Etudes de Médecine : Romuald Blancard ou l’un des visages de l’ouverture du 2e cycle à la Réunion

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Depuis septembre, il fait partie de la première promotion d’étudiants en médecine de quatrième année de La Réunion. Pour Réseau CHU, Romuald Blancard a accepté de nous parler de l’ouverture du deuxième cycle des études médicales sur son île, mais pas seulement. Son parcours atypique, son stage en psychiatrie, ses rêves jamais trop grands etc. ont été abordés dans les locaux du nouveau campus bioclimatique de Sainte-Terre. Sans langue de bois.

Pourquoi avoir choisi médecine ? 

J’ai choisi médecine sur le tard parce que je ne savais pas vraiment quoi faire. J’avais des facilités à l’école, surtout en SVT. Et puis je me suis dit que j’allais d’abord faire une Licence STAPS options santé (L.AS). Cela correspondait à la fois à ma passion pour le sport – je pratique le rugby en élite régionale – avec, en plus, une « mineure » Santé. La médecine était ensuite la voie royale pour moi. Tout le monde disait que médecin, c’est le métier qu’il faut avoir, le métier qui gagne bien. 

Des médecins dans votre famille ? 

Pas du tout. Il faut dire que je ne connais pas très bien ma famille, car j’ai grandi en famille d’accueil. J’ai un parcours de vie assez atypique. J’ai toujours ma mère mais plus mon père. Du coup j’ai toujours fait un peu tout par moi-même.

Il y a eu en septembre la réforme des études de médecine avec la possibilité de faire son externat à La Réunion. De manière concrète, qu’est-ce que cela a changé pour vous ? 

Déjà je peux rester à La Réunion, proche de ma famille, de mes amis etc. D’un point de vue financier, il aurait été compliqué d’aller en métropole. Payer le billet d’avion ou chercher des appartements, c’est par nous même. Bien sûr, j’aurais pu avoir des aides mais quitter La Réunion était difficile. 

A l’époque où vous étiez bachelier, saviez-vous qu’il serait possible quelques années plus tard de faire tout son cursus de médecine ici ? 

On ne savait pas du tout qu’il y aurait ce nouveau cycle en tant que bachelier. J’ai quand même pris médecine parce que je me suis dit qu’il faudrait bien, à un moment donné, aller vers  l’inconnu. Je m’étais préparé au fait de devoir aller à Bordeaux, à Paris ou à Marseille. Après c’était sur classement. C’est cela qui était très difficile : travailler autant qu’en « P1 » pour avoir une place où tu voulais. Si tu voulais aller à Toulouse ou Montpellier, il fallait être dans les premiers. C’était compliqué de se dire qu’il fallait refaire une « P1 ». Au final, on a été prévenu de l’ouverture du deuxième cycle un an avant. Je me suis dit que je resterais ici. 

C’était donc moins de stress pour vous ? 

C’est sûr qu’avec ce nouveau cycle, il y a moins de stress. Cependant, on a toujours un classement pour rester à La Réunion étant donné qu’il n’y a que cinquante places pour deux-cents étudiants. En tout cas, je suis très content que ce cycle ait ouvert à La Réunion

Romuald est en stage en psychiatrie, au sein de l'Unité hospitalisation Lagon. Crédit Photo : Adrien Morcuende

J’ai cru comprendre qu’il y avait une nouvelle pédagogie qui avait été mise en place, la pédagogie inversée ? Pouvez-vous nous en parler ? 

La pédagogie inversée a été mise en place au début de ma LA.S mais c’est vrai que c’est plus facilement applicable en présentiel. On bosse le cours chez nous et on récapitule avec le professeur afin d’éclaircir les points qu’on a pas compris. 

Dans quelle stage êtes-vous en ce moment ? 

Je suis en stage en psychiatrie et j’apprends énormément sur les troubles mentaux, la schizophrénie, la bipolarité, les troubles anxieux etc. La psychiatrie, c’est uniquement de la clinique. Ajouter les clichés des patients avec ce qu’on apprend sur le “polyi” c’est très intéressant. En ce moment, on fait ce qu’on appelle les ECOS (Examen Clinique Objectif et Structuré). Ce sont des mises en situation où on va parler comme si on était médecin avec un patient standardisé face à nous. Peut-être qu’il s’agira d’un schizophrène ou d’un bipolaire. L’idée est d’essayer de dépister cela, en menant un interrogatoire et en mobilisant nos connaissances. 

Vers quel métier souhaitez-vous aller ? 

J’ai trois plans en tête. Le premier c’est la médecine du sport, qui fait le lien avec STAPS que j’ai fait. En plus, j’ai passé deux ans dans un centre de formation de rugby et je me suis rendu compte qu’à La Réunion il n’y avait pas de médecin fédéral pour ce sport. Et j’ai vu qu’à Marcoussis il y avait des DU Traumatologie du rugby, donc je me disais que si je devenais médecin du sport, je pourrais être un bon collègue pour les futurs rugbymen. Ça, c’est la perspective la plus « chill » on va dire. Mais j’ai un autre plan en tête : gagner beaucoup d’argent. On ne va pas se mentir, je n’ai pas grandi dans le luxe et  j’ai choisi la médecine pour cela aussi. Je m’intéresse au monde du business donc monter une entreprise dans la santé, c’est une idée qui me trotte dans la tête. Et surtout, ce que j’aimerais faire, c’est de la recherche. Trouver un remède contre le cancer ou contre le SIDA, je dis peut-être n’importe quoi mais c’est quand même ancré en nous, les médecins. C’est cela qui me motive, plus que de soigner les petits bobos.

L'une des pistes d'avenir de Romuald : médecin du sport. Crédit Photo : Adrien Morcuende

Je veux faire quelque chose de grand et montrer que même si on vient de famille d’accueil, qu’on est pas l’étudiant avec ses parents médecins, on peut aller très loin.

Qu’est-ce que vous diriez à un étudiant de métropole pour le convaincre de faire ses études ici ? 

Les études à la Réunion sont très atypiques. Il y a le soleil, la plage, les baleines etc. La métropole c’est bien mais quand on voit les étudiants réunionnais revenir, ils sont soulagés. Ils pleurent carrément car leur île leur manque. Les caris sont exceptionnels, il y a les marchés forains… c’est vraiment un petit cadre de vie assez exceptionnel. On n’est pas tous gentils mais on se dit bonjour dans la rue. Ce n’est pas l’humeur parisienne et tout ce que l’on entend sur la métropole en général. Il y a plus une mentalité « du sud » j’ai envie de dire. Si vous avez le moyen de venir à La Réunion, venez ! Les randonnées sont incroyables, il y a le Piton des neiges, le volcan… c’est vraiment incroyable. 

Le mot de la fin ? 

Je pense aller au bout de mes études. C’est sûr et certain. Je ne suis pas en 4e année pour rien. J’ai confiance en moi et je sais que je vais réussir. Plus tard, je me verrais bien avec un prix, ou une entreprise. Je suis pas venu là pour soigner des petits bobos. Je veux faire quelque chose de grand et montrer que même si on vient de famille d’accueil, qu’on est pas l’étudiant avec ses parents médecins, on peut aller très loin. 

Propos recueillis par Adrien Morcuende depuis La Réunion 

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