuellement un bilan urodynamique qui permet de les renseigner sur le type de dysfonctionnement urinaire : un défaut du sphincter (le muscle qui contrôle l’écoulement de l’urine hors de la vessie) ou un problème de contraction de la vessie (le lieu de « stockage » de l’urine). Précisions avec le Dr Laure Cayzergues du service Urologie du CHU de Nancy dirigé par le Pr Jacques Hubert.
Le mot « continence » vient du latin « continentia » qui signifie : « la maîtrise de soi, la retenue par rapport aux plaisirs des sens ». On comprend alors mieux que le sujet soit resté tabou très longtemps. De fait, de nombreuses personnes souffrant de pertes d’urine hésitent à se faire examiner par un médecin et n’obtiennent donc jamais de diagnostic ni de traitement adéquat, alors que l’incontinence est aujourd’hui prise en charge par des spécialistes : urologues, gynécologues, médecins rééducateurs.
Pour le patient, et pour le praticien, toute la difficulté est de définir cette incontinence urinaire car il en existe plusieurs types :
° L’incontinence urinaire d’effort : perte involontaire d’urine lors d’un effort. Un effort est tout simplement un acte ou un mouvement qui entraîne une « surpression » au niveau du ventre et donc de la vessie. Une fuite apparaît parce que le système occlusif, « le robinet », est défectueux. Par exemple des quintes de toux qui entraînent des fuites urinaires sont considérées comme un effort même si vous regardez tranquillement la télé ! Le système occlusif est constitué de deux entités : le sphincter de l’urètre et les muscles du plancher périnéal (qui soutient la vessie). L’incontinence urinaire à l’effort peut être due soit à un défaut propre du sphincter urétral, on parle d’ « insuffisance sphinctérienne », soit à un défaut des muscles du plancher périnéal, c’est une « hypermobilité cervico-urétrale ». Les deux peuvent être associées.
° L’incontinence urinaire par hyperactivité vésicale : qui correspond à un défaut de la vessie elle-même. En effet, elle se contracte pour des volumes de remplissage non justifiés sans qu’un mécanisme d’inhibition par le cerveau ne se mette en place. A ce moment-là, si les contractions sont importantes et/ou le système occlusif insuffisant, des fuites apparaissent. Généralement les patients ressentent des envies plus fréquentes que la normale et surtout pressantes (impériosités mictionnelles) avec une impossibilité de se retenir. La prise en charge de ce type d’incontinence urinaire est spécifique.
Les femmes sont les plus touchées par l’incontinence urinaire car leur urètre est plus court et qu’elles n’ont pas de prostate pour renforcer la fermeture de la vessie. Les hommes, qui ont une insuffisance sphinctérienne, le doivent principalement à des suites d’interventions chirurgicales ou à des lésions neurologiques. L’incontinence par hyperactivité vésicale les concerne moins, et, enfin, ils ne souffrent pas d’incontinence par hyper mobilité puisque l’urètre masculin est plus long et la disposition anatomique du plancher périnéal différent de celui de la femme.

Plusieurs moyens diagnostiques sont à mettre en œuvre pour appréhender l’incontinence urinaire :
° Un interrogatoire poussé, et des questionnaires validés si nécessaire, aide à passer du symptôme vers la maladie
° Un examen clinique permet de mettre en évidence une anomalie des muscles du plancher périnéal et surtout une fuite par hypermobilité cervico-urétrale lors d’un effort
° Un bilan urodynamique : «  C’est un examen spécialisé qui nous permet de mesurer la capacité de la vessie, sa sensibilité pour des volumes qui sont préétablis (en moyenne de 400ml chez une femme), détaille le Dr Laure Cayzergues. Nous pouvons également voir s’il existe des contractions de vessie anormales lors de son remplissage. Ensuite, nous réalisons à vessie vide ou semi pleine, un profil urétral pour évaluer le sphincter. Parfois, nous sommes amenés à réaliser des prises de pression lors de la miction, ce qui permet de voir si la vessie se contracte normalement. »
Une fois le diagnostic posé, les prises en charges thérapeutiques sont diverses et spécifiques et se font selon plusieurs critères :
° Le type d’incontinence urinaire et/ou le type prépondérant d’incontinence urinaire, car les différents types peuvent s’associer entre eux
° Le degré d’incontinence urinaire avec sa répercussion sur la vie quotidienne du patient
° L’âge et l’état général du patient afin d’évaluer au mieux les bénéfices/risques de tel ou tel type de traitement.
L’incontinence urinaire reste une maladie chronique invalidante, mais fonctionnelle ! Une rééducation périnéale qui vise à renforcer des muscles défectueux est proposée en cas d’incontinence urinaire à l’effort. Un autre type de rééducation est proposée en cas d’hyperactivité vésicale afin de rétablir le contrôle sur la vessie par le cerveau : en clair « le patient apprend à se retenir ». Ces rééducations très spécifiques doivent être faites par des professionnels entraînés à ces pratiques.

Le traitement médical existe mais uniquement dans le cas d’une incontinence par hyperactivité vésicale : les anticholinergiques, avec malheureusement un taux d’échec non négligeable. D’autres moyens thérapeutiques peuvent être envisagés, comme la chirurgie qui existe sous différents types d’interventions bien spécifiques de chaque type d’incontinence urinaire :
° La bandelette sous urétrale : proposée en cas d’incontinence urinaire par hypermobilité cervico-urétrale puisqu’elle vise à renforcer les muscles du plancher périnéal trop faibles. Cette technique est quasi exclusivement utilisée chez la femme. Solution peu traumatisante, elle donne d’excellents résultats quand elle est posée à bon escient.
° Le sphincter artificiel : c’est une technique réservée aux incontinences urinaires par insuffisance sphinctérienne sévère. Cette intervention ne peut s’adresser qu’à des patients autonomes et susceptibles de pouvoir le gérer. « Il faut savoir l’ouvrir pour aller aux toilettes, argumente le médecin, c’est une petite pompe qui doit être actionnée et qui requiert une dextérité suffisante pour la manipuler. »
° La neuromodulation sacrée : « Il s’agit de stimuler le nerf impliqué dans la contraction de la vessie : nous lui envoyons des décharges électriques à basse fréquence et en continu, afin de moduler les contractions. » Pour ce faire, une électrode est implantée au contact de la racine du nerf qui module la vessie et des décharges électriques sont envoyées avec un boîtier, sur le même principe qu’un pacemaker.
° Autre possibilité qui a fait ses preuves : les injections de toxine botulique dans la paroi vésicale, ce qui entraîne une paralysie du muscle vésical et donc évite les contractions inappropriées. Malheureusement dans l’hypothèse d’une paralysie vésicale complète, il faut s’assurer que le patient puisse la vider en se sondant tout seul toutes les 3 ou 4 heures environ. Cette technique est particulièrement réservée aux patients présentant une incontinence urinaire par hyperactivité vésicale associée à une maladie neurologique sous jacente.
° Enfin, la chirurgie d’agrandissement de vessie en utilisant un segment intestinal est possible et permet de réduire les contractions vésicales inappropriées.
En France, 3 millions de personnes souffrent de ce dysfonctionnement physique qu’est l’incontinence urinaire : informer sur les possibles prises en charge ne peut que contribuer à améliorer leur situation et à faire reculer la gêne.

11e Semaine nationale de la continence  18-24 mars 2013

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